L’Allemagne va tester le salaire universel

Michael Bohmeyer, initiateur de l’association militante "Mein Grundeinkommen" ("Mon salaire de base", association soutenue par des chercheurs et des psychologues) ©AFP

C'est un projet pilote: 120 personnes toucheront 1.200 euros par mois sans condition pendant trois ans.

Quelles conséquences le versement d’un salaire universel aurait-il sur la société, le monde du travail et la politique? L’institut DIW de Berlin, proche des syndicats, vient de lancer une vaste étude pour tenter de répondre à ces questions. 120 personnes toucheront à cet effet sans condition 1.200 euros par mois pendant trois ans.

La première phase de l’étude – la sélection des 120 candidats et de 1.380 "jumeaux statistiques" – a débuté mardi. Toute personne majeure domiciliée en Allemagne peut présenter sa candidature. La sélection proprement dite débutera d’ici novembre, lorsqu’un million de candidats se seront inscrits pour participer à l’expérience, financée par l’association militante "Mein Grundeinkommen" ("Mon salaire de base", association soutenue par des chercheurs et des psychologues), qui verse depuis six ans déjà un salaire universel annuel de 12.000 euros à quelques volontaires sélectionnés pour un an par tirage au sort. Les données fournies par les cobayes de l’étude seront à tout moment comparées avec celles de leurs "jumeaux statistiques", des personnes dont le profil sera en tous points identique, mais qui ne bénéficieront pas de la prestation.

Entreprenariat

"Nous voulons savoir comment évoluent la vie professionnelle de l'individu, la structuration de sa journée, son engagement dans la société, son alimentation ou ses relations humaines, sous l’influence du salaire universel", explique Jürgen Schupp, professeur de sociologie à l’Université Libre de Berlin et chercheur à l’institut DIW. "L’aspect professionnel m’intéresse tout particulièrement. Davantage de gens se lanceront-ils dans l’entrepreneuriat? Quelles sont les conséquences de la nouvelle possibilité de dire 'non', notamment lorsqu’un emploi ne permet pas de se réaliser mais seulement de gagner sa vie? Et nous voulons voir comment ces facteurs évoluent en fonction de l’âge, du milieu socioprofessionnel et des revenus annexes…"

Les bénéficiaires seront-ils plus "fainéants" ou au contraire plus créatifs? Vont-ils cesser complètement de travailler? Vont-ils utiliser leur surplus de temps libre et d’argent pour eux-mêmes ou s’engager pour les autres? "Les opposants au salaire universel prétendent que les gens cesseront de travailler pour s’allonger, totalement passifs, sur leur canapé et se bourrer de fast-food", rappelle Jürgen Schupp. "Les partisans estiment au contraire que les gens continueront à travailler mais deviendront plus créatifs et s’engageront davantage, pour la société et la démocratie." L’étude doit faire progresser le débat, sur la base de données scientifiques.

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