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"Il n'y a aucune chance d'Italexit"

Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a défendu le "beau" budget 2019 préparé par son gouvernement, balayant les critiques de l'UE, qui fait monter la pression sur Rome pour obtenir la modification d'un projet qu'elle juge non conforme aux règles européennes. ©AFP

L'Italie s'attend à ce que la Commission européenne rejette son projet de budget 2019 et lui réclame une nouvelle version amendée. Une telle requête serait sans précédent.

Le gouvernement italien, qui a transmis la semaine dernière à Bruxelles son projet de loi de finances pour l'année prochaine, est sous le feu de la Commission européenne. Celle-ci lui reproche d'aggraver son déficit et d'enfreindre les règles budgétaires de l'UE.

La Commission européenne ne veut pas d'une crise entre Bruxelles et Rome.
Pierre Moscovici
Commissaire européen aux Affaires économiques et financières

La Commission a fait état d'un dérapage budgétaire "sans précédent" et pointé un risque de "non-conformité grave" avec les règles européennes. Ceci pourrait l'amener à rejeter ce budget, ce qui serait une première dans l'histoire de l'UE.

Le Trésor italien a assuré, dans sa lettre de réponse aux critiques de la Commission publiée ce lundi midi, que le gouvernement était conscient que sa politique budgétaire n'était pas conforme au pacte de stabilité. "La décision est difficile mais nécessaire." Il a signalé qu'il s'engageait à réduire le déficit structurel vers les objectifs à moyen terme à partir de 2022. "La place de l'Italie est en Europe et au sein de la zone euro."

Le gouvernement italien est disposé à discuter de ses objectifs budgétaires avec les autorités européennes, a déclaré le vice-président du Conseil Luigi Di Maio, tout en réaffirmant que la coalition au pouvoir n'a aucune intention de quitter l'euro.

"Lisez bien sur mes lèvres: pour l'Italie, il n'y a aucune chance d'Italexit, de sortie de l'Europe ou de l'eurozone", a assuré le chef du gouvernement Giuseppe Conte en anglais lors d'une rencontre avec la presse étrangère à Rome, reprenant le message déjà martelé samedi par ses deux vice-premiers ministres populistes, Luigi Di Maio et Matteo Salvini.

Et sur les marchés?

Dans ce contexte, le spread, le très surveillé écart entre les taux allemand et italien à dix ans, a doublé de 150 à 315 points sur le marché secondaire depuis mi-mai, date du début des discussions entre la Ligue et le M5S pour former une coalition.

La Bourse de Milan a perdu sur cette période 21,4%. Les banques, qui détiennent près de 400 milliards d'euros de dette italienne, ont été les premières victimes, le secteur perdant près de 35%.

Inquiète des choix de la coalition populiste au pouvoir à Rome, l'agence de notation rivale Moody's a déjà baissé d'un cran vendredi la note de l'Italie, la plaçant juste au-dessus de la catégorie spéculative (junk bonds). Moody's classait jusqu'à présent la dette italienne au niveau Baa2 et S&P à BBB (catégorie investissement), soit parmi les émetteurs de qualité moyenne mais en mesure de faire face à leurs obligations de manière adéquate.

Le gouvernement italien attend ce vendredi le verdict de l'agence Standard & Poor's.

"Le plus probable est que (S&P) change sa perspective de stable à négative, en gardant la note BBB", estime Erik Nielsen, chef économiste à la banque italienne UniCredit, pour qui néanmoins ces décisions risquent d'avoir de lourdes conséquences pour l'Italie, en incitant les investisseurs institutionnels à se détourner de ce pays.

♦ Dans la ligne de mire des agences, tout comme de l'UE: le programme anti-austérité engagé par la nouvelle coalition populiste, formée de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème). Elle prévoit un déficit à 2,4% du PIB en 2019, contre 0,8% pour le précédent gouvernement, puis à 2,1% en 2020 (contre 0) et à 1,8% en 2021.

La coalition entend mettre en oeuvre ses promesses électorales (départ en retraite facilité, revenu de citoyenneté pour les plus modestes...) et donner ainsi un coup de fouet à la croissance, via une demande plus forte et davantage d'investissements.

Les "problèmes"? Ils sont nombreux...

→ L'Italie ploie déjà sous une dette de 2.300 milliards d'euros, qui représente quelque 131% de son PIB.

→ Les prévisions de croissance du gouvernement sont jugées beaucoup trop optimistes (1,5% en 2019 contre 1% prévu par la plupart des observateurs, dont le FMI), ce qui pourrait encore aggraver le déficit.

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