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L'Europe prise de vitesse par le plan de relance de Joe Biden

Joe Biden a pris part au dernier Conseil européen par visioconférence, au cours duquel Emmanuel Macron a appelé à "compléter" le dispositif de relance européen.

C'est pour la relance comme pour les vaccins: l'Europe apparaît lente et peu ambitieuse en regard des annonces américaines.

"On réitère un peu ce qui s'est passé après la crise des subprimes: à nouveau, les États-Unis gèrent plus vite, relancent plus vite, relancent plus fort", résume Éric Dor, directeur des recherches économiques à l'école de gestion IÉSEG Lille. Après avoir fait voter en un temps record un nouveau plan de soutien massif à l'économie, le Président américain Joe Biden présentait mercredi ses propositions pour des investissements de relance de long terme, Build Back Better, pour quelque 2.000 milliards de dollars de plus. À côté de lui, le plan de relance européen de 750 milliards d'euros, négocié en juillet dernier et toujours en attente de validation dans les États membres, semble faire pâle figure.

4.800
Milliards d'euros
L'effort budgétaire de l'Union européenne face à la crise du Covid-19 atteint 4.800 milliards d'euros, selon la Commission.

Nouvelle donne

Jusqu'ici, l'Europe défendait ses mesures en soulignant que si les montants de soutien budgétaire mobilisés depuis la crise étaient inférieurs à ceux mis sur la table aux États-Unis, ce n'était pas de beaucoup. Sans compter les nouvelles intentions du Président américain, les États-Unis ont pris jusqu'ici pour 5.547 milliards de dollars de mesures budgétaires pour lutter contre le Covid, selon le décompte du Fonds monétaire international.

Côté européen, "les mesures et engagements déjà pris atteignent jusqu'à présent 4.800 milliards d'euros de soutien budgétaire", indique-t-on à la Commission européenne. Cela comprend les mesures prises par les États membres pour limiter les dégâts, quelque 3.500 milliards d'euros. Mais aussi 540 milliards d'euros du premier ensemble de mesures communes prises pour la même raison – dont une ligne de crédit de 200 milliards mise à disposition des États membres par le Mécanisme européen de stabilité mais à laquelle personne n'a fait appel à ce jour.

"Les États-Unis vont reprendre la direction de la transition climatique."
Gregory Daco
Oxford Economics

Et bien sûr, les 750 milliards d'euros du plan Next Generation EU, que l'exécutif européen souhaite déployer à partir de l'été, mais que seize États membres seulement ont validé juridiquement et qui est menacé de paralysie depuis vendredi par la Cour constitutionnelle allemande.

Les États-Unis avaient déjà mobilisé davantage, "à présent, les 2.000 milliards d'investissements publics supplémentaires changent vraiment la donne, la différence va se creuser énormément", souligne Éric Dor.

Les limites de l'Europe

Dès le début de la crise, Américains et Européens ont adopté une approche différente, observe de son côté Gregory Daco, chef économiste États-Unis chez Oxford Economics. "Les États-Unis ont mis beaucoup plus l'accent sur un stimulus budgétaire visant à générer une croissance immédiate, avec des transferts directs pour les familles à faible revenu, des allocations de chômage augmentées, des aides pour PME… Autant de mesures qui ont eu un impact presque immédiat sur l'économie. Alors qu'en Europe, on s'est davantage concentré sur le plan de relance à long terme."

"Notre architecture institutionnelle fait que notre capacité de stimulus budgétaire est beaucoup plus faible."
Éric Dor
IÉSEG School of Management

L'attention à Washington se tourne maintenant vers un plan structurel de long terme, des investissements sur un horizon d'une dizaine d'années, mais le résultat selon l'économiste est que l'Europe a pris du retard sur les deux tableaux, avec un stimulus de court terme plus faible et un plan structurel plus faible aussi, constate-t-il.

C'est comme après la crise de 2008, appuie de son côté Éric Dor: "Les Américains vont plus vite, plus fort. Notre architecture institutionnelle, avec un petit budget commun et vingt-sept dettes publiques qui se font concurrence, fait que notre capacité de stimulus budgétaire est beaucoup plus faible". À cet égard, l'emprunt commun de 750 milliards était à ses yeux la bonne voie pour contourner l'obstacle, mais le montant est largement insuffisant.

6,5%
L'OCDE s'attend à une croissance de 6,5% aux États-Unis cette année contre 3,9% pour la zone euro.

Lors du dernier Conseil européen, le Président français Emmanuel Macron avait émis l'idée de "compléter" le dispositif de soutien à l'économie mis en place par les Vingt-Sept au terme d'interminables tractations. Parce que les prévisions économiques annoncent un retour à un niveau d'activité économique d'avant-crise bien plus tôt aux États-Unis qu'en Europe. Et parce que le plan de relance avait été décidé avant les deuxième et troisième vagues du virus, alors que l'Europe est à la traîne en matière de déploiement de la vaccination.

Une consolation

Pour autant, le volume d'injections budgétaires des États-Unis ne doit pas être le modèle de référence pour l'Europe, souligne Éric Dor.  "Il faut faire une analyse au cas par cas, mais on sent bien qu'il faut en faire beaucoup plus: investir dans l'éducation, la formation, la relocalisation de certaines productions essentielles... En matière de transformation climatique, on est un peu nulle part."

+2%
Les années où il tournera à plein régime, le plan Next Generation EU devrait doper la reprise européenne de 2% du PIB, selon la Commission.

Là où l'Europe se dépeignait en fer de lance mondial de la transition climatique, elle risque de changer de catégorie, acquiesce Gregory Daco. "Les États-Unis vont reprendre la direction de ce mouvement. Il y a une volonté politique très forte d'accélérer la transition, et elle est couplée à cette énorme capacité d'investissement, face à laquelle l'Europe aura du mal à rivaliser du fait de sa fragmentation. Ça restera toujours un problème tant qu'il n'y aura pas un budget commun, cet esprit de dépenses communes au niveau européen."

Cela dit, observe encore l'économiste belgo-américain, "ce n'est pas entièrement négatif de ne pas être le premier: on bénéficie des retombées positives quand les États-Unis prennent ce rôle de locomotive mondiale, puisque les États-Unis importent énormément". Une consolation, qui devrait bénéficier en premier lieu à l'Allemagne, premier des fournisseurs européens des USA.

Le résumé

Alors que Joe Biden annonce un plan d'investissement de quelque 2.000 milliards de dollars, l'Union européenne voit son plan de 750 milliards menacé de blocage par la Cour constitutionnelle allemande. Le décalage entre les moyens injectés de part et d'autre de l'Atlantique est en passe de s'accentuer.

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