Comment l'Europe veut ne pas rater la 2e révolution des données

Thierry Breton, commissaire au Marché intérieur, veut créer le marché unique des données.

La Commission européenne propose une mise en commun des données industrielles. Une clé pour ne pas manquer la deuxième vague de la révolution des "data" et espérer faire de l'Europe un leader en intelligence artificielle, dit-elle.

L’Europe avait raté la vague des données personnelles faute d’un marché unifié, elle ne veut pas manquer celle des données industrielles. La Commission européenne a présenté mercredi les premiers blocs de sa nouvelle stratégie numérique. À côté d’une vaste consultation sur l’encadrement de l’intelligence artificielle, elle entend assurer la qualité du terreau dont l’IA se nourri: la data.

"On va générer sur le périmètre du continent européen plus de données que toute l’humanité en a généré jusqu’à nos jours."
Thierry Breton
Commissaire européen au Marché intérieur

La "première vague" de données avait généré en 2018 globalement 33.000 milliards de milliards de données cumulées (ou 33 zettabytes). Avec la vague de données industrielles qui arrive, notamment portée par le développement de la 5G (lire en page 5), ce chiffre va doubler tous les 18 mois, principalement au travers des données publiques et industrielles, prévoit la Commission. Autrement dit, dans les cinq ans qui viennent, "on va générer sur le périmètre du continent européen plus de données que toute l’humanité en a généré jusqu’à nos jours", prévoit Thierry Breton, commissaire en charge du marché unique.

Décloisonner

Aujourd’hui, les infrastructures de clouds sont largement concentrées, et l’accès aux données est plus difficile pour des petites entreprises que pour les grandes. La Commission entend donc créer un marché unique pour les données industrielles, d’entreprises et publiques. Il s’agira d’un ensemble de règles sur l’accès aux données, leur partage et leur réutilisation. Pour permettre aux entreprises, grandes ou petites, d’avoir accès à un flot de données utiles pour créer valeur ajoutée. Et pour garantir la qualité de cette matière première. Éviter par exemple qu’une IA, entraînée sur les données d’un groupe masculin, génère des biais dans ses réponses qu’elle génère sur une population féminine.

829
milliards
D’ici cinq ans, la valeur de l'économie des "data" devrait presque tripler au sein de l’Union européenne, passant à 829 milliards d'euros, soit près de 6% du PIB.

Mais les règles suffisent pas: la Commission veut investir. Alors que les clouds européens n’ont qu’une très faible part de marché, le Berlaymont veut baisser la dépendance technologique de l’Union dans les infrastructures de cloud étrangères - la transformation numérique européenne dépend de la disponibilité sur son territoire de capacités "sécurisées, efficaces en énergie, abordables et de haute qualité".

Une valeur qui va tripler en cinq ans

À côté de ce cadre de gouvernance sur l’accès et l’utilisation des données (projet annoncé pour fin 2020), la Commission entend donc investir pour renforcer les capacités d’hébergement de données. Il s’agit d’établir des espaces de données communs et interopérables à l'échelle européenne dans des secteurs stratégiques. Un espace "industriel" pour soutenir la compétitivité de l'industrie européenne; un espace "green deal" pour les données pertinentes sur le climat, l’économie circulaire, etc.; un espace santé, finance, énergie,  agriculture, administration publique, et compétences (éducation/formation). Ces plate-formes de partage de données seraient co-financées par les États membres et l’industrie pour un montant global de l'ordre de 4 à 6 milliards d'euros (dont 2 du budget européen).

Avec sa nouvelle stratégie, la Commission entend bâtir une économie "data-agile" qui permettrait au continent de ne pas louper le coche du changement de paradigme qui s’annonce dans le champ numérique. D’ici cinq ans, la valeur de l'économie des "data" devrait presque tripler au sein de l’Union, passant à 829 milliards d'euros (près de 6% du PIB). Pendant ce temps, le nombre de professionnels du secteur devrait doubler, pour passer à 10,9 millions. La Commission espère attirer vers le secteur de l’intelligence artificielle plus de 20 milliards d’euros d’investissements par an tout au long de la décennie.

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