Migrants: Paris et Berlin veulent avancer sans attendre de consensus à 28

©AFP

Un "mini-sommet" a réuni ce dimanche seize Etats européens autour de la question des migrants. L'Union européenne est profondément divisée par une nouvelle crise déclenchée par l'Italie et son leader d'extrême droite Matteo Salvini. Pourtant, les arrivées de migrants en Europe sont en recul depuis deux ans.

La France et l'Allemagne appellent à des accords à plusieurs pays sur les défis migratoires pour contourner l'absence de consensus qui paralyse l'Union européenne sur ce problème. Alors qu'étaient réunis dimanche à Bruxelles les dirigeants de 16 pays pour un mini-sommet visant à apaiser le climat de tension face aux questions migratoires, le bras de fer en Méditerranée entre les ONG humanitaires et le gouvernement italien s'est poursuivi.

Un navire de l'ONG allemande Lifeline a été bloqué au large de Malte avec 239 migrants à son bord, l'Italie puis Malte lui ayant refusé l'accostage.

Le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini a sommé les ONG internationales de se tenir à l'écart des opérations de secours de migrants et de laisser les garde-côtes libyens se charger de cette tâche. "Les ports italiens sont et seront fermés à ceux qui aident les trafiquants d'être humains", a-t-il souligné. Il a ensuite annoncé que les garde-côtes libyens avaient recueilli en mer et ramené en Libye plus de 820 migrants dans la journée de dimanche.



Les chefs d'Etat et de gouvernement ont assisté à cette réunion informelle organisée à la dernière minute par la Commission européenne pour désamorcer ce dossier éminemment sensible avant le Conseil européen des 28 et 29 juin. Les "28" donneront à cette occasion leur feu vert à un renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l'UE et de l'aide financière aux pays d'origine, mais ont renoncé à essayer de s'entendre sur la répartition des demandeurs d'asile.

Concrètement? La "réunion informelle" de dimanche à Bruxelles n'a pas débouché sur des mesures concrètes, mais elle a été "utile", a estimé à son issue le président français Emmanuel Macron. Elle a notamment "permis d'écarter des solutions pas conformes à nos valeurs, comme les stratégies de refoulement", a déclaré Macron, plaidant pour une "solution européenne". Cette solution "se construira uniquement sur la coopération entre les Etats membres de l'UE, que ce soit une coopération à 28 ou entre plusieurs Etats qui décident d'avancer ensemble", a-t-il ajouté, faisant écho aux déclarations de la chancelière allemande Angela Merkel.

"Nous sommes tous d'accord pour réduire la migration irrégulière, pour protéger nos frontières", a déclaré Merkel. Mais quand un consensus n'est pas possible, "nous voulons réunir ceux qui sont volontaires pour trouver un cadre commun d'action", a ajouté la chancelière. Elle avait évoqué plus tôt la nécessité de trouver des "accords bilatéraux ou trilatéraux dans l'intérêt mutuel", en partant du principe que le sommet à 28 programmé les 28-29 juin à Bruxelles, "n'apportera pas encore de solution globale au problème des migrations".

"Nous savons qu'au Conseil européen, malheureusement, nous n'aurons pas de solution complète sur cette question"
Angela Merkel
Chancelière allemande



Merkel et Macron ont notamment mis l'accent sur la nécessité de résoudre le problème des "mouvements secondaires", c'est-à-dire des demandeurs d'asile qui se déplacent dans l'UE, au lieu de rester dans le pays par lequel ils sont entrés dans l'attente d'une décision sur leur cas. C'est pour y mettre fin que le ministre allemand de l'Intérieur Horst Seehofer menace d'instaurer un refoulement unilatéral aux frontières des migrants. Contre l'avis d'une chancelière fragilisée, qui souhaite des décisions concertées avec ses voisins.

Et donc?

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ©EPA
Que pensent les Belges?

Charles Michel a évoqué l'idée de créer des "centres d'orientation ou des hotspots", en référence aux idées encore floues de créer des "plateformes de débarquement" des migrants secourus en mer, y compris hors de l'UE (le nom de la Tunisie est souvent cité), et des centres d'accueil de migrants dans les pays de transit. Ces projets en gestation visent à pouvoir distinguer en amont, avant les périlleuses traversées de la Méditerranée, quels migrants sont effectivement éligibles au droit d'asile et à décourager les autres de tenter le périple.

Tous les pays européens sont désormais d'accord pour renforcer les frontières extérieures de l'UE, mais ils continuent de se diviser sur leurs responsabilités dans la prise en charge des migrants tentant de rejoindre l'Europe, comme de ceux s'y trouvant déjà. Et ce malgré la chute massive des arrivées sur les côtes européennes constatée depuis 2016.

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