Merkel fait le ménage dans son parti

Mardi dernier, Angela Merkel a posé symboliquement la première pierre d'un centre pour les sciences de la vie à Greifswald, une ville du nord de l'Allemagne, dans le land du Mecklembourg-Poméranie-Occidental. ©EPA

La chancelière allemande a renvoyé un secrétaire d'Etat à l'Economie qui s'était réjoui de l'alliance de son parti avec l'extrême droite dans le Land de Thuringe. C'est le deuxième cadre de la CDU qui saute après cette union régionale controversée.

Angela Merkel a congédié un membre de son gouvernement pour répondre au scandale national provoqué par une alliance entre élus de droite modérée et d'extrême droite. Ce samedi, elle a annoncé avoir renvoyé un secrétaire d'Etat du ministère de l'Economie, également commissaire du gouvernent pour les territoires de l'est du pays, Christian Hirte, qui était depuis plusieurs jours sous le feu des critiques.

La chancelière devait trancher dans le vif sous peine de voir sa coalition, déjà très fragile, exploser.

Il s'était ostensiblement félicité, mercredi, dans un message sur Twitter, de l'élection d'un nouveau dirigeant pour l'Etat régional de Thuringe grâce aux voix coalisées du parti démocrate-chrétien CDU de la chancelière allemande et du parti anti-migrants Alternative pour l'Allemagne (AfD).

Le SPD réclamait cette démission

Christian Hirte est en outre un cadre du parti de Mme Merkel en Thuringe même, là d'où le scandale est arrivé, où il occupe la fonction de vice-président régional CDU. Le parti social-démocrate SPD, partenaire des conservateurs de Mme Merkel au gouvernement à Berlin, avait réclamé sa tête, estimant qu'il n'était "plus tenable".

L'affaire a ranimé en Allemagne le souvenir des années 1930 et de l'arrivée au pouvoir du parti nazi, grâce notamment à des alliances avec la droite traditionnelle.

La chancelière devait trancher dans le vif sous peine de voir sa coalition, déjà très fragile, exploser. Elle l'a fait peu avant une réunion prévue dans la journée de samedi au plus haut niveau de cette coalition convoquée à la demande des sociaux-démocrates, qui demandaient "une clarification" du positionnement des conservateurs à l'égard de l'extrême droite nationale.

Le vote de Thuringe a créé un séisme dans le pays car il a brisé un tabou politique de l'histoire allemande d'après-guerre: le refus de la droite modérée de toute alliance avec l'extrême droite. Les élus de Thuringe se sont affranchis de cette consigne, un acte jugé "impardonnable" par Mme Merkel cette semaine.

Nouveau scrutin en Thuringe

M. Hirte est la deuxième victime en deux jours de cette affaire au sein du parti de la chancelière: le chef de file des parlementaires CDU en Thuringe, Mike Möhring, a aussi annoncé, vendredi, qu'il quitterait prochainement, en mai, ses fonctions. Il l'a fait sous la pression de sa direction nationale ulcérée.

C'est lui qui avait supervisé le vote des élus CDU de Thuringe lors de l'élection mercredi du nouveau dirigeant régional. Ce dernier, un élu du petit parti libéral FDP, Thomas Kemmerich, a entretemps aussi fait savoir, au vu de la polémique, qu'il abandonnerait prochainement son poste, ouvrant la voie à un nouveau scrutin.

La tempête politique venue de Thuringe a valu une avalanche de critiques à la chancelière et à la présidente de son parti, la ministre de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée par ses initiales AKK. Toutes deux se voient reprocher de ne plus tenir leur parti, tiraillé entre adversaires et partisans d'une alliance avec l'extrême-droite au niveau régional.

Rappel des année 1930

L'affaire a ranimé en Allemagne le souvenir des années 1930 et de l'arrivée au pouvoir du parti nazi, grâce notamment à des alliances avec la droite traditionnelle. C'est en Thuringe même que le mouvement d'Adolf Hitler, le NSDAP, avait entamé sa course progressive vers le pouvoir.

De surcroît, l'AfD est dirigée dans cette région par l'aile la plus radicale du mouvement et son chef de file Björn Höcke, qui entend rompre avec la culture allemande de repentance pour les crimes du IIIème Reich.

L'hebdomadaire Der Spiegel parle, ce samedi, à propos de l'alliance de Thuringe, d'un signe de "désintégration de la démocratie libérale" et ce, "même si le pire a pu être évité".

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés