Les eurodéputés réclament un siège unique à Bruxelles

©AFP

Lors d'un vif débat entre "pro" et "anti" Strasbourg, une majorité d'eurodéputés a réclamé ce mercredi un siège unique du Parlement européen à Bruxelles. Ils espèrent que l’arrivée du président Macron et le Brexit feront avancer leur cause.

Chaque mois, c’est la transhumance. Les 751 députés européens embarquent assistants, dossiers et valises pour se rendre de Bruxelles à Strasbourg. Ils prennent un TGV spécialement affrété et rejoignent l’hémicycle alsacien où ils siègent pendant quatre jours. Le déménagement est fastidieux et coûte des millions d’euros au contribuable.

Plus de deux tiers des eurodéputés veulent de longue date un siège unique à Bruxelles. Une résolution est votée chaque année en faveur de cette solution. Mais ce choix n’a jamais été mise en pratique. Comme l’a tranché la Cour de justice de l’UE, un tel revirement nécessite une modification des Traités, ce qui requiert l’unanimité des États européens. Or la France, accrochée à ce symbole de la réconciliation avec les Allemands, rejette toute discussion sur le départ du parlement de Strasbourg.

"Un seul siège oui, mais à Strasbourg, nulle part ailleurs."
Jérôme Lavrilleux
Eurodéputé PPE

La question est revenue mercredi soir au premier plan. Un débat, très vif, s’est tenu entre les "pro" et les "anti" siège unique lors de la session strasbourgeoise. Les députés français de droite, rejoints par quelques collègues de gauche, ont défendu bec et ongle le siège alsacien, parfois avec beaucoup d'émotion. "Consacrer une minute à ce débat stérile sur un sujet sur lequel nous ne sommes pas décisionnaires, c’est déjà une minute de trop", a dit Jérôme Lavrilleux (PPE). "Un seul siège oui, mais à Strasbourg, nulle part ailleurs." Peu avant, la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau déclarait que la France n'avait "aucune intention" de renoncer à Strasbourg.

Macron et le Brexit

Cette année, une lueur d’espoir s’est fait jour du côté des partisans du siège unique à Bruxelles. Deux éléments nouveaux pourraient changer la donne. Le nouveau président français Emmanuel Macron, résolument pro-européen, pourrait être ouvert au débat, mais il faudrait le convaincre. C’est ici que le Brexit tomberait à pic. Strasbourg pourrait accueillir, en échange du siège unique à Bruxelles, l’Agence européenne des médicaments et l’Autorité bancaire européenne, deux organismes qui devront quitter le Royaume-Uni.

"Le Brexit pourrait entraîner la relocalisation des deux agences dans le bâtiment du parlement à Strasbourg. L’immeuble est sous-utilisé, nous ne sommes ici que 48 jours par an", dit l’eurodéputée suédoise Anna Maria Corazza Bildt, figure de proue de "One Seat", la campagne pour le siège unique. "Le nouveau président français Emmanuel Macron a des points communs avec notre envie de relancer l’UE", ajoute-t-elle. "Nous voulons un dialogue constructif. Nous sommes prêts à aller à l’Élysée s’il le faut".

Les députés en faveur du siège unique demandent que le sujet soit abordé lors d’un Conseil européen. Leurs arguments sont bien affûtés. En premier lieu, ils jugent qu’un seul siège renforcera le rôle du Parlement et, partant, l’Union européenne. "Le fait que le Parlement européen ait deux sièges est totalement incompréhensible pour les citoyens", estime la députée verte Ulrike Lunacek

"Nous demandons à ce que le siège soit à Bruxelles. On sent que les lignes bougent, mais la partie est difficile. Il faut une compensation importante pour convaincre la France"
Louis Michel
Député ADLE

L’argument du gaspillage pèse aussi. "Le Parlement à Strasbourg est devenu le symbole de ce qui ne marche pas. C’est un énorme gaspillage", dit le Britannique Ashley Fox (ECR). Selon la Cour des comptes européenne, le déplacement des eurodéputés coûte chaque année 114 millions d’euros. Son coût environnemental est de 19.000 tonnes de CO2 rejetées au cours du transport. L’édifice est vide 317 jours par ans, mais il est toujours chauffé et les lumières restent allumées.

Strasbourg est le symbole de la réconciliation franco-allemande. La capitale alsacienne pourrait le rester aux yeux des tenants du siège unique, par exemple, en accueillant des sommets européens. "Strasbourg doit rester un symbole de paix et de réconciliation, mais pas de gaspillage", lâche l’élue libérale espagnole Beatriz Becerra Basterrechea (ADLE).

"Nous demandons à ce que le siège soit à Bruxelles. On sent que les lignes bougent, mais la partie est difficile. Il faut une compensation importante pour convaincre la France", dit Louis Michel (ADLE). "Pourquoi ne pas créer une école d’administration européenne à Strasbourg? L’ENA se trouve déjà ici. On pourrait au moins consacrer l’argent gaspillé à une cause utile."

Le "Caprice des dieux" délabré

Un autre élément perturbe le débat: l’état de délabrement du "Caprice des dieux", le bâtiment du parlement européen à Bruxelles, invoqué par les "anti" siège unique. D’après une étude, il serait nécessaire de reconstruire le site. Le coût estimé, de 500 millions d’euros, serait inférieur à celui d’une rénovation.

"L’hémicycle à Bruxelles tombe en ruine. Il serait scandaleux de dépenser autant d’argent alors que nous pouvons accueillir le Parlement ici à Strasbourg et que nous inaugurons aujourd’hui des nouveaux bureaux", plaide la députée française Anne Sander (PPE).

"La question de la rénovation du siège bruxellois est un atout, pas un argument contre le siège à Bruxelles. De toute façon, si Strasbourg doit être le siège unique, il faudra agrandir l’immeuble", rétorque Mme Corazza Bildt.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect