Les PME belges loin d'être prêtes face à la perspective d'un Brexit dur

©AFP

Le Brexit dur peut-il être évité? Le vote de la Chambre des communes, mardi, sera déterminant. Mais la Belgique se prépare au scénario noir.

Dans 11 semaines, le préavis du Royaume-Uni est fini. Et à un clignement de cil de la date fatidique, le scénario d’un "no deal" est plus redouté que jamais alors que le Parlement britannique doit se prononcer ce mardi sur l’accord de retrait.

Pour réduire le choc d’un "saut de falaise", comme disent les Anglais, l’Union européenne s’est préparé un wingsuit: le base jump serait périlleux mais le plus maîtrisé possible. Elle a adopté ces derniers mois une série de "mesures de contingence" temporaires: des actions d’urgence pour des secteurs dans lesquels l’absence d’accord serait "source de perturbation majeure" pour les Européens – dans les services financiers, le transport aérien, les douanes, notamment. Que "des domaines restreints où il est absolument nécessaire de sauvegarder les intérêts vitaux de l’UE et où des mesures de préparation ne suffisent pas à elles seules".

Brexit dur ou pas, les avions devraient poursuivre sans entrave leurs allers-retours. Et en encourageant les Vingt-Sept à faire preuve de souplesse sur les visas, la Commission espère le moins de frictions possible pour les personnes qui doivent traverser la Manche.

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Un coup de massue ?

Reste que pour l’économie belge, le "hard Brexit" menace de porter un coup de massue aux échanges à travers le channel.

→ D’abord parce qu’il entraîne mécaniquement des tarifs douaniers: en vertu des règles de l’OMC, c’est 5,2% en moyenne pour les importations britanniques.
→ Ensuite parce que les formalités administratives qui se profilent menacent la fluidité des échanges à un niveau difficilement prévisible.

Pour les milliers de camions qui traversent la Manche, "deux minutes de retard, c’est 27 kilomètres de bouchons", souligne Xavier Vanwynsberghe, sales director du logisticien Ziegler pour la Belgique.

Qu’on soit logisticien, petit exportateur ou multinationale, il faut se préparer au pire, répètent à l’envi les autorités belges. Et quitte à rabâcher le message, autant prêcher par l’exemple. Aux douanes et accises, "on se prépare depuis de longs mois pour un Brexit dur", indique Florence Angelici, porte-parole: le recrutement annoncé de 141 nouveaux agents est en cours – "105 seront en service au 1er mars", alors que le département en compte en tout plus de 3.000.

Chez Ziegler aussi, on engage à tour de bras: pour préparer le Brexit, l’entreprise a augmenté ses effectifs belges de 25% et a doublé son équipe en Angleterre, explique Xavier Vanwynsberghe. Elle a acheté du matériel et des sociétés outre-manche pour faciliter le passage des marchandises – "Aujourd’hui, on a le sentiment d’être prêts à toutes les éventualités."

Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Si Ziegler constate une prise de conscience "très récente" chez ses clients, Florence Angelici souligne que la préparation est plus problématique pour les PME, qui n’ont pas l’habitude de ce genre de formalités. "Il faut qu’elles se préparent – on essaye de les secouer", indique la porte-parole des douanes. Avec un succès variable.

5,2%
Un Brexit dur entraînerait mécaniquement des tarifs douaniers de 5,2% en moyenne pour les importations britanniques.

Un logiciel en ligne, le "Brexit Impact Scan" (BIS) est à disposition des entreprises pour évaluer l’impact de la scission sur leurs activités. "On a par ailleurs envoyé de façon ciblée un courrier à des entreprises qui commercent avec le Royaume-Uni pour souligner que si elles veulent pouvoir continuer de le faire en cas de Brexit dur ou au terme de la période de transition, elles doivent demander un numéro Eori (Economic operator registration and identification) pour pouvoir continuer de commercer hors UE. Trois seulement ont réagi…", indique Florence Angelici.

Plus long, plus cher

Se préparer, c’est aussi sortir la calculette. Les coûts douaniers supplémentaires, qui va les payer? "On suggère à nos clients de revoir leurs contrats, explique Inne Lejeune, partner chez le consultant PwC Legal. Beaucoup croient qu’ils pourront faire passer ce surcoût sur leur client comme ‘force majeure’, mais le risque d’un hard Brexit est connu depuis trop longtemps pour invoquer cela."

Pas si grave: on contourne le problème des retards en faisant du stock outre-manche? Sauf que depuis novembre, il n’y a plus d’entrepôts disponibles au Royaume-Uni.
Pas si grave: on peut réduire l’attente en demandant à l’avance des facilités administratives aux douanes anglaises? Sauf qu’elles ont fermé les guichets pour ces types de demandes. Alors, pour réduire le temps d’attente d’une procédure normale, des PME belges abandonnent l’idée de passer par Douvres, cherchent d’autres points d’entrée où les files seraient moins longues. En septembre encore, près des trois-quarts des clients du consultant n’envisageaient pas de Brexit dur et ne s’y préparaient pas. La donne a décidément changé.

Royaume-Uni un Brexit annulé ou reporté?

Le Brexit pourrait bien ne pas avoir lieu si l’accord de divorce négocié par Theresa May est rejeté mardi par la Chambre des communes, a prévenu vendredi le ministre britannique des Affaires étrangères Jeremy Hunt. Celui-ci a déclaré qu’en cas de vote négatif, il existait une réelle possibilité d’une "paralysie du Brexit" qui pourrait conduire à l’arrêt du processus de sortie du Royaume-Uni de l’UE.

L’hypothèse d’un report du Brexit au-delà de la date prévue du 29 mars semble de plus en plus probable en raison de la masse de textes législatifs à adopter avant cette échéance, selon plusieurs ministres cités vendredi par le quotidien Evening Standard.

En attendant, la principale organisation patronale britannique a prévenu qu’un Brexit sans accord serait "ingérable". "Ne nous y trompons pas, une absence d’accord est ingérable. Et elle n’est certainement pas souhaitable", a déclaré Carolyn Fairbairn, directrice générale de la CBI.

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