Face à un "risque calculé", l'Italie accélère son déconfinement

Les commerces ont rouvert en Italie, comme ici à Milan sur la célèbre Corso Vittorio Emanuele II. ©Photo News

Avec un plan de relance exceptionnel, le Premier ministre Giuseppe Conte espère rallumer les moteurs de l’économie et garantir la survie de son gouvernement.

Après 32.000 décès dus au Covid-19, mais au regard de l’essoufflement progressif de la vague épidémique nationale, l’Italie poursuit la tant attendue "phase 2" de son déconfinement. Après les usines, ce sont les commerces de détail, les bars, les restaurants et les musées qui rouvrent leurs portes. "Le risque est calculé. Nous repartons", a annoncé le Premier ministre Giuseppe Conte au cours d’une conférence de presse à laquelle, pour la première fois depuis le début de la pandémie, les journalistes ont pu être physiquement présents.

Tenté de prolonger l’état d’urgence sanitaire, Conte a, en effet, dû y renoncer face à l’irrépressible faim de normalité d’une population assignée à résidence pendant plus de deux mois, mais surtout face au spectre d’une récession économique inédite. Victimes collatérales de la crise sanitaire, environ 10% des entreprises italiennes risquent de disparaître.

Restrictions allégées

Tiraillé entre les exhortations à la prudence de la communauté scientifique et l’impatience du patronat, l’exécutif a ainsi allégé substantiellement un protocole sanitaire qui avait été jugé "irrecevable" par l’ensemble des acteurs du monde économique, notamment par ceux de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme. "Nous ne mourrons pas du virus, mais de distanciation sociale. Les directives imposées pour la réouverture sont absurdes…", s’était confié à la presse Arrigo Cipriani, le patron du Harry’s Bar, le célébrissime café de Venise.

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Le gouvernement avait, en effet, annoncé vouloir imposer des normes d’hygiène et de sécurité considérées comme draconiennes par le patronat, notamment une distance de quatre mètres entre les tables des bars et des restaurants, mais, surtout, envisager de faire porter aux employeurs – tous secteurs confondus – une responsabilité pénale dans l’éventualité de la contamination d’un collaborateur.

Face à une floraison de polémiques, Conte a été contraint de recueillir le cri d’alarme des gouverneurs des régions de la péninsule et de leur laisser le soin d’esquisser les règles de la réouverture. De nouvelles lignes directrices, beaucoup plus souples, ont ainsi été élaborées en un temps record par les représentants régionaux dans un effort de collaboration que le Premier ministre a défini comme "prodigieux".

Rome se laisse, néanmoins, la possibilité de refermer immédiatement des pans de l’économie, voire des régions entières en cas de rebond de l’épidémie.

Plan de relance

55
milliards €
Le gouvernement italien vient de présenter les grandes lignes d’un plan de relance sans précédent, de l’ordre de 55 milliards d’euros, conçu pour soutenir les entreprises et les ménages en difficulté.

L’exécutif vient, de même, de présenter les grandes lignes d’un plan de relance sans précédent pour la péninsule. L’ensemble budgétaire adopté, de l’ordre de 55 milliards d’euros, conçu pour soutenir les entreprises et les ménages en difficulté, équivaut à une double loi des finances. Un décret de près de 500 pages décrit une manœuvre colossale qui est avant tout "défensive", pour faire face à une contraction du produit intérieur brut (PIB) estimée à plus de 9%, et qui s’ajoute au plan de relance de 25 milliards d’euros, adopté au mois de mars dernier.

Allégements fiscaux, prêts aux entreprises garantis par l’État, subventions et primes s’ajoutent à une massive et très controversée stratégie de régularisation des travailleurs clandestins, œuvrant notamment dans le secteur agricole. "Nous sommes confrontés à la photographie douloureuse de ce pays en détresse et nous allons prendre en charge toute cette souffrance", a promis Conte au cours de sa dernière allocution télévisée.

Une prise en charge qui fera exploser l’endettement public national – la dette publique pourrait atteindre 155% du PIB à la fin de cette année – mais qui, assure l’exécutif, permettra au pays de renouer avec la vie.

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