Boeing/Airbus: l'UE réplique aux États-Unis avec ses propres taxes douanières

Le commissaire européen à l'Economie, Valdis Dombrovskis ©EPA

L'Union européenne imposera dès mardi des taxes douanières sur un certain nombre de produits américains, en représailles aux sanctions outre-Atlantique contre les aides publiques à l'avionneur européen Airbus.

On l'attendait depuis un bon moment, voilà qui est fait: l'UE a répliqué ce lundi aux sanctions américaines avec ses propres taxes douanières. L'Europe reste cependant désireuse d'une "solution négociée" et ouverte à la discussion: "Nous sommes prêts à suspendre nos taxes à n'importe quel moment, dès que les Etats-Unis sont prêts à suspendre les leurs", selon le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis.

Pour rappel, les deux parties s'accusent mutuellement d'aides publiques indues aux constructeurs aéronautiques Boeing (côté américain) et Airbus (côté européen). Le conflit dure depuis une quinzaine d'années. L'an dernier, l'OMC (Organisation mondiale du commerce) a validé l'imposition de taxes douanières américaines sur des produits UE, comme sanction dans le dossier Airbus. Les taxes douanières punitives américaines ne concernent pas que les avions d'Airbus. Des produits comme le vin, le whisky, le fromage, sont aussi désormais bien plus chers à importer aux Etats-Unis depuis l'Europe.

Le mois dernier, l'OMC a autorisé des sanctions dans l'autre sens, validant le principe de taxes européennes pour contrebalancer les aides américaines à Boeing. Bruxelles pouvait ainsi imposer des sanctions sur un montant maximum de près de 4 milliards de dollars de biens américains importés chaque année, ce qu'elle a effectivement annoncé lundi.

Des taxes sur les avions, les produits agricoles et industriels

Les mesures incluront des taxes de 15% sur les avions et de 25% sur des produits agricoles (tabac, alcools forts, etc.) et industriels (tracteurs, pelleteuses, etc.) "Elles sont en miroir des mesures américaines. Nous ne voulons pas d'escalade du conflit", a expliqué le commissaire européen à l'Economie, Valdis Dombrovskis, lors d'une conférence de presse, à l'issue d'une visioconférence des ministres européens du Commerce. Les droits de douane punitifs américains sont quant à eux imposés depuis plus d'un an sur près de 7,5 milliards de dollars d'importations de l'UE comme le vin, le fromage et l'huile d'olive (à hauteur de 25%), ainsi que des taxes de 15% sur les avions Airbus.

"Nous appelons les Etats-Unis à accepter que les deux parties abandonnent leurs contre-mesures existantes afin que nous puissions tourner la page."
Valdis Dombrovskis
Vice-président de la Commission

Après la décision de l'OMC en leur faveur, les pays européens avaient espéré pouvoir éviter d'imposer à leur tour des taxes douanières aux Etats-Unis, en tentant de négocier un accord global sur les aides à l'aéronautique et l'abandon réciproque des sanctions. "Malheureusement, malgré nos meilleurs efforts, en raison du manque de progrès du côté américain, l'UE va exercer ses droits", a déclaré M. Dombrovskis. Mais il a aussitôt tendu la main. "Nous appelons les Etats-Unis à accepter que les deux parties abandonnent leurs contre-mesures existantes afin que nous puissions tourner la page. Retirer les taxes serait gagnant-gagnant", a affirmé le commissaire européen.

En coulisse, des Etats membres avaient exprimé leurs doutes sur le timing des sanctions européennes, alors que le président américain élu Joe Biden doit remplacer Donald Trump en janvier. C'était notamment le cas de l'Allemagne, grande puissance exportatrice, qui assure actuellement la présidence tournante de l'UE. "Nous aurions été très heureux si une solution amicale avait été trouvée avant l'élection américaine et nous restons prêts à initier à tout moment une solution négociée", a déclaré lundi le ministre allemand de l'Economie, Peter Altmaier.

Une politique américaine agressive sous Trump

Sous Donald Trump, les Etats-Unis ont mené une politique de confrontation avec l'Europe. Après avoir taxé l'acier et l'aluminium européen, le président sortant a menacé à plusieurs reprises de s'en prendre aux automobiles allemandes. "Il y a de grandes attentes après la victoire électorale de Joe Biden et l'espoir que les Etats-Unis vont revenir à une approche multilatérale, y compris dans le commerce", a affirmé M. Altmaier.

Du côté français, on plaidait pour une attitude de fermeté, condition nécessaire pour promouvoir un dialogue avec Washington sur un pied d'égalité. "La relation commerciale transatlantique est essentielle pour notre économie, et nous souhaitons (…) rétablir des relations commerciales équilibrées et apaisées entre l'Union européenne et les Etats-Unis", ont déclaré le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, et le ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Franck Riester, dans un communiqué commun.

Airbus a également salué la décision de l'UE. "Airbus soutient toutes les actions nécessaires pour créer des règles de concurrence équitables et continue à soutenir l'engagement de l'UE pour trouver un règlement négocié à cette longue dispute afin d'éviter des taxes perdant-perdant", a réagi l'avionneur européen. Le dialogue devrait se poursuivre. En octobre, le représentant américain au commerce (USTR) Robert Lighthizer avait affirmé vouloir "intensifier" les négociations avec Bruxelles. Le secteur aéronautique, déjà sinistré par la pandémie de Covid-19, a tout intérêt à éviter un engrenage des sanctions.

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