interview

Fabian Zuleeg (EPC): "La grande question pour la Commission, c’est de faire passer ses idées dans la réalité"

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, donnait mercredi son premier discours sur "l'état de l'Union" dans l'hémicycle bruxellois du Parlement européen. ©REUTERS

Si jusqu'ici la Commission von der Leyen s'en sort plutôt bien, il y a encore du travail pour concrétiser ses grandes ambitions, observe le directeur du think tank European Policy Centre.

Pour l'économiste allemand Fabian Zuleeg, directeur du think tank European Policy Centre, la direction donnée par Ursula von der Leyen est bonne, même si la concrétisation n'ira pas toujours de soi.

Après le choc provoqué par la pandémie au printemps, l’Europe est confrontée à la perspective d’une seconde vague. La Commission a-t-elle mis l’Union sur les bons rails pour y faire face économiquement?

Le monde a beaucoup changé depuis qu’Ursula von der Leyen est présidente de la Commission, et elle a plutôt bien géré, notamment la négociation d’un accord pour un plan de relance. Je dirais que la difficulté n’est pas tant une seconde vague qu’une persistance de la pandémie. Maintenant, ce qui doit être la priorité, c’est que les accords conclus soient traduits dans la réalité: le budget pluriannuel de l’Union et le plan de relance doivent être adoptés.

Fabian Zuleeg, directeur général de l'European Policy Centre. ©European Policy Centre

Manque-t-il une pièce dans le dispositif?

À mon sens, on donne trop peu d'attention à la question des aides publiques. Certains États membres, en particulier l’Allemagne, soutiennent leurs entreprises à des niveaux bien plus élevés que d’autres ne peuvent le faire. Ça pose une vraie question sur la manière dont on peut rétablir des règles du jeu équitables à travers l’Europe.

La persistance de la pandémie renforce le problème de court terme qui se pose à l'économie européenne, or il faudra du temps avant de voir la couleur des 750 milliards d’euros du plan de relance...

C’est une des discussions qui doit vraiment commencer: comment va-t-on combler les besoins d’ici là? Il serait sage d’avancer une partie des dépenses, mais il faut un accord pour pouvoir lancer cette discussion. Cela dit, je pense que ce sera une discussion naturelle parce qu’elle reflètera ce qu’il se passe au niveau national. Dans beaucoup de pays, il y a un débat sur ce qu’il est utile de prolonger parmi les mesures temporaires mises en place. Mais tant au niveau européen que national nous devons être prudents: nous devons aussi nous interroger sur quels emplois, quelles entreprises sont durables sur le long terme. Soutenons-nous des activités économiques qui ont un avenir ou pas?

"Avoir un objectif n’est pas suffisant, nous devons avoir les politiques pour le soutenir, alors seulement cela devient un objectif réaliste."
Fabian Zuleeg
Directeur général, European Policy Centre

Plus qu’une reprise, Ursula von der Leyen parle d’une transformation de l'économie. Comment accueillez-vous l'objectif de 55% de réduction d’émissions qu'elle propose pour la fin de la décennie?

La question du climat est existentielle, il faut y répondre sous peine non seulement de mettre en péril notre prospérité économique mais de rendre la Terre inhabitable. Le sujet pour moi n'est pas tant l'objectif mais: quelles sont les mesures concrètes qui seront mises en place pour l'atteindre? Avoir un objectif n’est pas suffisant, nous devons avoir les politiques pour le soutenir, alors seulement cela devient un objectif réaliste.  

Mme von der Leyen a annoncé son intention de consacrer à cet objectif 37% du plan de relance, soit nettement moins que ce qu'il faudra mobiliser chaque année tout au long de la décennie pour décarboner. Where is the money?

On sait d’où l’argent doit venir: du secteur privé. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut financer simplement par les taxes, et si le secteur privé investit, cela devrait assurer que l'opération est efficace et profitable. La question n’est donc pas tant d’où vient l’argent que comment nous créons les conditions pour que les entreprises soient incitées à investir dans cette transformation.

La Commission lance beaucoup d’idées pour changer notre économie, de la création d’un nouveau "Bauhaus" à une stratégie de développement des données. Qu'en restera-t-il?

En début de mandat, la Commission propose beaucoup de choses, la grande question pour elle, c’est de faire passer ses idées dans la réalité. Les États membres vont-ils les acheter, les mettre en œuvre sur le terrain? Il en faudra beaucoup pour que certaines de ces ambitions deviennent davantage que des ambitions.

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