Déjà des hausses d'impôts au Royaume-Uni

Rishi Sunak, le Chancelier de l'Échiquier. ©REUTERS

Rishi Sunak dévoilera mercredi le premier budget post-pandémique, qui sera marqué par un durcissement plus rapide que prévu de la fiscalité sur les entreprises.

En dehors de la réouverture des écoles la semaine prochaine, le confinement strict devra encore être observé pendant six semaines, avant une normalisation progressive et irréversible. Mais pour Rishi Sunak, c'est déjà le moment d'un autre effort, économique cette fois, à la charge des entreprises.

Lors de la présentation du budget, mercredi, la priorité du Chancelier de l'Échiquier sera d'accompagner le rebond attendu à la fin du confinement, mais aussi de tenir compte du niveau extrêmement élevé de la dette (99,4% du PIB à la fin décembre, du jamais vu depuis 1962).

Le taux Isoc le plus bas du G7

La mesure la plus forte devrait être la hausse spectaculaire de la corporation tax. La question n'est plus de savoir si ce taux va augmenter, mais dans quelle proportion. Celui-ci pourrait progressivement passer à 25%, d'ici à la fin de l'actuel Parlement.
Le Royaume-Uni offre depuis dix ans l'un des environnements fiscaux les plus favorables aux entreprises, avec une taxe sur les bénéfices de 19%. Le taux actuel est le plus bas de l'ensemble des pays du G7, loin de celui de la France (32%) et de l'Allemagne (30%). Il n'a cessé de baisser depuis quarante ans: il atteignait 52% au moment où Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir en 1979. Puis 34% douze ans plus tard lorsqu'elle a cédé la place à John Major. Il était de 28% au moment de la crise financière de 2008, sous le gouvernement travailliste de Gordon Brown. À partir de 2010, David Cameron et George Osborne l'ont encore fait baisser et ont même voulu le faire passer à 15% avant le référendum sur le Brexit, une idée qui a été rejetée par Theresa May à son arrivée au pouvoir.

"Le Chancelier doit-il se focaliser sur l'imposition de taxes supplémentaires dès maintenant? Il devrait plutôt se concentrer sur la reprise."
Annaliese Dodds
Labour

Les avis sur le timing de cette hausse sont loin d'être favorables au gouvernement. De façon contre-intuitive au regard de son corpus idéologique, le parti travailliste est opposé à cette charge sur les entreprises. Un basculement extraordinaire, seulement quinze mois après l'implosion du corbynisme. "Le Chancelier doit-il se focaliser sur l'imposition de taxes supplémentaires dès maintenant ?" s'est ouvertement interrogée Annaliese Dodds, ministre de l'Économie du cabinet fantôme du Labour. Il devrait plutôt se concentrer sur la reprise." 

Singapour sur la Tamise?

L'argument portant sur la nécessité d'engranger plus de recettes fiscales avec une hausse du taux est mis à mal par le bilan de celles des dix dernières années: elles ont progressé de près d'un tiers en dix ans, alors que le taux a été réduit de 28% à 19%
L'excès de précipitation de l'ancien ministre de l'Économie George Osborne, pour assainir les comptes, à la sortie de la crise financière, il y a dix ans, est encore dans les mémoires. Au niveau international, le goulot d'étranglement appliqué à l'économie grecque a également constitué un précédent.

"Toute hausse des impôts serait une erreur, avertit Tom Clougherty, directeur des questions fiscales au Centre for Policy Studies. Une hausse de la fiscalité sur les entreprises serait une plus grande erreur encore, de même que l'utilisation de ce budget pour signaler une trajectoire haussière de long terme. L'imposition sur les bénéfices des entreprises est la taxe la plus dommageable en termes de PIB par habitant. Cela mène également à une baisse des salaires et des investissements inférieurs." 

Ce budget sera un tournant historique et semble enterrer une certaine idée du Brexit, selon laquelle le Royaume-Uni était voué à adopter un environnement fiscal comparable à celui de l'Irlande, du Luxembourg, de la Suisse ou de Singapour.

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