Le sommet européen est suspendu jusqu'à demain

La table du Conseil européen spécial. ©EPA

La nuit n'aura pas suffi à sceller la succession de Juncker, la matinée non plus. La proposition de compromis autour du nom de Frans Timmermans est rapidement entrée dans une zone de turbulences. Vers midi, on apprenait que le sommet était suspendu jusqu'à ce mardi fin de matinée...

Ce n'était pas faute d'avoir prévenu: le président du Conseil européen Donald Tusk avait prévu un petit déjeuner pour prolonger le sommet spécial de dimanche au cas où la nuit n'aurait pas suffi à sceller un accord sur les "top jobs". Ces longues heures de tractations n'ont pas suffi. Ce lundi vers 12h20, on apprenait que le sommet était suspendu jusqu'à mardi. Les discussions reprendront à 11h. 

Où en est-on?

La réunion avait commencé avec trois heures de retard, dimanche soir, avant de s'interrompre pour laisser place à des consultations. La réunion a repris au coeur de la nuit pour être une nouvelle fois suspendue au petit matin pour des consultations bilatérales. Le conclave a repris autour de la table du petit déjeuner vers 8h pour être à nouveau suspendu quelques heures plus tard.

La proposition de compromis élaborée en marge du G20 par la chancelière allemande et le président français Emmanuel Macron avait été malmenée avant même l'entame du sommet par le groupe des dirigeants chrétiens-démocrates du Parti populaire européen (PPE). Le scénario qui prétendait alors se dérouler voyait la Commission européenne placée entre les mains du socialiste néerlandais Frans Timmermans. Le "paquet" sur lequel on travaillait, selon des fuites de presse, voyait la présidence du Conseil revenir à Kristalina Gueorguieva et le poste de Haut Représentant à Charles Michel.

La voie Timmermans

L'accord, qui avait été discuté à Osaka, a été servi aux leaders par le président du Conseil, Donald Tusk: il proposait aux Vingt-Huit de donner la tête de la Commission européenne au centre-gauche. C’est-à-dire à Frans Timmermans, le candidat tête de liste ("Spitzenkandidat") du Parti socialiste européen.

Le chrétien-démocrate allemand Manfred Weber, candidat du PPE pour la présidence de la Commission, est désormais hors de la course. ©EPA

Manfred Weber, candidat tête de liste du PPE, qui a obtenu le plus de sièges au Parlement européen, avait jusqu'alors fait mine de s’accrocher à sa candidature pour la Commission européenne. Mais ce weekend, l'homme d'Angela Merkel a finalement fait marche-arrière, prêt, selon son entourage, à laisser filer le poste à condition d’obtenir le perchoir de l’assemblée. La présidence du Parlement européen doit être attribuée mercredi à Strasbourg. 

Alors que la France d'Emmanuel Macron oppose un "non" ferme à l'option d'un Weber au Berlaymont, la voie Timmermans permettrait de maintenir en vie le système des "Spitzenkandidaten", selon lequel c'est le candidat tête de liste d'un groupe politique au Parlement européen qui parvient à réunir une majorité qui obtient la présidence de la Commission.

Fronde au premier coup de sonde

La contre-attaque était partie avant même l'ouverture de la réunion. Dans une lettre écrite à Donald Tusk, le chef du gouvernement hongrois Viktor Orban s'est insurgé face à l'accord conclu entre Paris et Berlin sur les postes clés en amont du Conseil. Pour le PPE, qui reste le premier parti de l'Union, abandonner le poste le plus convoité serait une humiliation, a-t-il dit. Le Hongrois appuyait ainsi sur une corde dont la sensibilité se sera vérifiée au cours de la réunion pré-sommet des dirigeants chrétiens-démocrates.

Avant l'ouverture du conseil, le nom de Frans Timmermans, tenait le haut du pavé pour la présidence de la Commission. ©EPA

À supposer que le nom de Timmermans puisse in fine obtenir un large soutien du PPE, le social-chrétien néerlandais semblait n'avoir aucune chance de faire consensus. L'actuel vice-président de la Commission est un champion de la lutte contre les dérives antilibérales de la Hongrie et de la Pologne, on ne se sera donc guère étonné de voir le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, conservateur eurosceptique, rejeter, lui aussi, cette candidature qui, selon lui, divise l'Europe.

L'unanimité n'est pas nécessaire – Jean-Claude Juncker avait été désigné contre l’avis de David Cameron et de Viktor Orban - mais il faut tout de même s'en rapprocher. Or, avant le sommet, les quatre pays du groupe de Visegrad et l’Italie étaient hostiles à sa candidature.

Quoi que les Vingt-Huit décident ce mardi, le Parlement européen devra se choisir un nouveau président lors de sa session inaugurale, ce mercredi.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect