Des "gilets jaunes" auraient tenté d'incendier la maison du président de l'Assemblée

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Pour leur 13e samedi, les "gilets jaunes" manifestaient en ordre dispersé en France tandis que la violence semblait avoir franchi un nouveau palier. Des gilets jaunes ont tenté d'enfoncer les palissades protégeant l'entrée de l'Assemblée nationale et de bouter le feu au domicile de son président.

Plusieurs milliers de "gilets jaunes" manifestaient samedi après-midi en France pour leur "acte 13", après presque trois mois de contestation, des rassemblements à nouveau marqués par des incidents dans la capitale. La mobilisation a reflué lors des deux derniers samedis: 58.600 personnes ont manifesté dans toute la France le 2 février, selon le ministère de l'Intérieur, un chiffre contesté par le mouvement qui a revendiqué un "nombre jaune" de 116.000 manifestants.

Les manifestants étaient 12.100 en France à 14h, dont 4.000 à Paris, selon le ministère de l'Intérieur, dont les chiffres sont contestés par les "gilets jaunes".

Une main arrachée Paris

Dans la capitale, les "gilets jaunes" sont partis des Champs-Élysées à la mi-journée. Des incidents ont éclaté à l'arrivée du cortège devant l'Assemblée nationale, où un manifestant, âgé d'une trentaine d'années selon les pompiers, a eu une main arrachée. La cause de la blessure reste incertaine. Mais, selon un témoin qui a filmé la fin de la scène, il s'agit d'une "grenade de désencerclement", lancée par les forces de l'ordre alors que des manifestants tentaient d'enfoncer les palissades protégeant l'entrée de l'Assemblée. Selon la préfecture de police, le blessé a eu quatre doigts arrachés. 

Des incidents sporadiques ont eu lieu sur le parcours de la manifestation, qui est arrivée vers 16h30 près de la Tour Eiffel, dans une ambiance très tendue. Des projectiles ont été jetés sur les forces de l'ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes, a constaté une journaliste de l'AFP. 

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Les slogans récurrents visant la police, accusées de violences notamment avec l'utilisation des controversés LBD, ou le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, dont la proposition de loi "anticasseurs" a été adoptée par l'Assemblée au prix de sévères remous dans la majorité, ont été scandés. Sur une pancarte: "Débat national = campagne électorale. Macron, arrête de nous prendre pour des cons."

La préfecture de police n'exclut pas d'autres rassemblements parisiens, certains au sein du mouvement ayant décidé de ne plus déclarer les manifestations. Deux blindés à roues de la gendarmerie étaient garés devant l'Arc de Triomphe, vandalisé le 1er décembre.

En régions, des rassemblements sont prévus à Bordeaux et Toulouse, pôles depuis plusieurs semaines de contestations souvent émaillées de heurts. Diverses actions sont également programmées dans d'autres villes: Montpellier, Lille, Nantes, Rennes, Brest, Caen, Lorient...

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Tentative d'incendie

Après des dégradations en série de domiciles ou permanences de députés de la majorité, les violences antiparlementaires qui émaillent le mouvement des "gilets jaunes" semblent franchir un palier avec la tentative d'incendie visant la maison même du président de l'Assemblée. Cette dégradation de la résidence secondaire de Richard Ferrand à Motreff, dans sa circonscription de Bretagne (ouest), a suscité l'indignation de toute la classe politique.

"Peut-être qu'il est temps d'arrêter la violence, peut-être qu'il est temps d'arrêter la mise en cause systématique des représentants de la démocratie (et) de nos forces de l'ordre", selon le ministre français de l'Intérieur Christophe Castaner.

Selon le procureur de Brest, Jean-Philippe Récappé, il n'y a "aucune revendication" et "rien qui permette de relier ces faits à un groupe quelconque" à ce stade. Une enquête a été confiée à la gendarmerie pour identifier les responsables du sinistre découvert vendredi mais qui remonterait à plusieurs jours. Cependant, "les auteurs ne semblent pas avoir eu la volonté de mettre le feu à la maison", le foyer ayant été placé à l'extérieur, a-t-il précisé. "Rien ne légitime la violence ou l'intimidation à l'égard d'un élu de la République", avait aussitôt réagi Emmanuel Macron, dont M. Ferrand est un proche.

"Vaguelettes"

Une fragmentation à l'image des tiraillements au sein des "gilets jaunes".

→ D'un côté, certains souhaitent faire prospérer la colère sociale, quitte à remiser leur méfiance des syndicats pour manifester main dans la main avec la CGT: une première mardi a rassemblé 137.200 personnes en France selon l'Intérieur - plus que lors des dix derniers "actes" des "gilets jaunes".

→ De l'autre, ils sont nombreux à vouloir éviter toute récupération politique, au moment où Rome multiplie les encouragements au mouvement dans la perspective des élections européennes. Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles et numéro deux du gouvernement italien, a semé la zizanie en rencontrant mardi Christophe Chalençon - une figure controversée qui a appelé à installer un ancien militaire au pouvoir - et d'autres membres d'une liste de "gilets jaunes" montée pour ces élections.

"Ce sont des petites vaguelettes, on s'en fout", balaie Myriam Oudin, 42 ans, coiffée d'un bonnet phrygien découpé dans un gilet jaune, dans la manifestation parisienne. "De toute façon, les gilets jaunes ne veulent pas de liste aux Européennes", assure cette garde d'enfants, convaincue "que grâce aux gilets jaunes, le monde va changer".

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Pour protester contre toute instrumentalisation, Maxime Nicolle, l'une des figures historiques des "gilets jaunes", s'est déplacé dès vendredi à la frontière italienne pour répéter que le mouvement "n'a pas de leader" et "est apolitique".

Le chef de l'État semble lui récolter les fruits politiques de son grand débat, avec un redressement de sa cote de popularité dans les sondages.

Une embellie qui n'est pas pour autant synonyme d'affaiblissement des "gilets jaunes" aux yeux de l'opinion. Selon un sondage YouGov diffusé jeudi, près de deux Français sur trois (64%) continuent de "soutenir" leur mouvement, soit deux points de plus en un mois.

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