Valls s'attaque au train de vie de la France

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Le Premier ministre français a indiqué les grandes lignes du pacte d’économies de 50 milliards d’euros sur trois ans. Les prestations sociales vont être gelées ainsi que les salaires des salariés de la fonction publique.

Une semaine après son discours de politique générale, le nouveau Premier ministre français Manuel Valls a précisé hier le contenu des 50 milliards d’euros d’économies prévues d’ici à 2017 par le pacte de responsabilité et de solidarité. 18 milliards d’euros d’économies doivent ainsi provenir de l’État et de ses agences, 11 milliards des collectivités locales et 21 milliards de la protection sociale. "Il faut agir plus vite plus fort", a-t-il plaidé, répétant: "les efforts seront justes car équitablement répartis".

Parmi les 21 milliards d’économies en matière sociale, 10 milliards doivent émaner de l’assurance-maladie avec la généralisation des médicaments génériques et des soins ambulatoires. Le solde, soit 11 milliards d’économies, sera réalisé sur la gestion du système social à travers le gel des prestations sociales.

Geler les prestations sociales

C’est l’une des grandes annonces faites hier, aussitôt justifiée par Manuel Valls: "Dans le contexte exceptionnel qui est le nôtre, les prestations sociales ne seront pas revalorisées jusqu’en octobre 2015". Ce gel d’une année concerne les allocations logement et famille, les pensions de retraites (hors minimum vieillesse), les revalorisations prévues du RSA (Revenu minimum d’insertion), du complément et du soutien familial. Ces mesures ne touchent pas aux minima sociaux (RAS, Allocation adulte handicapé…) qui restent, eux, indexés à l’inflation.

À elle seule, cette première série de mesures devrait dégager deux milliards d’euros, peut-être même quatre milliards si les retraites complémentaires, négociées avec les partenaires sociaux, parviennent aussi à être gelées.

"Avec sa notion relativement floue de gestion du système social, Manuel Valls laisse une marge de manœuvre, un gage à l’attention des députés de gauche pour négocier d’éventuels amendements à son futur projet de loi", remarque le politologue Olivier Rouquan.

18 milliards de gras dans l’État

L’État entend également montrer l’exemple avec 18 milliards d’euros d’économies prévues. "Le mot d’ordre est de réduire davantage le train de vie de l’État", a insisté Manuel Valls. Il confirme le gel du point d’indice pour les fonctionnaires, ce qui signifie que les salaires, gelés depuis 2010, vont l’être de nouveau jusqu’à fin 2015.

L’État entend aussi poursuivre ses économies: réduire ses dépenses immobilières, accélérer la mise en vente de certains biens et rationaliser ses besoins et donc ses achats, notamment en matière de fonctionnements et de systèmes d’informations.

Au final, le gros des efforts doit être mené par les opérateurs et les agences de l’État (Météo France, CNRS, etc. à l’exception de Pôle Emploi et des Universités exclus du coup de rabot). "C’est le volet le plus novateur des annonces faites hier, estime Olivier Rouquan. Rien qu’autour du ministère de l’Environnement, on en compte 44! En excluant les Chambres de Commerce et d’Industrie, Bercy recense 556 opérateurs et agences, qui représentent à eux seuls 435.000 emplois équivalents temps plein (contre 1,9 million d’agents pour l’État). Alors que l’État réduisait ses effectifs de 5,8% entre 2007 et 2012, ceux des opérateurs grimpaient de 6,1% avec des moyens financiers en hausse de 15% sur la période (contre -5,8% dans les ministères)!"

11 milliards dans les collectivités locales

Les collectivités locales devront, sans surprise, économiser 11 milliards d’euros. Manuel Valls n’est pas revenu sur ses mesures annoncées la semaine dernière (suppression de leur compétence générale et nouvelle carte des régions). Mais leurs répercussions sur les contribuables ne font guère de doute. "Comment les collectivités vont arbitrer leurs budgets avec ce manque de dotations sans augmenter leurs impôts?", s’interroge le politologue.

Enfin, comme gage à l’électorat de gauche, Manuel Valls maintient les créations de postes prévues dans l’Éducation nationale, la Police, la Justice et l’administration pénitentiaire. Les ménages les plus modestes bénéficieront d’un geste fiscal d’environ 500 millions d’euros en juin prochain. Et il a balayé l’idée d’un Smic revu à la baisse, évoqué avant-hier par le patronat.

Mais cela n’a pas suffi à calmer la grogne des syndicats et de l’aile gauche du Parti socialiste, déjà très critiques. FO Fonction publique appelle à la grève le 15 mai prochain. Pressé, Valls va présenter le programme de stabilité au Conseil des ministres du 23 avril avant de le soumettre au vote des députés le 30 avril.

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