Angela Merkel, la "Mutti" de la nation

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La Chancelière fédérale reste un mystère. Elle distille au compte-gouttes des détails sur sa vie privée et sa ligne politique varie au fil des crises et des sondages. Mais les Allemands l’adorent…

Si elle parvient à remporter un troisième mandat consécutif à la Chancellerie fédérale, Angela Merkel réalisera une passe de trois que seul Helmut Kohl était parvenu à réaliser dans l’histoire allemande de l’après-guerre. Comment cette ancienne est-allemande que son "mentor" surnommait "Mädchen" ("gamine") et que Gerhard Schröder comparait à une "petite église de campagne" est-elle parvenue à en arriver là? La Chancelière fédérale n’a en effet jamais eu les envolées lyriques de ses deux prédécesseurs et son physique plutôt ingrat a longtemps été la cible de railleries. Elle reste pourtant la candidate préférée des électeurs, huit ans après son arrivée au pouvoir. 70% des Allemands se disent toujours satisfaits de son travail, selon l’institut Infratest Dimap, loin, très loin devant le candidat social-démocrate, Peer Steinbrück (47%). Cette chimiste de formation, qui a vécu pendant 35 ans de l’autre côté du Mur de Berlin, a fait de ses "défauts" ses principales qualités. N’a-t-elle pas avoué un jour que sa plus grande "chance a été d’être sous-estimée"?

De son passé, on ne connaît pas grand-chose. Née en 1954 à Hambourg, Angela Krasner (c’est son nom de jeune fille) est partie à l’automne de la même année en RDA où son père avait obtenu son premier poste de pasteur. Après des études brillantes, elle décroche une thèse en chimie quantique avec la mention "très bien" qui lui permet d’obtenir un poste à l’Académie des sciences de RDA. Mariée pendant cinq ans au physicien Ulrich Merkel dont elle divorcera en 1982 tout en gardant son patronyme, elle volera en secondes noces en décembre 1998 avec le professeur de chimie Joachim Sauer. Voilà pour sa biographie officielle… Car personne ou presque ne peut dire quelle est la "femme" qui se cache derrière la politicienne.

Soupe de pommes de terre

À l’approche des législatives, la Chancelière a accepté de dévoiler un peu de son intimité sur son nouveau site www.angela-merkel.de. On découvre ainsi sur un cliché en noir et blanc que cette conservatrice à la célèbre coupe au bol était une charmante petite fille à la longue chevelure blonde et bouclée. Adolescente et dans un maillot de bain moulant, on la retrouve entrain de planter les piquets d’une tente. Après avoir vécu "une belle enfance avec mon frère Marcus et ma sœur Irene", la cheffe du parti chrétien-démocrate (CDU) explique avoir choisi d’étudier les sciences naturelles car "le gouvernement est-allemand pouvait très peu interférer avec les lois de la nature". Avec son second mari qui "se plaint rarement", "Mutti" partage un amour de l’opéra en général et de Wagner en particulier. Angela apprécie aussi les longues marches dans la nature et quand elle ne cuisine pas "des roulades et de la soupe de pommes de terre", elle aime assister à des matchs de football. Ce site montre à quel point la "Chancelière Téflon", comme on la surnomme, a appris les "ficelles" du métier. Fini les coupes de cheveux au bol, les tenues vilaines et les discours trop longs. "Mutti" est devenue, selon l’hebdomadaire Spiegel une "agence de marketing" qui préfère la simplicité au "bling-bling". Et cela marche… "Les gens l’apprécient car ils trouvent qu’elle leur ressemble", juge Wolfgang Büscher, un journaliste politique. La femme la plus puissante au monde aux dires du magazine Fortune continue ainsi de faire ses courses dans un supermarché situé près de l’immeuble gris où elle réside à Berlin.

Capitaine du navire

Si sa vie quotidienne semble toute simple, sa ligne politique est, elle, plus compliquée à comprendre.

Fervente défenseur de l’atome, elle a ordonné la fermeture de toutes les centrales nucléaires en Allemagne au lendemain de la catastrophe de Fukushima. Libérale et opposée à la mise en place d’un salaire minimum, cette fan de Vicente del Bosque, l’entraîneur de football de l’équipe nationale espagnole, a promis d’instaurer un SMIG par branche en cas de victoire dimanche. Allez comprendre… Sur le dossier européen, la Chancelière, qui parle parfaitement le russe, souffle aussi le chaud et le froid. Et pour cette campagne, elle n’a pas hésité à prendre à son compte une grande partie des thèmes traditionnels des sociaux-démocrates du SPD afin de leur couper l’herbe sous le pied. Cette ligne politique pour le moins flou ne semble pas inquiéter les électeurs tant elle paraît contrôler le "paquebot allemand". "En période de crise, les électeurs ont besoin de dirigeants forts, juge Claire Demesmay, politologue à l’Institut allemand de politique étrangère. La popularité d’Angela Merkel repose en partie sur le rôle qu’elle se donne de capitaine de navire qui décide in fine de la direction à suivre."

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