Voici la nouvelle défense européenne

"Nous vivons un moment historique pour la défense européenne", a commenté la diplomate en chef de l'Union, Federica Mogherini, à l'issue de la signature par les ministres de 23 Etats membres de l'UE d'un document où sont listés 20 "engagements" jetant les bases de leur "coopération structurée permanente" (CSP). ©AFP

La grande majorité des États de l’UE se sont engagés hier à développer une coopération militaire renforcée. Des projets et des financements communs, conduisant vers l’Europe de la défense.

Le général De Gaulle, pourfendeur de la Communauté européenne de défense (CED), a dû se retourner dans sa tombe en voyant le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et celle de la Défense Florence Parly apposer leur signature, hier à Bruxelles, aux côtés de celles de leurs collègues de 22 autres États européens sur l’acte de coopération structurelle permanente en matière de Défense, la CSP ou, en jargon européen, "Pesco", d’après son acronyme anglais.

Le texte comporte vingt engagements en matière de défense. Il pose le premier jalon d’une coopération militaire renforcée entre Européens.

L’échec de la CED en 1953, causé par une France ne souhaitant pas voir l’Otan s’immiscer dans sa défense, et la mort de l’UEO en 2011, étaient autant de signes de l’incapacité de l’Europe à unir sa défense. Mais les temps ont changé. L’annexion de la Crimée par la Russie de Poutine, en guerre hybride avec l’Occident. Les attentats terroristes commis en France, à Bruxelles et en Espagne. Les événements de ces dernières années ont réveillé en Europe la volonté de créer une défense commune.

La Belgique, un des premiers Etats concernés

La Belgique est parmi les premiers Etats européens à rejoindre la Pesco. "C’est l’avance la plus spectaculaire que l’Union européenne ait jamais connue en matière de défense", résume le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR). Mais c’est un premier pas. "Il faut désormais concrétiser la mise en œuvre de la Pesco."

Trois facteurs ont également contribué à donner ce coup de fouet à la Pesco, le référendum sur le départ du Royaume-Uni de l’UE, l’élection d’un Président américain protectionniste peu impliqué dans l’Otan et l’arrivée du président français Emmanuel Macron, partisan d’une Europe de la défense.

"Au début de la prochaine décennie, l’Europe devra être ainsi dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de Défense commun et d’une doctrine commune pour agir", a-t-il dit en septembre dernier.

"C’est l’avancée la plus spectaculaire que l’UE ait jamais connue en matière de défense."
didier reynders
ministre belge des affaires étrangères

La France est à l’unisson avec l’Allemagne. "Personne ne va résoudre à notre place les problèmes de sécurité que l’Europe a dans son voisinage. Nous devons le faire nous-mêmes", a dit hier la ministre de la Défense allemande Ursula von der Leyen. La Pesco sera "complémentaire à l’Otan", a-t-elle insisté.

Mais cette belle unité masque des divergences dans le couple franco-allemand. La France souhaite aller de l’avant avec un noyau dur de quelques États. L’Allemagne est partisane d’une assise plus large.

Le Royaume-Uni, censé quitter l’UE en mars 2019, restera hors jeu, de même que le Danemark. Les Britanniques ont toujours privilégié l’Otan comme seule entité pour coordonner la défense de l’Europe.

Le Portugal, l’Irlande et Malte doivent rejoindre plus tard le processus.

L’Otan est divisée sur cette nouvelle coopération. Le secrétaire général Jens Stoltenberg a salué hier sa naissance. Mais certains dirigeants de l’Alliance n’ont pu cacher leur scepticisme.

5,5 milliards par an

La Pesco est d’abord un acte politique, qui permet à l’Europe de se redéployer après le Brexit. Mais ce n’est pas une décision théorique. Grâce au mécanisme de coopération renforcée autorisé par le Traité européen, quelques États vont pouvoir avancer ensemble.

Elle s’accompagne de la création d’un Fonds européen de la Défense (FED) visant à stimuler l’industrie européenne de la défense. Il devrait s’élever à 5,5 milliards d’euros par an.

Dans un premier temps, cette nouvelle coopération se présentera sous la forme de projets précis entre quelques États, comme la construction de chars, de drones, de satellites ou d’avions de transport militaires. Une cinquantaine de projets ont déjà été déposés.

Un des objectifs majeurs, sur le plan budgétaire, sera de réduire les systèmes d’armement en Europe afin d’éviter les doublons, sources de dépenses excessives.

Recherche scientifique encouragée

La recherche scientifique sera aussi encouragée, avec l’objectif d’atteindre un niveau de dépense de 2% des budgets nationaux. Des formations communes pour les officiers seront également organisées.

Dans un second temps, les États européens devraient mettre en place un quartier général commun pour coordonner les unités européennes de combat.

©EPA

Un premier "QG", mis sur pied au printemps dernier, pilote déjà des opérations en Afrique.

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