Zizanie entre alliés avant le sommet de l'Otan

Les alliés ont évoqué l’offensive turque en Syrie décidée par le président Erdogan (à droite). ©via REUTERS

Les tensions étaient toujours vives entre la France, les Etats-Unis et la Turquie à la veille du sommet de l’Otan marquant ses 70 années d’existence. Une réunion quadripartite a toutefois permis d’apaiser quelque peu les alliés, sans rassurer le Président français Emmanuel Macron.

Ce sommet devait être celui de la réconciliation, il pourrait devenir celui de la zizanie. Et les airs de Noël dont s’est parée Londres n’y changeront pas grand-chose. Les 29 dirigeants des États de l’Otan sont réunis ce mercredi dans la capitale britannique, au Grove Hotel, pour célébrer les 70 ans de l’Alliance atlantique et surtout se pencher sur ses défis majeurs. Les deux thèmes principaux sont le partage de la charge financière et les relations difficiles avec la Russie et la Chine. En coulisse, les coups de coude se perdaient à la veille du sommet.

Mardi, les chefs d’État et de gouvernement ont été reçus par la reine Élizabeth II au palais de Buckingham. Une courte réception était également donnée au 10 Downing Street par le Premier ministre britannique Boris Johnson. Sur la photo, aucune tension n’apparaissait, comme il se doit. La chorale plantée devant la résidence du Premier ministre donnait au tableau un air so British.

"Personne n’a besoin de l’Otan plus que la France."
Donald Trump
Président des Etats-Unis

En arrivant à Londres, le Président des Etats-Unis Donald Trump s’en est pris très durement au Président français Emmanuel Macron, qui avait jugé récemment l’Otan en "état de mort cérébrale". C’est "très insultant", a lancé Donald Trump, lui-même pourtant peu avare en critiques envers l’alliance. C’est "très, très méchant à l’égard des 28 pays" de l’Otan, a-t-il ajouté, "personne n’a besoin de l’Otan plus que la France".

Ce n’est pas la première fois que les deux pays ont des relations tendues au sein de l’Otan. En 2003, la France s’était opposée à l’intervention des Américains en Irak. Emmanuel Macron n’a rien retiré de ses déclarations. Sa stratégie visait à provoquer un débat entre alliés sur la récente opération lancée par la Turquie dans l’est de la Syrie, avec le feu vert des Etats-Unis. Ceux-ci avaient retiré leurs troupes de la région sans se concerter avec la coalition occidentale, ni au sein de l’Otan. Emmanuel Macron a aussi accusé la Turquie de combattre ceux qui avaient aidé la coalition à se débarrasser du groupe État islamique, et même de collaborer avec des intermédiaires du groupe terroriste.

Plusieurs voix s’interrogent sur la façon dont la Russie a profité du retrait des troupes américaines au nord de la Syrie pour installer ses propres soldats dans la région.

Le président Erdogan a répliqué en affirmant que le Président français était lui-même en "état de mort cérébrale". Par ailleurs, la Turquie s’atelle à bloquer l’adoption d’un plan pour défendre les pays baltes et la Pologne contre la Russie tant que l’Otan ne reconnaît pas la milice kurde YPG comme un groupe terroriste. Ce plan est crucial aux yeux des anciens pays du bloc soviétique, qui se sentent menacés par Moscou depuis l’annexion de la Crimée.

En outre, la Turquie a acheté récemment des missiles et des avions de chasse russes, une contradiction totale pour un membre de l’Otan. Plusieurs voix s’interrogent aussi sur la façon dont la Russie a profité du retrait des troupes américaines au nord de la Syrie pour installer ses propres soldats dans la région.

Apaiser les tensions

Une rencontre s’est tenue mardi après-midi entre le Président français, son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, la Chancelière allemande Angela Merkel et Boris Johnson. L’objectif était d’aplanir le différend entre la Turquie et la France. L’Allemagne n’a pas apprécié l’offensive turque dans le nord de la Syrie, mais Angela Merkel a conservé un profil bas lui permettant de jouer l’apaisement.

"Toutes les clarifications n’ont pas été obtenues et toutes les ambiguïtés ne sont pas levées."
Emmanuel Macron

À la sortie, les alliés ont souligné "leur convergence très forte" sur la Syrie et leur volonté commune de lutter contre le groupe État islamique. Ils ont aussi demandé que cessent les violences contre les civils en Syrie. "Toutes les clarifications n’ont pas été obtenues et toutes les ambiguïtés ne sont pas levées", a affirmé le Président Macron, visiblement mitigé mais moins acerbe.

Angela Merkel était plus détendue. "Malgré ces divergences, que nous devons évoquer entre nous, nous avons besoin de parler du futur de l’Otan et de nos intérêts stratégiques communs", a-t-elle dit après la rencontre, se déclarant "très optimiste pour la suite de la rencontre".

"J’espère que ces querelles ne vont pas reléguer au second plan les questions essentielles dont nous devons parler", a confié la Première ministre belge Sophie Wilmès, peu avant son arrivée à Londres. "Dans ce litige, la Belgique a choisi d’occuper la voie du milieu et a bien l’intention de faire valoir son sens du compromis", dit une source proche de la Première ministre.

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