Perquisition au siège de GBL dans le dossier Lafarge

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Le cimentier franco-suisse Lafarge, en partie détenu par GBL le holding d'Albert Frere, est soupçonné d'avoir indirectement financé des groupes jihadistes en Syrie, dont l'organisation Etat islamique. Des perquisitions ont été menées au siège de GBL à Bruxelles et au domicile de Gérard Lamarche, le co-CEO du holding.

Le siège de GBL a été le théâtre d'une perquisition ce mardi dans le cadre d'une information judiciaire relative à une présomption de financement de groupes terroristes par LafargeHolcim en Syrie. Des ordinateurs et des documents auraient été emportés.

Le holding d'Albert Frère était en effet actionnaire du cimentier franco-suisse au moment des faits qui sont reprochés à ce dernier. Dans un communiqué laconique, GBL précise qu'il "coopère pleinement à l’enquête".

Contrairement à ce qui avait été annoncé en fin de journée, le co-directeur de GBL, Gérard Lamarche, n'a pas été interpellé ni en France, ni en Belgique. Le porte-parole du holding nous a confirmé qu'aucun membre de la direction de GBL n'avait été arrêté ce mardi. 

De son côté, le parquet fédéral a confirmé que des perquisitions ont également été menées au domicile de Gérard Lamarche.

Les enquêteurs veulent savoir dans quelle mesure GBL était au courant des agissements de Lafarge en Syrie et de l'argent que le cimentier aurait transmis à des groupes terroristes. GBL a deux représentants au sein du conseil d'administration de Lafarge. Le Canadien Paul Desmarais Jr., vice-président de GBL, et le Belge Gérard Lamarche, le co-CEO du holding basé à Bruxelles. S’il devait s’avérer que ce dernier était au courant, il risque une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison.

9,4%
GBL détient 9,4% du cimentier Lafarge-Holcim, soit une participation d'une valeur de 2,7 milliards d'euros.

Que cherchent les enquêteurs?

Cette perquisition, menée dans le cadre d'une équipe d'enquête franco-belge, a eu lieu parallèlement à des perquisitions menées au siège français de Lafarge. "Nous coopérons pleinement avec les enquêteurs, mais nous ne pouvons faire davantage de commentaires sur cette enquête en cours", a indiqué une porte-parole de Lafarge à l'AFP.

L'enquête, menée depuis juin par trois juges d'instruction, s'attache à déterminer si le géant du ciment a transmis de l'argent à certains groupes, notamment l'EI, pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014, malgré le conflit en Syrie, la cimenterie de Jalabiya (nord). Les enquêteurs cherchent aussi à savoir si des responsables du groupe en France avaient eu connaissance de tels accords et du danger qu'ils ont pu faire courir aux employés syriens sur place.

Le scandale avait été révélé en juin 2016 par une enquête du journal Le Monde qui avait mis en lumière de "troubles arrangements" entre Lafarge Cement Syrie (LCS), branche syrienne du groupe, et l'organisation État islamique alors que le groupe jihadiste gagnait du terrain et devenait incontournable dans la région.

Enquête préliminaire du parquet de Paris

Deux mois plus tard, le ministère de l'Économie avait déposé plainte, déclenchant l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris, confiée au Service national de douane judiciaire (SNDJ). Dans son rapport, dont l'AFP a eu connaissance, le SNDJ conclut que LCS a "effectué des paiements aux groupes jihadistes" pour que la cimenterie continue à fonctionner.

La direction française du groupe Lafarge "a validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables", affirme le Service national de douane judiciaire.

La direction française du groupe Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim, "a validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables", ajoute le SNDJ dans ce document. D'anciens responsables du cimentier ont affirmé que cette volonté de rester coûte que coûte dans le pays en guerre avait reçu l'aval des autorités françaises et l'association anticorruption Sherpa, qui a également déposé plainte au nom de onze ex-salariés syriens de la cimenterie, a demandé que l'ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius soit entendu.

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