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Après un an de rodage, le Ceta fait des heureux chez les exportateurs belges

©AFP

Un an après l’entrée en vigueur provisoire du traité commercial controversé, les exportations européennes vers le Canada ont augmenté de 7%. Avec des retombées positives pour les exportateurs de chocolat ou de produits pharmaceutiques notamment.

C’est trop tôt pour faire un bilan du Ceta, mais l’occasion est trop belle pour la Commission européenne d’envoyer un message rassurant aux sceptiques. Un an après son entrée en vigueur provisoire, l’accord économique et commercial global (AECG, mieux connu sous son acronyme anglais) a déjà des retombées positives pour les exportateurs.

Ceci intéressera tout particulièrement le pays du chocolat, qui a bloqué la signature du traité lors d’un combat homérique à l’automne 2016 : sur les neuf premiers mois d’application de l’accord de libre-échange, les exportations européennes de chocolat vers le Canada ont grimpé de 34%. Dans un communiqué diffusé jeudi midi, la Commission cite parmi les exemples de bénéficiaires le chocolatier belge Smet Chocolaterie, qui a vu ses ventes au Canada croître d’un cinquième “grâce à la suppression de taxes d'importation de 15%”.

"On parle d'une période trop courte pour relever de vraies tendances et on ne peut établir de lien de causalité avec le Ceta."

Mais ce sont surtout la chimie et la pharmacie belges qui ont tiré leur épingle du jeu à ce stade. La chimie a plus que doublé ses exportations vers le partenaire canadien (à 675 millions d'euros). Et alors qu'à l’échelle européenne, le secteur pharmaceutique  a vu ses exportations vers le Canada croître de 10%, les chiffres ont littéralement explosé dans certains sous-secteurs belges : +279% pour les hormones stéroïdiennes (crèmes à la cortisone, etc.) et +73,7% pour les vaccins. On épinglera encore la multiplication par neuf des exportations belges de pièces de véhicules  (à 350 millions d'euros).

Près de deux ans après la signature du Ceta la Commission européenne s'octroie un premier satisfecit. Photo : le Premier ministre canadien Justin Trudeau entouré des présidents de la Commission Jean-Claude Juncker (à droite) et Donald Tusk (à gauche) à Bruxelles, le 30 octobre 2016. ©BELGA

"On n’a pas encore de statistiques régionales, mais il est clair que ces tendances sont excellentes pour la Wallonie, qui compte des fleurons dans ces secteurs", réagit Michel Kempeneers, chef de département à l'Agence wallonne pour l'exportation (Awex). On peut citer le groupe pharmaceutique UCB, le spécialiste de la santé féminine Mithra ou encore le géant de la vaccination GSK. Chez ce dernier, on relativise cependant : "On a effectivement constaté une augmentation des ventes vers le Canada, mais principalement liée à la mise sur le marché d'un nouveau vaccin", indique Elisabeth Van Damme, directrice de la communication externe.

À l'échelle européenne, le bilan général du Ceta est positif pour les exportateurs: d’octobre 2017 à juin dernier, les ventes européennes vers le Canada ont augmenté de plus de 7% sur un an. Sur la même période, les exportations de l'Union vers le reste du monde enregistraient une progression de 3%. Bref, pour reprendre la commissaire au Commerce Cecilia Malmström, citée dans un communiqué diffusé jeudi : "Les données préliminaires montrent qu'il y a beaucoup à célébrer, même à ce stade."

Le boeuf canadien toujours à l'étable

Si le bilan mercantile est globalement positif pour les Européens, certains segments restent en retrait. Les exportations du secteur aéronautique européen ont baissé de 16%, et celles de perles de 27%, selon des chiffres communiqués à "L’Echo" par la commission à titre d’exemples, alors que l’ensemble des données n’est pas public. "Mais on parle d’une période trop courte pour relever de vraies tendances et on ne peut établir de lien de causalité avec le Ceta", souligne une source européenne.

"Les Canadiens ont des questions sur la viande de boeuf et de porc, nous en avons sur le fromage - on veut s’assurer qu’ils ne puissent pas utiliser de détails techniques pour bloquer l’importation."

Les producteurs canadiens de viande de boeuf n’avaient par ailleurs utilisé au premier trimestre que 2,5% du quota d’importation européen de 15.280 tonnes pour cette année. Peut-être parce que la filière canadienne, très dépendante d’hormones de croissance, n’est pas prête à se conformer aux normes européennes. Peut-être aussi parce que la mise en oeuvre de l’accord bute sur des détails techniques. “Les Canadiens ont des questions sur la viande de boeuf et de porc, nous en avons sur le fromage - on veut s’assurer qu’ils ne puissent pas utiliser de détails techniques pour bloquer l’importation. C’est un exercice de mise en oeuvre assez classique, surtout au début”, indique une source européenne.

©doc

Au-delà des ajustements et éventuelles sous-utilisations de l'accord, le bilan d'étape est positif. Et ce n'est pas surprenant, alors que le Ceta a éliminé les taxes à l'importation sur 98% des produits, ce qui représente selon la Commission européenne 590 millions d'euros de taxes supprimées par an. Mais son volet commercial, entré en vigueur après la ratification par les institutions européennes parce qu'il relève de la compétence exclusive de l’Union, est relativement consensuel. Le principal point de controverse du Ceta reste son mécanisme de protection des investisseurs, pour lequel la Belgique a interpellé la Cour de Justice de l’Union à la demande du Parlement wallon. Or la mise en place d'un tribunal de règlement des différends entre investisseurs et États (ICS) dépend de la ratification par tous les parlements nationaux - y compris fédérés dans le cas belge. À ce jour, le Conseil de l’UE a reçu les notifications de ratification de neuf États membres seulement.

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