L'accord de libre-échange avec le Vietnam adopté sur fond de controverse

Les accords de libre-échange et de protection des investissements entre l'Union européenne et le Vietnam ont été adoptés par une large majorité du Parlement européen.

Le Parlement européen a adopté à une large majorité un accord de libéralisation des échanges et un autre de protection des investissements. Une partie de l’hémicycle plaidait pour un report du vote en raison de la situation des droits humains dans le pays.

En pleine fronde wallonne contre le Ceta, Jean-Claude Juncker s’était étonné du contraste entre la suspicion à l’égard du Canada et le silence au sujet de l’accord UE-Vietnam. Le Parlement européen s’est rattrapé ces dernières semaines, avec un débat énergique sur ce double-accord de libre-échange et de protection des investissements, scellé en 2015 puis modifié l’an dernier. Avant d’adopter le tout, mercredi midi.

La Commission en avait fait un objet stratégique. Parce qu’il permet à l’Union d’envoyer un signal en faveur du libre-échange tout en renforçant sa présence dans le sud-est asiatique. La négociation aura aussi permis aux Européens de faire pression sur Hanoï sur les conditions de production des exportations vietnamiennes vers l’Union (49 milliards/an de biens échangés, smartphones et chaussures notamment). Depuis le début des négociations, le travail des enfants dans ce pays a été réduit de 40%, le Vietnam a adopté six des grandes conventions de l’Organisation internationale du Travail (OIT), et il a modifié son code du travail, reconnaissant la liberté d’association dans les entreprises.

"Grand écart"

Insuffisant, déplore-t-on dans l’opposition. Tant que le code pénal ne sera pas lui aussi modifié, la liberté syndicale ne sera pas applicable, a souligné l’écologiste belge Saskia Bricmont, qui demandait un report du vote pour renégocier l’accord. Elle voit dans l’accord "un grand écart" avec les principes de l’Union en matière de droits humains et avec son Pacte vert: l’accord n’impose pas de contrainte en la matière. Sa collègue socialiste Marie Arena demandait également un report, pour faire du développement durable "un chapitre contraignant avec sanctions".

"Des canaux constructifs de discussion peuvent nous permettre de résoudre ces difficultés."
Phil Hogan
Commissaire européen au Commerce

Mais différer l’accord, c’eut été saper la crédibilité de l’Union, a défendu le commissaire au Commerce Phil Hogan. Admettant que la situation des droits humains est "clairement un sujet d'inquiétude", il s’est dit convaincu que "des canaux constructifs de discussion peuvent nous permettre de résoudre ces difficultés". D'autres, comme le conservateur tchèque Jan Zahradil, ont estimé urgent d'avancer pour ne pas laisser la place à d'autres: "Si nous ne le faisons pas ce sont les États-Unis et la Chine qui vont l'emporter, et nous n'en tirerons aucun profit."

L'accord de libre-échange prévoit de lever 99% des barrières tarifaires avec le Vietnam, deuxième partenaire de l'Union parmi les pays de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean).

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