En Italie, un accord pour éviter l'affrontement budgétaire avec l'Europe

Ce mardi, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a indiqué que le gouvernement ferait tout pour éviter le conseil de discipline budgétaire. ©AFP

L’Italie semble vouloir saisir la main tendue par la Commission européenne. En jugeant que les conditions sont réunies pour ouvrir une procédure de déficit excessif à l’encontre de Rome, le commissaire aux Affaires économiques Pierre Moscovici avait insisté la semaine dernière sur le fait qu’il n’était pas exclu que l’avis de la Commission évolue en fonction de l’attitude de Rome. Voici donc le gouvernement italien tout velours, assurant que tout serait fait pour trouver un terrain d’entente entre personnes de bon sens.

Ce mardi, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a indiqué que le gouvernement ferait tout pour éviter le conseil de discipline budgétaire. "La négociation avec la Commission européenne et avec les partenaires de l’Union européenne verra le gouvernement absolument déterminé à éviter, dans les prochains mois, l’ouverture d’une procédure d’infraction pour dette excessive", a-t-il déclaré.

"Nous pensons que l’Italie va dans une mauvaise direction."
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

À politique inchangée, prévoit la Commission, la dette publique italienne passera l’an prochain la barre des 135% du produit intérieur brut (PIB). Mardi, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a jugé que la situation de l’Italie n’était "pas encore" une menace pour les marchés, mais que la situation était néanmoins "grave". "Nous pensons que l’Italie va dans une mauvaise direction", a-t-il indiqué dans une interview en direct sur le site Politico.eu.

À Rome, le Premier ministre assure que le déficit public italien sera cette année légèrement plus faible que prévu par la Commission européenne – le gage d’un mieux?

Reste à voir comment se traduira la volonté affichée de présenter un budget acceptable pour les partenaires européens. Dans un communiqué publié dans la nuit de lundi à mardi, Giuseppe Conte et les chefs des deux partis au gouvernement, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite) et Luigi Di Maio (M5S, attrape-tout), ont précisé qu’une "rencontre avec les techniciens du ministère des Finances et avec le ministre Giovanni Tria (Finances, NDLR) sera nécessaire pour mettre au point une stratégie à adopter dans la négociation avec l’Europe, de manière à éviter une procédure d’infraction".

Une stratégie, il en faudra une solide pour faire passer le programme: le gouvernement italien veut augmenter le salaire-poche des travailleurs et réduire les impôts, a encore rappelé mardi le vice-Premier Luigi Di Maio. "Je ne suis pas intéressé par un combat avec l’UE, mais nous devons atteindre les résultats qui intéressent les Italiens." Où va-t-il trouver la marge de négociation?

Même introduction chez Matteo Salvini: "La dernière chose que nous voulons est de nous battre avec l’Europe", souligne le leader d’extrême droite. Avant d’ajouter, pour sa part: "La seule chose sur laquelle je ne suis pas prêt à faire de compromis est la nécessité de réduire le taux de chômage de l’Italie." La position de l’homme fort du gouvernement a sensiblement évolué: en octobre encore, il assurait que son projet budgétaire ne changerait pas "d’une virgule".

Le chef de la Ligue a par ailleurs indiqué être ouvert aux alternatives à la proposition controversée d’émettre des titres de dette de court terme pour payer des fournisseurs – les "mini-BOT" (pour bon ordinaire du Trésor). Une proposition qui mènerait soit à une monnaie parallèle – illégale, selon la BCE –, soit à un surcroît d’endettement. "S’il existe d’autres outils aussi efficaces, c’est très bien", a poursuivi le dirigeant.

Après des mois d’attaques contre la Commission et son président, le ton est décidément redescendu à Rome, alors que ce sont les États membres qui décident d’enclencher ou non une procédure de déficit excessif, sur recommandation du Berlaymont. "Avec Di Maio et Salvini, il y a un accord total sur le fait que la procédure d’infraction doit être évitée", a encore souligné le Premier ministre Conte. Qui avait menacé la semaine dernière de présenter sa démission si ses deux vice-Premiers ne mettaient pas un terme à leurs polémiques, alors que le résultat du scrutin européen a bouleversé les rapports de force au sein de leur coalition.

La dette publique italienne, la deuxième plus élevée de l’UE après celle de la Grèce, a atteint 132,2% du PIB l’an dernier, et la Commission estime qu’elle augmentera encore à 133,7% cette année.

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