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analyse

Face au choc gazier, que peut faire l'Europe?

L'UE doit constituer une réserve stratégique de gaz, estime la ministre espagnole de l'Économie Nadia Calvino, ici avec le Commissaire Paolo Gentiloni et le directeur du Mécanisme européen de stabilité Klaus Regling. ©EPA

À court terme, l’Union européenne est largement impuissante face à la crise gazière, mais cette nouvelle crise met sa politique énergétique en tension.

Face à l’explosion des prix de l’énergie, l’Europe agit comme souvent face aux crises: en ordre dispersé. Plusieurs États membres tentent d’alléger comme ils peuvent le choc de cette inflation pour leurs citoyens, avec des outils différents. Mais "la coordination est la clé entre États membres dans la réponse à cette crise", soulignait lundi soir le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni, au terme d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe). L’Union européenne peut-elle soulager ses membres?

À court terme, la Commission doit publier une "boîte à outils", pour détailler aux gouvernements les mesures qu’ils peuvent prendre pour réduire les effets de cette crise, provoquée par une demande mondiale de gaz en forte hausse. Baisser la TVA sur l’énergie, comme l’a fait l’Espagne, subventionner l’achat d’énergie sous forme de chèques, comme le fait la France, ou étendre le tarif social de l'énergie comme en Belgique.

"Nous devons bien sûr aussi éviter que ces mesures contredisent le chemin que nous devons suivre vers la transition climatique."
Paolo Gentiloni
Commissaire européen à l'Économie

En attendant que le problème disparaisse de lui-même – la Commission s’attend à ce que l’inflation retombe l’an prochain – il s'agit d'en limiter l'impact, non seulement pour les plus démunis, mais aussi pour la classe moyenne ou les PME, a souligné le président de l’Eurogroupe, Paschal Donohoe. "Nous devons bien sûr aussi éviter que ces mesures contredisent le chemin que nous devons suivre vers la transition climatique", a ajouté Paolo Gentiloni.

Achats groupés

Parmi les propositions avancées pour une réponse européenne à cette crise, la France demande mettre un terme au lien entre le prix du gaz et celui de l'électricité, établi dans le cadre du marché européen de l'énergie. De son côté, l’Espagne avait déjà proposé que la Commission organise des achats groupés de gaz et la constitution d’une réserve stratégique, pour que l’Union obtienne des prix plus avantageux pour ses membres. "Nous avons appris à travers les négociations sur l'approvisionnement de vaccins que nous sommes plus forts quand nous parlons d'une seule voix", a plaidé la ministre espagnole des Finances, Nadia Calvino, en entrant à la réunion.

Utiliser le poids de l’Union européenne pour obtenir de meilleurs tarifs de gros au travers d’une centrale d’achat commune serait effectivement une bonne idée, estime Thomas Pellerin-Carlin, directeur du centre Énergie de l’Institut Jacques Delors – et pour cause, son think tank l’a avancée dès 2010. "La Pologne l'avait déjà soutenu à l'époque. Mais l’idée avait toujours été torpillée par les gouvernements allemand, français et autrichien, qui préfèrent négocier en solo", indique-t-il. Mais même si les Vingt-Sept s'accordaient sur une telle mesure, elle n’aurait pas d’implication immédiate – "dans le meilleur des cas, cela pourrait apporter une partie de la solution pour l'année suivante".

Choc gazier

"Des millions de ménages européens paient la procrastination des politiques publiques de l’énergie depuis vingt ans."
Thomas Pellerin-Carlin
Institut Jacques Delors

Sur le moyen et le long terme, par contre, l’Union européenne peut faire énormément, poursuit Thomas Pellerin-Carlin. "Ce que l’on vit, c’est une crise du monde des énergies fossiles, un choc gazier, alors que le prix du gaz a été multiplié par cinq." La crise est le résultat selon lui d’un manque d’ambition dans le développement des alternatives aux énergies fossiles. Aujourd’hui, estime l'analyste, "des millions de ménages européens paient la procrastination des politiques publiques de l’énergie depuis vingt ans. Il est temps de changer de braquet et de nous débarrasser du gaz".

Le Parlement européen débattra ce mercredi des stratégies à mettre en place face au choc gazier.

Le résumé

  • La France et l'Espagne plaident pour une réponse européenne à la forte augmentation des prix de l'énergie. L'idée d'achats groupés européens est dans les cartons de longue date.
  • Mais l'Union européenne n'a pas les outils pour agir de manière décisive à très court terme.
  • En attendant, les mesures de soutien des États, comme les chèques énergie et autres réductions fiscales, ne doivent pas hypothéquer la stratégie de sortie des énergies fossiles, souligne la Commission.

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