Le virage à gauche du SPD menace la coalition à Berlin

Angela Merkel au Bundestag le 2 décembre 2019. ©REUTERS

Le parti social-démocrate a choisi samedi pour le diriger un duo issu de son aile gauche. Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans entendent poser leurs conditions à un maintien de la coalition avec la CDU d’Angela Merkel.

Angela Merkel ne pouvait imaginer pire scénario. Son partenaire de coalition, le parti social-démocrate, privé de chef depuis la débâcle aux élections européennes où il arrivé en troisième position avec 15,8% des voix, a opté samedi pour un virage à gauche. Les 425.000 adhérents du SPD ont choisi, à l’issue d’un long processus interne, Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans pour diriger le parti.

Avec 53,06% des voix, la députée du Bade-Wurtemberg et l’ancien ministre des Finances de Rhénanie-du-Nord-Westphalie ont emporté une victoire claire et inattendue face à Katia Geywitz et Olaf Scholz, qui faisaient campagne pour la poursuite de la GroKo, la grande coalition au pouvoir à Berlin depuis 2017.

Les 425.000 adhérents du SPD ont choisi Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans pour diriger le parti.

Olaf Scholz, ministre des Finances d’Angela Merkel et adepte de l’équilibre budgétaire, était le seul poids lourd du parti en lice. Son désaveu marque une volonté claire de la base de tourner le dos à la politique d’inspiration libérale de l’ancien Chancelier Gerhard Schröder, poursuivie par Scholz.

La nouvelle direction bicéphale doit largement son élection à l’appui du mouvement de jeunesse du parti, les Jusos, menés par le turbulent Kevin Kuhnert qui milite depuis les dernières élections contre toute coalition avec Angela Merkel. Kuhnert est convaincu que le parti, menacé de disparition si on en croit les résultats aux dernières élections régionales, a besoin d’une cure d’opposition pour se régénérer.

Remettre la coalition à plat

Personne ne peut prédire pour l’heure quelles seront les conséquences de l’élection de Saskia Esken et de Norbert Walter-Borjans sur la coalition. Walter-Borjans ne s’est jamais clairement prononcé à ce sujet, contrairement à sa partenaire, pour qui l’alliance avec Angela Merkel "n’a pas d’avenir".

"Le contrat de coalition ne sera certainement pas renégocié."
Annegret Kramp-Karrenbauer
Présidente de la CDU

Seule certitude, la nouvelle direction est favorable à une remise à plat de l’accord de coalition. Tous deux se sont prononcés pour la hausse immédiate du salaire minimum à 12 euros et la fin de l’orthodoxie financière, avec des investissements pour le climat et dans les infrastructures. Ces mesures sont inacceptables pour la CDU, qui a d’emblée exclu toute renégociation de l’accord de coalition. "Le contrat de coalition ne sera certainement pas renégocié", a assuré à plusieurs reprises la cheffe de la CDU et dauphine d’Angela Merkel Annegret Kramp-Karrenbauer.

Remaniement en perspective

Quatre scénarios sont désormais envisageables. La poursuite de l’actuelle majorité semble à moyen terme peu vraisemblable. Angela Merkel pourrait alors tenter de remplacer ses ministres sociaux-démocrates par des membres de la CDU dans le cadre d’un gouvernement minoritaire, ou tenter de négocier avec les Verts et les libéraux du FDP pour trouver une nouvelle majorité. Le dernier scénario, celui de nouvelles élections, ne serait favorable qu’aux Verts et à l’extrême droite, dans l’état actuel de l’opinion.

Angela Merkel – qui veut mener à terme son mandat avant de se retirer de la vie politique en 2021 – en saura plus la semaine prochaine. Lors du congrès du SPD du 6 au 8 décembre, la nouvelle direction pourrait demander à sa base de se prononcer sur les conditions à poser à la poursuite de la coalition.

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