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Concerts lucratifs pour l'extrême droite allemande

©BELGAIMAGE

L’an dernier, le ministère de l’Intérieur allemand a compté 289 concerts et soirées musicales organisés par l’extrême droite. Analyse du phénomène.

La petite ville de Themar, 3.000 habitants, dans le sud de la Thuringe, se prépare à une situation d’urgence. Ce week-end, la ville accueillera l’un des plus grands festivals de rock néonazis d’Allemagne. L’an passé, autour du 15 juillet, plus de 7.000 crânes rasés ont envahi le pré mis à leur disposition par un ancien politicien du parti d’extrême droite AfD. Cette année encore, le maire a bien tenté d’éviter la tenue du festival, invoquant la protection de trois espèces d’oiseaux menacées. Mais la Constitution allemande, particulièrement respectueuse de la liberté de rassemblement, ne permet guère de s’opposer à la tenue de ce type d’événement.

Ces concerts permettent de recruter de nouveaux membres, de remplir les caisses d’organisations extrémistes qui ne bénéficient pas de soutiens publics.
Nik Brauns
Attaché parlementaire d'une députée néo-communiste

Themar n’est pas un cas isolé. L’an passé, le ministère de l’Intérieur a compté 289 concerts et soirées musicales organisés par l’extrême droite. Ces manifestations ont réuni 11.000 personnes au plus haut de la saison, entre juillet et septembre, contre 5.000 personnes en 2016. "Ces concerts ont le vent en poupe, constate Nik Brauns, attaché parlementaire de la députée néocommuniste de Die Linke, Ulla Jelpke. Ces concerts sont très importants pour ce milieu. Ils permettent de recruter de nouveaux membres, de remplir les caisses d’organisations extrémistes qui ne bénéficient pas de soutiens publics comme c’est le cas des partis représentés dans les parlements comme l’AfD. Et puis les néonazis sont à peu près sûrs de se retrouver entre eux, sans police ni contre-manifestants. Les policiers pas assez formés à la reconnaissance de symboles interdits par la loi se contentent en général de régler la circulation aux alentours! Et pour les milieux de gauche, il est difficile de mobiliser des contre-manifestants. D’autant que les concerts sont presque toujours organisés en pleine campagne, dans des propriétés privées."

"Le sang doit couler"

Selon les calculs du quotidien Die Welt, Themar a généré l’an passé un chiffre d’affaires de 210.000 euros, à raison de 35 euros de "dons" demandés à la caisse. Sans compter les revenus liés à la vente de bière, T-shirts et produits dérivés. Régulièrement, les activistes de gauche dénoncent la tenue de tels concerts. Un documentaire tourné à la caméra cachée et sous pseudonyme par le cinéaste Thomas Kuban, présenté au festival du cinéma de Berlin en 2012, avait choqué l’opinion. Notamment à cause du tube "Blut muss fliessen" ("Le sang doit couler"), hurlé à presque chaque concert, et qui appelle au meurtre des Juifs ou des homosexuels et fait l’apologie d’Auschwitz.

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