Martin Selmayr recasé à Vienne, un Français cité pour lui succéder

Début 2018, Martin Selmayr avait sauvé sa tête grâce à Jean-Claude Juncker. ©REUTERS

Martin Selmayr, l’ancien secrétaire général de la Commission européenne, prendra la tête de la représentation permanente de la Commission à Vienne. Alors que la procédure de nomination de son successeur n’est pas encore lancée, un Français, Olivier Guersent, est cité pour occuper la fonction.

Martin Selmayr, l’ancien secrétaire général de la Commission européenne, dont la nomination fut controversée, prendra la tête de la représentation permanente de la Commission en Autriche le 1er novembre prochain. Un point de chute doré à 17.000 euros pour celui qui fut, dans l'ombre, l’un des personnages les plus influents d’Europe ces cinq dernières années.

En attendant son départ, Martin Selmayr a été nommé "conseiller temporaire hors classe", un titre qui lui permettra de rester dans l’ombre du président de la Commission Jean-Claude Juncker jusqu’à la fin du mandat de ce dernier, prévue le 31 octobre. Le lendemain, la présidente Ursula von der Leyen entrera en fonction avec sa nouvelle équipe.

"Il s’agirait de plaire à l’Élysée, comme la nomination de Selmayr plaisait à Berlin."

L’une des premières décisions de la Commission von der Leyen sera de nommer un nouveau secrétaire général. La Commission suivra-t-elle, cette fois, la procédure de sélection qui permettra à d’autres candidats de concourir?

Un nom circule depuis un certain temps, celui du Français Olivier Guersent, directeur général des services financiers de la Commission, alors que l’appel d’offres n’est pas lancé. "Il s’agirait de plaire à l’Élysée, comme la nomination de Selmayr plaisait à Berlin", dit une source. Chassez le naturel, il revient au galop.

Un départ précipité 

Martin Selmayr a annoncé sa démission le 15 juillet, lors d’une interview à Politico, la veille de l’élection d’Ursula von der Leyen. Celui que Juncker surnomme "le monstre" pour sa force de travail a été poussé au départ pour calmer la colère du Parlement européen. Et, surtout, assurer une majorité suffisante à la candidate à la présidence. 

L’ire des députés était liée aux circonstances obscures de la nomination de Martin Selmayr, passé en quelques années du service du porte-parole au poste le plus élevé de l’exécutif.

L’ire des députés était liée aux circonstances obscures de la nomination de Martin Selmayr, passé en quelques années du service du porte-parole au poste le plus élevé de l’exécutif. 

En 2018, pour devenir secrétaire général de la Commission, il avait été nommé lors d’une "procédure express" secrétaire général adjoint. Le départ de son prédécesseur, Alexander Italianer, et le fait que le poste était vacant avaient été tenus secrets jusqu'à cinq minutes avant sa nomination. Aucun autre candidat n’avait pu postuler dans des délais et des conditions normales, contrairement aux règles de l’administration européenne.

Une nomination illégale

La médiatrice européenne Emily O’Reilly avait estimé que cette nomination n’avait respecté "ni l’esprit, ni la lettre" du droit européen. Le Parlement européen avait réclamé par deux fois sa démission. Ni l’un ni l’autre n’avaient réussi à infléchir la Commission. À ce moment, Martin Selmayr était au faîte de sa puissance; plus rien ne se faisait au sein de la Commission sans son consentement.

"La nouvelle présidente est une ressortissante allemande. Il n’eut pas été sain que la présidente et le secrétaire général aient la même nationalité."
Günther Oettinger
Commissaire européen aux Ressources humaines

La raison officielle de son départ tient du cache-misère. "La nouvelle présidente est une ressortissante allemande. Il n’eut pas été sain que la présidente et le secrétaire général aient la même nationalité", dit Günther Oettinger, le commissaire européen aux Ressources humaines. Cette règle non écrite est à géométrie variable au sein des institutions européennes. Le Parlement a été présidé durant cinq ans par un Allemand, Martin Schulz, alors que son secrétaire général, Klaus Welle, est lui-même Allemand. 

En réalité, Martin Selmayr a dépassé les bornes, en particulier aux yeux de la France et de son président occupé à étendre son influence sur toute l’Union. 

Un encombrant "Mazarin" 

Lors du sommet informel de Sibiu le 9 mai dernier, Martin Selmayr hantait les bars de la cité roumaine à la rencontre des journalistes. Ce soir-là, le bras droit de Jean-Claude Juncker susurrait aux médias que Michel Barnier accéderait à la présidence de la Commission.

C’était sa manière de défendre ses intérêts personnels, tout en influençant le cours politique de l’Europe. Une pratique qui dépasse le cadre de sa fonction. Fin juin, lors du sommet européen marathon sur la nomination du président de la Commission, Martin Selmayr avait plaidé contre le candidat socialiste Frans Timmermans, un temps pressenti par Berlin, pour tenter d’imposer le Premier ministre croate Andrej Plenkovic.

Ce fut le coup de trop sur l’échiquier européen. Pour les dirigeants des 28 États européens, la désignation d’Ursula von der Leyen devait coïncider avec le départ de Martin Selmayr, perçu de plus en plus comme un encombrant "Mazarin".

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