Paul Magnette, architecte de la politique commerciale des socialistes européens

©European Parliament

Il n’est pas (encore) officiellement tête de liste pour les européennes, mais il est plus impliqué que jamais au cœur de l’appareil socialiste européen: le bourgmestre de Charleroi a corédigé la stratégie du parti sur le commerce.

De leur propre aveu, ça n’a pas été facile, mais ils y sont parvenus. Après un an de discussions, les socialistes européens – deuxième force politique au Parlement – se sont mis d’accord sur une vision commune du commerce. Paul Magnette était en tête d’affiche d’un panel de neuf experts qui ont planché sur cette mise au diapason, aux côtés de l’ex-secrétaire général de l’OMC Pascal Lamy. D’un côté, l’homme qui a bloqué le Ceta, devenu instantanément une idole altermondialiste. De l’autre, un chantre du commerce international, qui répète que le TTIP, le traité économique global avec les États-Unis "demeure une bonne idée".

Et donc? Les socialistes européens (S&D) se retrouvent pour défendre une mondialisation encadrée mais aussi pour constater que leur approche traditionnelle – "le commerce est bon mais il faut travailler sur ses effets secondaires" – est dépassée. L’Europe doit d’abord assumer une plus grande part de ces effets négatifs, disent-ils, par exemple en renforçant l’enveloppe du fonds d’ajustement à la mondialisation (FEM). L’Union doit en outre "en faire plus sur les standards sociaux et environnementaux", résume Pascal Lamy en présentant le document de référence qu’ils publient via le centre d’études des socialistes européens.

"Ce serait une erreur de ratifier l’accord avec le Japon en l’état."
Paul Magnette
Bourgmestre de Charleroi (PS)

Le document ne définit pas de lignes rouges concrètes au-delà desquelles un accord commercial deviendrait inacceptable. "Mais si on veut peser politiquement, poursuit Lamy, alors il faut être capable de créer un rapport de force." Et de prendre l’exemple du Ceta – pas pour encenser le bras-de-fer du Parlement wallon en octobre 2016, mais pour souligner que "c’est sous la pression du groupe socialiste" au Parlement européen que le chapitre très sensible de la protection des investissements a été "nettement améliorée".

"Il n’a jamais été question de définir des lignes rouges absolues", indique de son côté Paul Magnette. Parce qu’un partenaire commercial n’est pas l’autre: "L’Union européenne a toujours vu dans la politique commerciale aussi un instrument de lutte contre la pauvreté dans le monde." Pas question donc de placer le curseur des exigences au même endroit pour le Canada que pour le Vietnam. Tiens, quid du Japon alors: le "Jefta", mûr pour la ratification, passe-t-il la nouvelle maille socialiste? "Mon opinion personnelle (ça, ça veut dire qu’on n’aura pas la réponse) est que sur les volets environnementaux, ce n’est pas du tout suffisant. Ce serait une erreur de le ratifier en l’état", dit Paul Magnette. À la droite du carolo, le chef (socialiste) de la commission Commerce du Parlement, Bernd Lange, ne relève pas. Quand l’accord UE-Japon a été paraphé, en juillet dernier, le S&D avait salué "un important pas en avant". De là à ratifier?

C’est bon pour le climat?

Revenons à ce sur quoi les socialistes européens ont une position commune claire. Ils veulent plus de transparence lors des négociations commerciales: elles devraient s’inspirer, disent-ils, des négociations climatiques – en cours à la COP24 de Katowice. "Tous les documents légaux y sont disponibles pour tout le monde au même moment. Il y a un processus d’intégration dans la négociation de toute une série d’organes société civile, les organisations syndicales… Enfin, il y a un processus continu d’information beaucoup plus intense qu’en négociations commerciales, qui permet que le consensus se forme", détaille Paul Magnette.

Puisqu’on parle de Katowice, un mot sur l’éléphant dans la pièce: forger des accords pour plus d’échanges commerciaux, est-ce bien compatible avec l’urgence climatique? Le commerce peut être bon pour le climat, souligne Paul Magnette: "ça paraît contre-intuitif, mais dans un certain nombre de cas, on produit moins de CO2 en important". Le commerce doit être pour les socialistes un vecteur pour imposer aux partenaires qu’ils mettent en œuvre l’Accord de Paris, notamment. Il faut pour cela des mesures punitives – "une taxe d’ajustement carbone aux frontières, pour protéger notre marché et nos consommateurs" – et incitatives – "un accès préférentiel". Voilà dans les grandes lignes – pour les détails, cf la fondation européenne d’études progressistes (Feps).

Mais au fait, que fait un "simple bourgmestre" au cœur de la machine socialiste du Parlement européen? "Comme élu local, on est parmi les mieux placés pour faire passer le message" du terrain, répond Paul Magnette. Sans s’attarder sur les informations de presse selon lesquelles il tirera la liste PS aux européennes de mai prochain. Le cas échéant, il y a des façons plus discrètes de prendre ses marques.

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