L'aide européenne aux travailleurs wallons de Carrefour bloquée par les États

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La Commission avait proposé le mois dernier de débloquer 1,6 million d'euros pour la reconversion des travailleurs licenciés de Carrefour Belgique. Fait exceptionnel: le Conseil bloque le dossier.

C’est du jamais vu: les États membres de l’Union refusent de valider le versement de 1,6 million d’euros à la Wallonie pour aider à la reconversion des travailleurs des hypermarchés de Carrefour. La Commission avait proposé le mois dernier de débloquer ce montant via le Fonds européen d'ajustement à la mondialisation (FEM), pour cofinancer un paquet de mesures d'aide à l'emploi de 2,7 millions d'euros au total.

La validation par les colégislateurs européens de ce type de proposition de la Commission n'est d'ordinaire qu'une formalité. Le Berlaymont agit en effet dans un cadre strictement balisé et uniquement en cas de de licenciements massifs liés à des évolutions systémiques de l'économie. Le Parlement européen a de fait validé ce mercredi matin en commission des Budgets le dossier wallon à une écrasante majorité. Mais les représentants nationaux au Conseil (au Coreper) n’ont pas pu réunir la majorité requise.

"Y a-t-il un jeu entre Etats-membres, contre la Belgique? Peut-être. On ne peut qu’échafauder des hypothèses."
Olivier Chastel
Député européen (MR, Renew), vice-président de la commission des budgets

Que la Suède ait voté contre cette aide n’a surpris personne – c’est l’attitude qu’elle adopte systématiquement à l’égard de ce fonds de solidarité. Et l'on ne s’est pas étonné non plus de voir s'abstenir des pays traditionnellement réticents à l’égard du FEM – c’est le cas du Royaume-Uni, du Danemark ou des Pays-Bas. Mais cette fois, ce sont dix États membres qui se sont abstenus, dont des poids lourds comme la Pologne, l’Espagne ou l’Allemagne. Assez pour clouer le dossier au sol.

Mondialisation et numérique

Pourquoi ce blocage ? Concerne-t-il le fond du dossier, est-il lié aux négociations sur le prochain budget ou vise-t-il à faire pression sur la Belgique ? "On ne parvient pas à décoder quel signal le conseil veut donner", abonde le député européen Olivier Chastel (MR, Renew), vice-président de la commission des Budgets. "Est-ce que le Conseil est nerveux dans le cadre de la négociation budget 2020, est-ce qu’il veut marquer son territoire ? Est-ce lié à la discussion sur la refonte future du FEM ? Y a-t-il un jeu entre Etats-membres, contre la Belgique? Peut-être. On ne peut qu’échafauder des hypothèses", poursuit-il.

À bonnes sources, on entend que des États membres mettent en cause le lien entre les licenciements massifs de Carrefour Belgium et la "mondialisation" - y voyant plutôt un effet de la numérisation. La Commission estime l’intervention justifiée alors que le secteur de la distribution doit faire face à des changements du commerce mondial, notamment une compétition croissante en matière de commerce en ligne. Si on lit bien, elle assimile donc mondialisation et numérique, et c’est cette façon de faire qui est attaquée. Elle rétorquera qu’elle a déjà utilisé des arguments similaires dans un dossier finlandais en 2017 et qu’à l’époque, le Conseil l’avait accepté.  

Le dossier wallon n’est pas encore perdu. Le Commissaire en charge du Budget, Gunther Oettinger, le défendra avec le Parlement européen au cours d’une réunion de conciliation avec le Conseil (trilogue) prévue jeudi mais qui ne rendra pas de décision finale. Une sortie vers le haut n’est pas exclue, le sort des licenciés de Carrefour pourrait être glissé dans un "paquet" plus large sur le budget 2020, espère une source. À moins, spécule une autre que l’enveloppe ne doive être réduite pour passer la fente.

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