Selmayr, le "Richelieu" de Juncker, provoque le scandale

Martin Selmayr ©EPA

La vitesse à laquelle Martin Selmayr, le chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, a été propulsé à la tête de l’administration européenne pose question.

Les langues se déliant, on en sait un peu plus sur les conditions de l’ascension quasi "miraculeuse" de Martin Selmayr, le puissant chef de Cabinet du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, mercredi dernier, au poste de secrétaire général de la Commission, la plus haute fonction de l’administration européenne. 

Selmayr, un démocrate-chrétien allemand, âgé de 47 ans, a été bombardé le même jour, lors de la même réunion du collège, secrétaire général adjoint de la Commission et puis secrétaire général par 27 commissaires assez surpris de cette demande du président Juncker. La procédure dans son ensemble fut si expéditive qu’un seul concurrent eut le temps de se manifester. 

Voici les faits. Juncker était le seul à connaître depuis plusieurs années l’intention du Néerlandais Alexander Italianer, le secrétaire général, de prendre sa pension le 1er mars prochain.

Jean-Claude Juncker ©EPA

Le 31 janvier, un appel à candidature est lancé pour le poste de secrétaire général adjoint. Postuler à ce type de fonction, très convoitée par les fonctionnaires, réclame un temps de préparation. Mais les choses furent menées à la hussarde.

Deux candidats ont eu le temps de se présenter, dont Martin Selmayr. Des épreuves eurent lieu quinze jours plus tard. Le 21 février, la nomination fut proposée au collège des commissaires. Selmayr fut nommé secrétaire général adjoint, un statut lui permettant d’accéder au poste de secrétaire général. Ce qui fut fait illico.

Seul le commissaire aux Ressources humaines, l’Allemand, Günther Oettinger, était informé, pour avoir fait passer une audition à Selmayr. "Des commissaires auraient voulu disposer de plus de temps, mais ils n’ont pas été entendus", dit une source. Selmayr est réputé pour sa grande intelligence, mais aussi sa sévérité et la mainmise qu’il exerce sur l’exécutif européen, à tel point qu’on se demande qui de Juncker ou Selmayr dirige la Commission. Des traits qui lui ont valu le surnom de "Richelieu".

"Il n'y a rien d'illégal, nous avons respecté les règles et leur esprit."
Alexander Winterstein
Porte-parole de l'exécutif européen

L'affaire, levée, par le journaliste de Libération Jean Quatremer, fait grand bruit dans les milieux européens. Lundi, un porte-parole de la Commission a été interrogé par la presse durant une heure sur ce sujet. Pour l’exécutif européen, la procédure a été respectée. "Il n’y a rien d’illégal, nous avons respecté les règles et leur esprit", a répété le porte-parole.

Au Parlement européen, l’affaire ne réjouit pas grand monde et dérange même certains députés du PPE. Les Verts européens réclament qu’une enquête sur la nomination soit diligentée. "Il n’y a que Xi Jinping qui peut se permettre une telle nomination", dit Philippe Lamberts, coprésident des Verts.

D’autres voix s’élèvent pour dénoncer la mainmise de l’Allemagne et du PPE sur les institutions européennes. De fait, le secrétaire général du Parlement, Klaus Welle, du Service européen d’action Extérieur, Helga Schmid, et maintenant de la Commission sont tous Allemands, de même que le président de la BEI Werner Hoyer.


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