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Les Français prêts à défendre leur modèle de retraite

©AFP

Le projet de réforme du système français de pension voulu par le président Macron se heurte à une forte opposition. Ce jeudi, cheminots, enseignants, étudiants, policiers, avocats se mobilisent aux côtés des syndicats, des partis d’opposition et de gilets jaunes.

La France se mobilise ce jeudi contre la réforme Macron des retraites. À l’origine de la colère figure la volonté du gouvernement de faire converger les 42 régimes existants en un système "universel". Un système par points où "un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé". Cette refonte suscite en premier lieu l’animosité des salariés des régimes spéciaux qui y voient leurs avantages gagnés au fil des luttes sociales disparaître. Mais elle engendre aussi la défiance de bien d’autres Français inquiets de devoir travailler plus longtemps avec le risque de voir le montant de leur pension baisser.

La France et la Belgique ont en commun la nécessité de revoir de fond en comble leur système.
pierre devolder
professeur à l’uclouvain

Certes, la France n’est pas le premier pays d’Europe à vouloir mener une réforme systémique de ses retraites. "L’Allemagne l’a fait avec sa grande réforme à points, l’Italie et les pays scandinaves aussi, rappelle Pierre Devolder, actuaire et professeur à l’UCLouvain. La France et la Belgique ont en commun la nécessité à leur tour de revoir de fond en comble leur système qui comporte des disparités héritées du passé et une santé financière menacée."

Système par points

Même si la France, ajoute-t-il, se distingue par sa quarantaine de régimes spécifiques là où, la Belgique, elle, n’en compte que trois principaux. De surcroît, la réforme Macron vise un système par points, et non plus en annuités comme c’est le cas actuellement à l’exception des régimes complémentaires. "En France, il sera plus facile de passer au système de points car il existe déjà dans des régimes complémentaires, ajoute Pierre Devolder. En Belgique, ce système a été rejeté avec virulence dans la mesure où l’évolution de la valeur du point a été perçue comme trop incertaine", explique cet enseignant.

La répartition à tout prix

Parmi les assurances données par l’exécutif français figure toutefois le maintien d’un système par répartition, où les actifs paient le système des retraités. Là encore, la France se distingue sur le continent par sa réticence à s’ouvrir aux régimes par capitalisation. Une option qu’ont choisie la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.

Avoir un régime de base universel dans lequel les gens vont cotiser jusqu’à trois fois le plafond de la sécurité sociale, et qui concerne 99% des salariés, est quelque chose d’assez inédit en Europe.
Vincent Touzé
Chercheur à Sciences Po Paris

Revers de la médaille côté français: le taux de cotisation est sans doute le plus élevé d’Europe. Autour de 28% sur le salaire brut dans le secteur privé et ce, alors que les régimes spéciaux sont aussi financés sur une partie des impôts. De quoi rendre la réforme d’Emmanuel Macron plus radicale encore. "Avoir un régime de base universel dans lequel les gens vont cotiser jusqu’à trois fois le plafond de la sécurité sociale, et qui concerne 99% des salariés, est quelque chose d’assez inédit en Europe", explique Vincent Touzé chercheur à Sciences Po Paris. Selon lui, "la réforme va même plus loin que celle engagée en Suède".

Reste que pour maintenir la survie du système, le gouvernement – contrairement aux syndicats – juge nécessaire de le maintenir à flot financièrement.

Travailler sur la durée de cotisation

Tâche compliquée si l’on en croit les prévisions du Conseil d’orientation des retraites qui table sur un déficit d’au moins 8 milliards d’ici à 2025. Pour ce faire, plusieurs options sont sur la table, même si le gouvernement semble préférer des mesures portant sur la durée de cotisation.

En France, l’âge moyen de départ à la retraite tourne autour de 61 ans alors qu’il est plutôt de 65 ans au moins en Europe. Mais là encore le débat est ouvert. "La réforme vise à mettre tout le monde dans l’égalité. Soit. Mais est-ce vraiment juste?", s’interroge Vincent Touzé, avant de rappeler que "l’espérance de vie n’est pas la même chez les cadres que les ouvriers". Preuve en est: "En Suède, modèle dont s’est inspiré la France, les autorités ont continué de faire coexister un pilier de base universel avec quelques régimes catégoriels complémentaires".

De fortes perturbations partout en France

Covoiturage, chambres d’hôtel réservées, bus de remplacement et surtout télétravail et vélo… La France s’apprête à vivre au ralenti ce jeudi. Cheminots, enseignants, étudiants, policiers, avocats s’apprêtent à se mobiliser aux côtés des syndicats et des partis d’opposition.

Se déplacer en direction de Paris, mais aussi dans la capitale et le reste du pays sera donc plus que compliqué. En Ile-de-France, la RATP prévoit d’ailleurs un trafic très perturbé avec 11 lignes de métro fermées à Paris et seulement un bus sur trois en circulation. Côté trains, seul 10% du trafic devrait être assuré.

La grève devrait aussi bien toucher les TGV et les trains intercités que les Ouigo, Thalys, Eurostar et Lyria. Mais aussi l’aérien. Air France annonce déjà que 30% de ses vols intérieurs seront annulés et que ce taux atteindra 15% environ sur les moyens courriers. Easyjet a prévenu, de son côté, que 233 vols intérieurs et moyens courriers resteraient au sol et que des retards étaient à prévoir.

Les écoles seront également très touchées, avec un taux de grève, selon le ministère de l’éducation, de 55% sur l’ensemble du pays et de 78% à Paris. Enfin, quelque 245 rassemblements sont attendus dans le pays, selon le ministère de l’Intérieur. Selon ce dernier, de possibles débordements sont à craindre. Certains gilets jaunes radicaux et militants du type black bloc ont appelé à rejoindre les défilés.

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