L’Europe planifie la révolution hydrogène

Frans Timmermans, le Monsieur Green Deal de la Commission, présentait ce mercredi sa stratégie sur trente ans pour une filière européenne d'hydrogène propre. ©EPA

Produire de l’acier à partir d’énergie verte, c’est possible et les Européens vont le faire grâce à "l’air inflammable". C'est du moins ce que prévoit la Commission.

C’était un chaînon manquant de la stratégie de décarbonation de l’économie européenne : comment mettre un terme aux émissions de gaz à effet de serre de secteurs pour lesquels l’électricité verte n’a pas de réponse? En déployant l’hydrogène propre pardi, répond la Commission. Qui a adopté ce mercredi un plan en trois phases: décarboner la production existante d’ici 2024, développer une production digne de ce nom d’ici la fin de la décennie et déployer la molécule à travers le continent d’ici 2050 pour alimenter industrie lourde, avions, navires et camions zéro carbone. En maintenant au passage - c'est du moins le but - le leadership mondial de l’Europe dans ce domaine.

«Pour une fois la Belgique est dans les starting blocks.»
Un fonctionnaire belge

L'exécutif européen s'appuie pour développer un agenda d'investissement sur une "Alliance européenne pour l'hydrogène propre", qui doit réunir autorités publiques, industries européennes et société civile. Lancée ce mercredi, elle devrait livrer un "pipeline de projets concrets" pour la fin de l'année. La Belgique a clôturé début juin un appel à manifestation d’intérêt auprès de ses entreprises. "Pour une fois on est dans les starting-blocks", commente un fonctionnaire belge. Il nous revient qu'une vingtaine d’entreprises y auraient répondu, dont cinq wallonnes.

Un million d'emplois

L’hydrogène est un carburant qui n’émet pas de gaz à effet de serre à son utilisation, son empreinte climatique dépend donc de l’énergie utilisée pour l’extraire de l’eau par électrolyse. Pour l'heure, sa production est presque exclusivement fossile et émet 100 millions de tonnes de CO2 par an pour une contribution au mix énergétique de 2%. Dans trente ans, l'hydrogène pourrait atteindre 14% du mix et être climatiquement neutre. Rien que pour sa production, il faudra d'ici là mobiliser jusqu’à 470 milliards d'euros d’investissements. Avec au total 1 million d'emplois à la clé.

Une question de prix

"Pour que l'hydrogène soit une source d'énergie à succès, on a besoin que la production soit abordable, on a besoin d'infrastructures de transport et stockage, et on a besoin d'un marché", a résumé le vice-président de la Commission Frans Timmermans lors d'une conférence de presse.

"Pour que l'hydrogène soit une source d'énergie à succès, on a besoin que la production soit abordable, on a besoin d'infrastructures de transport et stockage, et on a besoin d'un marché."
Frans Timmermans
Vice-président exécutif de la Commission européenne

Alors qu'aujourd'hui, un kilogramme d'hydrogène fossile coûte 1,5 euro, le produire exclusivement à partir de sources renouvelables coûterait entre 2,5 et 5,5 euros. Reste que les économies d’échelle que permettront le développement du secteur ne suffiront pas à rendre son prix compétitif. L’évolution du prix que doivent payer les industries par tonne de CO2 émise sera un facteur clé du succès du carburant – il devra être porté à "55 à 90 euros la tonne" pour que l’hydrogène propre soit compétitif, estime la Commission.

Hydrogène "presque" propre

Si l’objectif central est de créer une filière d’hydrogène renouvelable, "à court et moyen terme" l’Europe devra soutenir d'autres formes d'hydrogène bas carbone, estime la Commission. Elle envisage une vingtaine de milliards d'euros d'investissements dans la production, moins chère, d'hydrogène "bas carbone": produit avec des énergies fossiles mais dont les émissions sont réduites, par exemple par captage et stockage de CO2 (CCS).

«Cette stratégie se concentre trop sur le CCS (au) risque de détourner les investissements d’électrolyseurs bien nécessaires vers une technologie non éprouvée et non fiable.»
Claude Turmes
Ministre luxembourgeois de l'Énergie

Concert de réactions inquiètes à ce volet de l'annonce. "Le médicament pourrait être aussi nocif que la maladie", estime Camille Maury, spécialiste décarbonation industrielle au WWF, pour qui en laissant la porte ouverte au gaz, la Commission risque de "miner complètement l'objectif de neutralité carbone". Le ministre luxembourgeois de l’Énergie, Claude Turmes (écologiste) déplore de son côté que "cette stratégie se concentre trop sur le CCS (au) risque de détourner les investissements d’électrolyseurs bien nécessaires vers une technologie non éprouvée et non fiable".

La Commission prévoit d’ici 2024 le passage de 1 à au moins 6 GW d’électrolyseurs, ce qui nécessiterait 20 à 40 milliards d'euros d’investissements, en plus des centaines de milliards nécessaires pour renforcer la production d'énergie verte. Pour 2030, le secteur pense pouvoir atteindre 40 GW d'électrolyseurs sur le sol européen et autant dans le voisinage de l’Union. Dans cette seconde phase devra émerger une infrastructure européenne de transport et de distribution du carburant. Ensuite, et jusqu’à l’horizon 2050, la filière entrerait dans une phase de maturité, avec un déploiement à grande échelle pour atteindre "tous les secteurs difficiles à décarboner". Un quart de la production d'énergie renouvelable serait alors utilisée pour fabriquer le nouvel or vert.

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