Des aides d'État comme levier pour changer (un peu) l'aviation

Tout en finançant le sauvetage d'Austrian Airlines, le gouvernement autrichien instaure un prix plancher du billet d'avion et taxe les sauts de puce. ©REUTERS

En Autriche et en France, le sauvetage du secteur aérien rime avec des tentatives de réduire son empreinte environnementale. La Belgique s'inspirera-t-elle de ces mesures ?

Pour les amateurs autrichiens de voyages en avion, il y aura bien un avant- et un après-Covid. Le gouvernement de Sebastian Kurz a annoncé lundi le sauvetage de la compagnie Austrian Airlines (AUA), filiale de l’allemand Lufthansa, tout en la protégeant de la concurrence des compagnies low cost et en taxant les sauts de puce.

"Il n'y aura plus à l'avenir de billets à bas coût sur le dos du climat et des salariés."
Leonore Gewessler
Ministre autrichienne de l’Environnement

Vienne interdit la vente de billets d’avion à des prix inférieurs aux frais réels. "En Autriche en moyenne, cela veut dire à 40 euros", a indiqué la ministre de l’Environnement Leonore Gewessler (écologiste), assurant que grâce à cette mesure, "il n'y aura plus à l'avenir de billets à bas coût sur le dos du climat et des salariés". À titre indicatif, le prix moyen d’un aller Ryanair s’élevait à 37 euros en 2018.

Vienne entend aussi décourager les vols de très courte distance: qui voudra prendre l'avion pour moins de 350 km devra s'acquitter d'une taxe de 30 euros. Parallèlement, le gouvernement entend travailler avec la compagnie aérienne pour remplacer les connexions par avion entre aéroports régionaux pour lesquels le voyage peut être fait en trois heures par des liaisons sur rail.

"C’est positif, mais ces mesures se concentrent sur les vols intra-européens, or 85% des émissions sont le fait de long-courriers", fait remarquer l’expert aviation de l’ONG européenne Transport & Environment Andrew Murphy.

Conditionnalités climatiques

Ces décisions, annoncées avec celle de renflouer Austrian Airlines de 450 millions d'euros, coïncident avec celle de l’État français d’injecter 7 milliards d’euros dans le sauvetage d’Air France. Pas question pour l'Hexagone de fixer un prix minimum aux billets, par contre la France a assorti son plan d’aide de conditionnalités climatiques. La compagnie doit notamment améliorer de 50% l'efficacité climatique de la flotte entre 2005 et 2030. Un geste symboliquement important mais substantiellement léger selon Transport & Environment, notamment parce que ces conditionnalités climatiques n’ont pas de force légale.

"C’est positif, mais ces mesures se concentrent sur les vols intra-européens, or 85% des émissions sont le fait de long-courriers."
Andrew Murphy
Transport & Environment

Le couloir belge

Jusqu'à présent les conditionnalités d'Air France et les planchers tarifaires autrichiens font figure d'exceptions à côté d'aides d'État classiques, interrogeant l'Europe sur son ambition affichée d'organiser une relance "verte". Depuis l’éclatement de la crise du Covid-19, les compagnies aériennes européennes ont demandé 32 milliards d’euros d’aides publiques, octroyées jusqu’ici sans conditionnalités environnementales, selon un décompte établi par trois ONG (Transport & Environment, Carbon Market Watch et Greenpeace). Alors que le gouvernement allemand a notamment validé une aide de 9 milliards d’euros sans condition à Lufthansa, "la grande question est de savoir quelle voie la Belgique va choisir: celle de la France et de l'Autriche, ou celle de l'Allemagne", estime Andrew Murphy. Les discussions sont en cours entre le gouvernement fédéral et Lufthansa sur un plan d'aide de plusieurs centaines de millions d'euros à Brussels Airlines.

32 milliards
Les aides demandées par le secteur aérien en Europe
Depuis l’éclatement de la crise du Covid-19, les compagnies aériennes européennes ont demandé 32 milliards d’euros d’aides publiques, octroyées jusqu’ici sans conditionnalités environnementales.

En Belgique, le secteur est déjà privilégié par la fiscalité: alors que les taxes d'aviation par passager atteignent en moyenne plus de 18 euros en Allemagne et jusqu'à 40 euros au Royaume-Uni, elles sont nulles en Belgique, comme dans une dizaine de pays de l'Union, selon un récent rapport de la Commission européenne. Dans le cadre de son Pacte vert pour le climat, celle-ci prévoit de présenter l’an prochain une révision de la directive sur la taxation de l’énergie, notamment pour taxer le kérozène d’origine fossile.

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