analyse

Des anticipations d'inflation dégradées poussent la BCE à agir fermement

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Parmi les mesures adoptées, la BCE réduit son taux de dépôt à -0,50% et relance son programme de rachats de dettes.

La Banque centrale européenne a donc, comme prévu, adopté une série de mesures. Des mesures visant à contrarier "le ralentissement prolongé de l’économie de la zone euro qui est plus marqué qu’anticipé", selon les termes de Mario Draghi tenus lors de la conférence de presse qui a suivi la publication du communiqué de la BCE.

Parmi les décisions prises, le taux de facilité de dépôt a été abaissé et un nouveau programme de rachats d’actifs pour un montant mensuel de 20 milliards d’euros sera mis en œuvre dès le mois de novembre. La BCE a aussi assoupli les modalités de ses prêts à long terme aux banques de la zone euro. "Il y a eu une dégradation de l’inflation et des anticipations d’inflation, explique Mario Draghi. Et cela sur tout l’horizon (de la prévision, NDLR). C’est ce qui a déclenché les mesures que nous avons prises".

Le président a profité de la conférence de presse pour relancer un appel aux gouvernements. "Au vu de l’affaiblissement des perspectives économiques et de l’importance des risques baissiers, les gouvernements disposant de marges budgétaires devraient agir de manière rapide et efficace."

La prochaine réunion de la BCE se déroulera le 24 octobre.

1. La BCE réduit son taux de dépôt

"Les gouvernements disposant de marges budgétaires devraient agir de manière rapide et efficace". Mario Draghi Président de la Banque centrale européenne

Parmi la toute première mesure annoncée dans le communiqué qui a suivi la réunion du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, le taux de facilité de dépôt est abaissé de 10 points de base. Il passe de -0,40% à -0,50%. C’est en mars 2016, que ce taux avait été réduit à -0,40%.

Bourse

Hausse modérée

Les Bourses européennes ont terminé dans le vert mais sous leurs plus hauts du jour ce jeudi après l’annonce par la Banque centrale européenne (BCE) de nouvelles mesures de soutien monétaire qui ne répondent que partiellement aux attentes des investisseurs face aux multiples signes de ralentissement de l’économie.

Les décisions de la BCE ont ainsi empêché les actions européennes de profiter pleinement de l’annonce par le président américain, Donald Trump, du report de deux semaines des surtaxes douanières sur 250 milliards de dollars (227 milliards d’euros) de produits chinois importés aux Etats-Unis. À Paris, le CAC 40 a fini sur une progression de 0,44%. À Londres, le FTSE 100 a pris 0,09% et à Francfort, le DAX a avancé de 0,41%. L’euro a lui pris 0,57% à 1,107 USD après être tombé sous 1,10 USD en séance.

Pour justifier la réduction de son taux de dépôt, le président de la Banque centrale européenne a indiqué que "les mesures de l’inflation sous-jacente demeurent généralement faibles et les indicateurs des anticipations d’inflation se situent à des niveaux bas". Ajoutant que "les risques entourant les perspectives de croissance de la zone euro demeurent orientés à la baisse. Ces risques résultent principalement de la présence prolongée d’incertitudes liées aux facteurs géopolitiques, à la menace croissante du protectionnisme, et aux vulnérabilités dans les marchés émergents".

2. Introduction d’un système de modulation d’un taux de dépôt

En parallèle à la baisse du taux de dépôt, la BCE introduit un système de modulation de son taux de dépôt. Cela afin de réduire le coût de celui-ci pour les établissements bancaires. "Nous avons décidé d’introduire un système à deux vitesses de rémunération des réserves dans lequel une partie des avoirs des banques sous forme de liquidités excédentaires sera exemptée du taux négatif de la facilité de dépôt, afin de soutenir la transmission de la politique monétaire assurée par les banques", explique Mario Draghi.

3. Reprise des achats d’obligations sur les marchés (QE)

"Il y a eu une dégradation de l’inflation et des anticipations d’inflation."
Mario Draghi
Président de la BCE

La BCE reprendra le 1er novembre ses achats de titres sur les marchés obligataires au rythme de 20 milliards d’euros par mois.

Lancé en mars 2015 pour soutenir l’activité et les prix, l’assouplissement quantitatif qui a porté dans un premier temps sur le rachat d’obligations émises par les États avant de s’étendre aux obligations d’entreprises, a permis de déverser 2.600 milliards d’euros sur les marchés de la dette.

C’est en décembre 2018 que la BCE avait mis un terme à ce programme de rachat d’actifs. Sans pour autant interrompre son intervention sur les marchés, dans la mesure où elle réinvestit les titres acquis arrivant à échéance. À l’époque, Mario Draghi avait affirmé que même si le QE devait être arrêté, il "fait désormais partie de la boîte à outils" de l’institution et pourra être réactivé si besoin.

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Ce qui le sera donc à partir du mois de novembre prochain. Et la BCE prévient déjà, "les rachats d’obligations dureront aussi longtemps que nécessaire pour renforcer l’impact accommodant de sa politique des taux. Ils s’arrêteront un peu avant que la BCE ne commence à relever ses taux directeurs". Par ailleurs, la BCE pourra acheter des obligations du secteur privé dont le rendement est inférieur au taux de -0,5% de sa facilité de dépôt dans le cadre de son nouveau programme d’achat d’actifs de 20 milliards d’euros par mois, a-t-elle précisé jeudi.

Dans les programmes précédents, les seules obligations dont le rendement était inférieur au taux de dépôt, qui pouvaient être achetées, étaient des obligations du secteur public.

4. Assouplissement des modalités des prêts à long terme (TLTRO)

La BCE a aussi assoupli les modalités de ses prêts à long terme aux banques de la zone euro (TLTRO). Pour les banques dont les crédits nets éligibles dépassent une référence donnée, "le taux appliqué dans les opérations TLTRO III sera plus bas et peut être aussi bas que la moyenne des taux d’intérêt sur la facilité de dépôt en vigueur durant la durée de l’opération", a précisé Mario Draghi durant sa conférence de presse.

Les TLTRO III font suite à deux premières séries d’opérations lancées à partir de septembre 2014 (TLTRO I – d’une maturité de 4 ans, l’échéance de la dernière opération allant jusqu’en septembre 2018), puis entre juin 2016 à mars 2017 (TLTRO II – chacune d’une maturité de 4 ans). Ces trois séries d’opérations ciblées visent toutes à stimuler l’octroi de crédits aux acteurs économiques (prêts aux ménages hors prêts immobiliers et prêts aux entreprises non financières), rappelle la Banque de France sur son site.

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