L'Allemagne veut protéger l'épargne face aux taux négatifs

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En Allemagne, de plus en plus de banques répercutent sur leurs gros clients les taux d’intérêt négatifs. Le gouvernement allemand, inquiet de cette évolution, envisage une riposte.

Pierre angulaire du système des retraites dans le pays, l’épargne joue en Allemagne auprès des particuliers un rôle capital. C’est donc avec la plus grande inquiétude que l’opinion et la presse observent la tendance qu’ont les banques à répercuter sur leurs clients les taux d’intérêt négatifs impulsés par la Banque centrale européenne (BCE). L’État se réserve le droit d’intervenir.

La répercussion par les banques sur leurs clients des taux d’intérêts négatifs pratiqués par la BCE concerne en général les gros comptes avec plus de 100.000 euros de dépôts. Mais certains instituts n’hésitent pas à coupler différents comptes d’un même épargnant pour parvenir plus rapidement à cette somme.

Le portail de consommation biallo.de recense désormais 186 banques – sur 1.300 banques interrogées pour le compte du quotidien Süddeutsche Zeitung – qui pratiquent les taux négatifs. C’est deux fois plus qu’en juillet dernier. Toujours selon le site, 86 banques pratiquent cette politique aussi avec la clientèle privée, contre 30 voici six mois. Biallo.de rappelle par ailleurs que toutes les banques du pays n’ont pas forcément accepté de répondre à son sondage, et que la pratique pourrait être dans les faits beaucoup plus répandue que ce que semblent indiquer les chiffres.

Il est très risqué d’appliquer des taux négatifs à des contrats existants.
Le ministère allemand des Finances

Selon le portail Verivox, rien que depuis le début de l’année, 16 banques ont rejoint le club de celles qui pratiquent des "taux d’intérêt de pénalité" et plusieurs banques ont introduit des frais divers qui ne portent pas le nom de taux d’intérêt mais rempliraient la même fonction que des taux négatifs.

L’évolution inquiète aussi le ministère des Finances à Berlin, qui envisage d’intervenir. Selon une première estimation du ministère, "un premier examen du dossier indique qu’il est très risqué pour les banques d’appliquer des taux d’intérêt négatifs à des contrats déjà existants". L’organisme de contrôle des marchés financiers, Bafin, "dispose dans le cadre de son mandat de protection collective du consommateur de moyens d’action pour éviter les débordements systématiques", rappelle le ministère, qui entend suivre de près l’évolution.

Les salariés de PME inquiets

Face à cette nouvelle tendance, le parti conservateur bavarois CSU demande une meilleure protection des particuliers, avec l’instauration d’une interdiction formelle d’appliquer les taux négatifs aux comptes de moins de 100.000 euros. Le spécialiste du parti pour les questions financières, Hans Michelbach, propose l’instauration d’un fonds d’innovation soutenu par l’État, avec un taux d’intérêt garanti de 2% qui permettrait aux banques de contourner le dépôt auprès de la BCE.

Le sujet est hautement politique en Allemagne, où le niveau maximum de retraite versé par le régime de base varie de 2.000 à 2.500 euros. Les Allemands sont inégaux face à la retraite. La plupart des grandes entreprises versent en effet à leurs salariés un fonds complémentaire à leur départ en retraite. Les salariés de la plupart des PME ne bénéficient pas d’un tel régime. Inquiets pour leur épargne, de plus en plus d’Allemands prendraient d’assaut les coffres forts des banques, préférant y faire dormir leur épargne que de risquer de devoir payer des taux d’intérêt pour parquer leur argent.

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