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L'Europe encore loin de la "tolérance zéro" pour le travail des enfants

Un enfant syrien, réfugié en Turquie, au travail dans une fabrique de chaussures à Gaziantep, en 2016. ©Getty Images

L'Européen moyen consomme chaque année pour 100 euros de produits issus du travail des enfants. La Commission mise sur la diligence raisonnable et les accords commerciaux pour faire baisser le chiffre.

C'était l'une des intentions affichées par Ursula von der Leyen lorsqu'elle a pris la présidence de la Commission européenne: une "tolérance zéro" pour le travail des enfants. Alors que la pandémie de Covid-19 a aggravé le phénomène, une étude approfondie commandée par l'eurodéputée belge Saskia Bricmont analyse le phénomène et explore des pistes pour en venir à bout.

La Chine largement en tête

Le constat, d'abord: un enfant sur dix à travers le monde était exploité avant la pandémie, celle-ci risque d'avoir augmenté le chiffre de 9 millions, selon l'Unicef. Et l'Union européenne a une forte empreinte sur le phénomène, puisqu'elle a importé en 2019 pour environ 50 milliards d'euros de produits issus du travail d'enfants, selon l'étude conduite par l'organisation allemande Development International. En d'autres termes, l'Européen moyen consomme en un an pour 100 euros de produits issus du travail des enfants.

50
milliards d'euros
L'Union européenne a importé en 2019 pour environ 50 milliards d’euros de produits issus du travail d’enfants.

Les biens concernés sont pour la plus grande partie importés depuis la Chine (37 milliards d'euros), devant le Vietnam, le Bangladesh et la Turquie. Les secteurs concernés sont d'abord l'électronique (35 milliards), suivie dans l'ordre des vêtements, chaussures, café et jouets, évaluent les auteurs.

Pas de solution simple

Face à ce constat, devrait-on refuser d'acheter des produits issus du travail des enfants, dans l'espoir que cela mènerait mécaniquement à une baisse du phénomène? Non, tranchent les auteurs, qui soulignent les effets pervers d'une telle approche, qui pourrait dans certains cas conduire à une augmentation du travail des enfants – qui est intimement lié au niveau de revenu des ménages.

Ils plaident en revanche pour que l'Union européenne adopte une approche différenciée: des carottes pour les pays les plus pauvres, des bâtons pour les plus riches. Et notamment des aides ciblées ou conditionnées dans les pays à faibles revenus; un accès conditionné au marché européen pour les pays intermédiaires; et des interdictions d'importations "ciblées" et autres mesures de rétorsion pour les pays à plus haut revenu.

"La Commission assure que beaucoup de choses se font, mais dans les faits les études d'impact n'incluent pas la question du travail des enfants."
Saskia Bricmont
Eurodéputée (Ecolo)

"La Commission assure que beaucoup de choses se font, mais dans les faits, les études d'impact n'incluent pas la question du travail des enfants", observe Saskia Bricmont (Ecolo). Et les accords de commerce ou d'investissement préparés avec le Brésil ou la Chine n'incluent pas de démarches particulières en matière de travail des enfants, "alors que ce sont deux pays à niveau de richesse assez élevé pour qu'on puisse envisager des mécanismes de sanctions". L'eurodéputée plaide pour que l'Union adopte une stratégie commune avec les États-Unis sur cette question. Outre-Atlantique, les produits issus du travail d'enfants sont interdits de mise sur le marché: "Rien de tel n'existe au niveau européen, il faut travailler dans cette direction, mais avec une approche différenciée".

De son côté, la Commission entend revoir sa politique de mise en œuvre des chapitres développement durable des accords commerciaux (TSD), y compris sur d'éventuelles sanctions, et assure que le travail des enfants fera partie de cet exercice, pour lequel elle prévoit de lancer une consultation publique. Elle doit aussi présenter à la rentrée une proposition législative sur la "diligence raisonnable", pour contraindre les entreprises à s'assurer que leurs fournisseurs respectent les règles.

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