"Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l'unité de la Nation"

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Edouard Philippe a présenté les décisions de l'exécutif. Il annonce une suspension de 6 mois de la hausse de la taxe sur les carburants sans toutefois remettre en cause l'ambition écologique.

Ils étaient de plus en plus nombreux dans la classe politique française à demander un moratoire sur les hausses de taxes sur l'essence et le diesel prévues au 1er janvier. C'est le point sur lequel s'est cristallisée la contestation qui a débouché samedi sur les violences observées à Paris. C'est chose faite.

Aujourd'hui, le Premier ministre Édouard Philippe annonce que le gouvernement "suspend pour six mois" la hausse de la fiscalité sur le carburant. Les tarifs du gaz et de l'électricité "n'augmenteront pas non plus pendant l'hiver". "Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l'unité de la Nation," a souligné le chef du gouvernement ajoutant qu'il "faudrait être sourd" pour ne "pas entendre la colère" des Français. "On doit apaiser la situation pour éviter qu'elle dégénère"."Il faut donner aux Français une raison de revenir à la raison," a-t-il expliqué.

2 milliards
d'euros
Les mesures annoncées par Edouard Philippe représentent un coût de 2 milliards d'euros pour les finances, entend-on de sources gouvernementales.

Le moratoire de 6 mois concerne toutes les mesures fiscales qui devaient entrer en vigueur le 1er janvier 2019 en matière de carburant. Il a été décidé lundi soir à l'Élysée sous la présidence d'Emmanuel Macron. L'abandon de la hausse des taxes est aussi la première demande du mouvement des "gilets jaunes", parmi d'autres revendications fiscales, salariales ou sur le train de vie de l'État notamment.

Toutefois, Philippe l'affirme: "le moratoire ne remettra pas en cause l'ambition de la transition écologique. Une taxe, ce n'est pas une réforme, mais un moyen de la réforme".

Les députés LREM ont été les premiers informés des décisions de l'exécutif dans la matinée. Un débat sur la "fiscalité écologique et ses incidences sur le pouvoir d'achat" est prévu dès 15h à l'Assemblée nationale en lieu et place de la traditionnelle séance de questions au gouvernement. 

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"Insuffisant", clame l'opposition. 

Les réactions sur le moratoire ne se sont pas faite attendre. 

→ Si "c'est un moratoire au vrai sens du mot, c'est-à-dire simplement des délais avant que la hausse de taxe ne s'applique, ça n'est pas à la hauteur", a considéré le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, sur Public Sénat. Le premier vice-président du parti, Guillaume Peltier, réclame lui "une suppression pure et simple" des taxes sur les carburants.

→ Quant à l'ex-LR Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, il a appelé à geler "les augmentations de taxes sur l'énergie" et "remettre à plat sans tabou la question des revenus" et de "la pression fiscale", après ce premier geste qui certes permet de "desserrer l'étau". 

→ Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national a estimé dans un tweet que "ça n'est évidemment pas à la hauteur des attentes et de la précarité" de la population. Si moratoire il y a, "c'est la preuve qu'ils ne se conçoivent pas comme les dirigeants d'un État-Nation qui doit la protection au peuple mais comme des patrons de banque qui accordent un délai de paiement à leurs clients surendettés", a-t-elle critiqué.

→ Le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, a réclamé lui aussi "une annulation définitive non seulement des taxes sur les carburants, mais aussi des taxes sur l'énergie !". 

→ A gauche, l'ancienne ministre socialiste de l'Ecologie Ségolène Royal a salué le moratoire d'un "mieux vaut tard que jamais". Mais le gouvernement doit "tout mettre sur la table en ce qui concerne la justice fiscale", en particulier la question d'un coup de pouce au Smic, et "un bilan" des effets de la suppression de l'impôt sur la fortune.

→ L'ancien ministre socialiste et actuel maire du Mans Stéphane Le Foll a réclamé "un grand cycle de négociation intégrant les salaires et un coup de pouce au Smic"

→ A La France insoumise, Clémentine Autain appelait, face à l'"urgence démocratique", à engager "un processus constituant pour une VIe République".

Matignon a par ailleurs annoncé l'annulation de la réunion des "gilets jaunes" prévue cet après-midi.

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