Rome lance un ultimatum à l'Union sur le "Diciotti"

©AFP

Le vice-Premier ministre italien et chef du Mouvement 5 étoiles exige une solution "ce vendredi" pour les migrants du navire Diciotti, bloqué en Sicile. À défaut, il menace de couper la contribution de l’Italie au budget européen. Un ultimatum inédit pour faire pression sur les sherpas de douze pays qui se réunissent à Bruxelles.

Dans un ultimatum inédit, le vice-président du conseil italien, Luigi Di Maio, a donné à la Commission européenne jusqu’à vendredi pour trouver un accord européen sur le sort des 148 migrants bloqués sur le Diciotti.

Le navire de garde-côtes a accosté lundi dans le port de Catane, en Sicile, mais le gouvernement italien refuse aux adultes recueillis de mettre pied à terre tant qu’un accord n’aura pas été conclu pour les répartir entre d’autres pays de l’Union européenne. Les sherpas d’une douzaine de pays européens devaient se réunir ce vendredi à Bruxelles à l’invitation de la Commission européenne pour avancer sur le sujet.

"Le Mouvement 5 étoiles et moi-même ne serons plus disposés à verser chaque année 20 milliards d’euros à l’UE."
Luigi Di Maio
Vice-Président du Conseil italien

Sans un accord ce vendredi, "le Mouvement 5 étoiles et moi-même ne serons plus disposés à verser chaque année 20 milliards d’euros à l’UE", a déclaré Luigi Di Maio dans une vidéo postée sur Facebook. (L’an dernier, la contribution nette au budget de l’Union atteignait 3,6 milliards d’euros).

Cette menace, qui peut s’apparenter à un chantage de sortie du pays de l’Union européenne, est inédite de la part d’un membre du gouvernement italien. Le dirigeant du Mouvement 5 étoiles (attrape-tout) a ainsi surenchéri sur son collègue Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et membre de la Ligue (extrême droite), qui déclarait peu avant qu’en l’absence d’accord, "les bateaux peuvent repartir d’où ils viennent", la Libye.

"Qu’attendent-ils (les Européens) pour intervenir afin que nous puissions répartir les migrants?", avait lancé de son côté le président du Conseil Giuseppe Conte (indépendant), mercredi soir sur Facebook.

L’assemblée doit tabler sur "une approche européenne commune sur la façon d’avancer vers une solution durable."
Commission

Avant la sortie de Luigi Di Maio, la Commission européenne disait jeudi "continuer de travailler vers une solution rapide" dans ce dossier. Et précisait que la réunion des sherpas des chefs d’État et de gouvernement européens de ce vendredi se tenait dans le cadre "d’un suivi plus large" des dernières conclusions du Conseil européen.

En juin, les dirigeants de l’Union s’étaient notamment entendus pour demander à la Commission "d’examiner le concept de plateformes régionales de débarquement" hors du territoire de l’Union. L’assemblée doit tabler sur "une approche européenne commune sur la façon d’avancer vers une solution durable", selon une porte-parole de la Commission. "C’est une discussion vraiment informelle pour faire un brainstorming sur des solutions possibles", indiquait de son côté une source diplomatique, précisant ne pas savoir "si la question du Diciotti serait directement abordée".

Urgence humanitaire

Jeudi matin, vingt-sept mineurs avaient été débarqués du Diciotti, presque tous originaires d’Erythrée. Le navire avait embarqué 190 personnes le 15 août depuis un boat people qui dérivait à 17 miles nautiques de l’île italienne de Lampedusa. Treize d’entre eux avaient été évacués pour raisons médicales urgentes.

Pas d'autorisation aux migrants de débarquer "avant d’être assuré que les 177 migrants iront ailleurs" (qu’en Italie).
Matteo Salvini

Dans un premier temps, Rome avait demandé à Malte de prendre en charge ces personnes – selon des rescapés les autorités maltaises avaient escorté le navire hors de leur zone de recherche –, ce que La Valette avait refusé. Après trois jours de négociations, le ministre italien des Transports avait annoncé que le navire accosterait en Sicile. Son collègue de l’Intérieur avait alors déclaré qu’il ne donnerait pas l’autorisation aux migrants de débarquer "avant d’être assuré que les 177 migrants iront ailleurs" (qu’en Italie).

Une enquête a été ouverte par le procureur de la ville d’Agrigento sur la détention illégale des migrants sur le bateau. Selon le procureur Luigi Patronaggio, qui a visité le navire mercredi, certains des migrants sont affectés par la gale et ont besoin d’assistance médicale urgente.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content