L'Europe adapte sa défense face au made in China

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Il s'agit d'assouplir les relations commerciales de l’Europe avec la Chine, sans reconnaître celle-ci comme économie de marché.

En décembre 2016, l’Europe devra dire à la Chine si elle la considère, ou non, comme une économie de marché. La question est importante, car un tel statut ouvrirait davantage le marché européen à la Chine et entraînerait un allégement des mesures antidumping appliquées aux produits chinois. Les entreprises européennes d’acier et les fabricants de panneaux solaires seraient encore plus exposés.

Lors de l’admission de la Chine au sein de l’OMC en 2001, une clause avait été introduite pour une période de 15 ans, suspendant ce statut, en raison des pratiques commerciales agressives de la Chine.

La Chine presse ses partenaires commerciaux de "respecter leurs obligations internationales". Et de trancher. Pour les Etats-Unis, il est hors de question de lui reconnaître ce statut. L’Europe est tiraillée entre trois attitudes: ne rien faire, lui conférer le statut ou changer d’approche. La première voie est une déclaration de guerre. La deuxième fragiliserait l’économie de certains pays, comme la France ou l’Italie.

La troisième voie

La Commission européenne a proposé mercredi d’opter pour la troisième voie. Changer les règles de défense face au made in China. "Il ne faut pas être naïf, la Chine ne respecte par toujours nos règles (…). On ne peut pas lui reconnaître le statut d’économie de marché", a dit le vice-président de la Commission Jyrki Katainen. "Mais nous devons respecter nos obligations internationales". La Chine serait traitée comme tout État tiers, mais l’étau des droits antidumping ne serait pas desserré.

L’Union européenne utilise deux listes lorsqu’elle calcule les droits antidumping: celle des pays considérés comme une économie de marché et celle des pays qui ne le sont pas. La Commission propose de supprimer cette deuxième liste, ce qui conférerait une position plus favorable à la Chine lors de l’établissement de droits antidumping.

L’exécutif européen propose de modifier sa façon d’évaluer les pratiques de dumping et de calculer les aides publiques illégales "sur base de règles justes". "Cette nouvelle approche n’entraînerait pas de forte baisse des droits de douane", a souligné Jyrki Katainen.

Cette proposition, qui doit encore être détaillée, assouplirait les relations commerciales de l’Europe avec la Chine, sans la reconnaître comme économie de marché.

La Commission veut, en outre, adapter les règles de défense commerciale de l’Europe. "Il faut trouver une nouvelle méthodologie sur nos instruments de défense d’ici 2030. Des procédures plus dures, plus sévères se rapprochant du modèle américain", a-t-il dit.

La Commission souhaite aussi mettre en place un dialogue avec la Chine sur la question des capacités de production, en particulier dans l’acier. "Il faut aller à la racine du mal, qui est la surcapacité de l’industrie chinoise", a précisé M. Katainen.

Ces propositions doivent encore être affinées. La Commission Juncker les soumettra ensuite aux États européens et au Parlement.

La Chine est le deuxième partenaire commercial de l’Union européenne. "99% de nos échanges avec la Chine ne font pas l’objet de pratiques de dumping. Ce dont nous avons besoin, c’est des instruments pour traiter le pour-cent restant", a dit Jyrki Katainen. Le vice-président de la Commission appelle les États européens à soutenir la politique commerciale de l’Union. "Chaque milliard d’exportations hors de l’UE rapporte 14.000 emplois", a-t-il conclu.

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