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Emmanuel Macron abat de nouvelles cartes

Des "gilets jaunes" rassemblés à Gaillon écoutent le discours d'Emmanuel Macron. ©REUTERS

Le chef de l’État français a fait de nouvelles propositions économiques destinées à amoindrir la contestation. Il a par ailleurs souligné qu’il ne ferait preuve d’"aucune indulgence" face aux violences qui ont secoué la France ces quatre derniers samedis.

Ce mardi, devant l'Assemblée nationale, Edouard Philippe devrait fixer les contours des principales mesures sociales énumérées par le chef de l'Etat lundi: augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic, exemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois ou heures sup payées "sans impôts ni charges". De nombreuses inconnues demeurent sur leur mise en application: qui est concerné ? A partir de quand ? Avec quels financements?

De son côté, Emmanuel Macron recevra cet après-midi des représentants du secteur bancaire puis le lendemain après-midi les grandes entreprises, pour leur demander de "participer à l'effort collectif" sans doute à travers des mesures fiscales. 

→ Qu'a exactement annoncé Macron?

Solennel mais expéditif, Emmanuel Macron a tenu à adresser ce lundi soir un message aux Français et, sans les nommer, aux gilets jaunes. En treize minutes chronomètre en main, le discours du Président français était divisé en trois parties. La première a concerné les violences qui ont émaillé les quatre derniers samedis en marge des manifestations des gilets jaunes. La seconde, après avoir décrété un "état d’urgence économique et social", a porté sur des mesures concrètes venant se rajouter à celles déjà annoncées par Édouard Philippe, le chef du gouvernement. Et la troisième a été davantage prospective, sur l’idée que le Président de la République se faisait à propos de la nation.

C’est sans nul doute la seconde que l’ensemble des gilets jaunes a écouté de plus près, après avoir obtenu la semaine dernière l’annulation de la taxe carbone qui devait intervenir à la pompe au premier janvier, et de l’augmentation du prix de l’énergie domestique (gaz et électricité), ainsi que la mise au rencard du nouveau contrôle technique.

Emmanuel Macron a fait quatre annonces principales applicables dès 2019: une augmentation du salaire minimum (SMIC) de 100 euros sans que cela ne coûte à l’employeur, la défiscalisation des heures supplémentaires (déjà actée sous Nicolas Sarkozy, abrogée par François Hollande), la possibilité de verser une prime à chaque salarié (mais qui restera à discrétion de l’employeur) et la suppression de la hausse de la CSG (contribution sociale généralisée) pour ceux qui gagnent moins de deux mille euros par mois. Édouard Philippe présentera le détail de ces nouvelles mesures aux députés ce mardi.

Baisse plus rapide des impôts

"Un retour en arrière nous affaiblirait."
Emmanuel Macron
Président Français

En revanche, l’une des principales revendications émises par les gilets jaunes manque à l’appel. Le rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF) ne sera pas à l’ordre du jour. Emmanuel Macron, sur ce terrain miné, s’est voulu pédagogue en expliquant que cet impôt n’avait rien apporté à l’économie française durant quarante ans et que son remplacement au début de son quinquennat par un impôt sur l’immobilier était une meilleure idée destinée à favoriser la relance de l’économie. "Un retour en arrière nous affaiblirait", a-t-il ainsi affirmé.

En revanche, mais sans entrer dans le détail, il a plaidé pour une baisse "plus rapide" des impôts et une "meilleure maîtrise des dépenses", arguant qu’il fallait renouer avec un "projet collectif" comprenant notamment l’urgence de traiter "la dette climatique". Enfin, aucun recul, semble-t-il, sur les grandes réformes puisque le système de retraite et celui de l’indemnisation du chômage seront bien revus.

Sur le plan politique, le chef de l’État a promis que la "représentation démocratique" devait être améliorée, répondant ce faisant – mais partiellement – à une autre revendication des gilets jaunes. Emmanuel Macron a incidemment plaidé pour l’instauration du "vote blanc" qui n’a jusqu’ici jamais pu être comptabilisé. Pas de démocratie directe de type référendum donc, mais l’organisation d’un débat national "sans précédent", qu’il veut organiser sur tous les territoires en impliquant les maires qu’il a promis de rencontrer.

Socle d’un nouveau contrat pour la nation

L'allocution du Président très suivie dans un rassemblement des Gilets Jaunes à Marseille. ©REUTERS

De cet ensemble d’annonces, il ressort que le Président français s’est retenu de vouloir éteindre d’un seul coup l’incendie social en visant de toute évidence un amoindrissement de la contestation. Il s’est surtout attaché en liminaire à condamner les violences inadmissibles pour lesquelles il ne ferait preuve "d’aucune indulgence". C’est ensuite avec un ton compassionnel qu’il a dit comprendre une "détresse qui ne date pas d’hier", en clin d’œil direct à ses prédécesseurs qu’il juge responsables. Multipliant les "je veux", Emmanuel Macron a évoqué un moment historique de façon à ce que ses compatriotes vivent mieux et qu’il fallait désormais établir "le socle d’un nouveau contrat pour la nation".

Le Président français a donc cherché à apaiser une colère en faisant des concessions, avec sans doute l’œil rivé sur les comptes de la nation, lesquels commencent à souffrir d’un ralentissement économique dû aux manifestations. Il aura certainement déçu ceux qui attendaient des mesures beaucoup plus radicales, comme un changement de Premier ministre, un référendum ou encore une dissolution de l’assemblée nationale.

L’heure de la capitulation en rase campagne n’a donc pas sonné, Emmanuel Macron n’a pas abattu tout son jeu. Comme la semaine dernière, la balle revient à nouveau dans le camp des gilets jaunes qui diront cette semaine si l’action doit continuer.

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