L'Europe rabote fortement ses prévisions de croissance, la Belgique parmi les pires élèves

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La Commission européenne revoit sévèrement à la baisse ses prévisions économiques. La Belgique est annoncée en queue de peloton, avec une croissance attendue l’an prochain de 1,2% - seule l’Italie ferait moins bien.

L’horizon s’assombrit pour l’économie belge. La commission européenne revoit drastiquement ses prévisions à la baisse pour la zone euro dans son ensemble et alors qu’elle attend un léger rebond pour 2020, la Belgique n’en profiterait pas.

«Des données d’enquêtes indiquent des prévisions de carnets de commandes plus faibles et de croissance de l’emploi plus faible»
Commission européenne

Les économistes du Berlaymont ne tablent plus que sur 1,3% de croissance du produit intérieur brut (PIB) belge cette année alors qu’ils attendaient encore 1,5% il y a seulement trois mois. Mais le ralentissement s’est invité au dernier trimestre de l’an dernier en Europe, et il s’est poursuivi en janvier. Le mouvement devrait s’inverser en cours d’année pour la zone euro et mener à une légère reprise l’an prochain. Mais pas en Belgique, où la commission s’attend à ce que la croissance se tasse encore, à 1,2% pour l’année 2020 – soit 0,2 point de pourcentage de moins que ce qu’elle prévoyait encore en novembre. Sur l’ensemble de l’Union européenne – et le Royaume-Uni est intégré dans le calcul –, seule l’Italie ferait moins bien (0,8%).

Frilosité mondiale payée cash

Après le pic de croissance belge à 1,7% en 2017, la décélération entamée l’année dernière se poursuit donc, alors que la situation se détériore dans la plupart des secteurs. "Des données d’enquêtes indiquent des prévisions de carnets de commandes plus faibles et de croissance de l’emploi plus faible", indique la commission dans ses prévisions intérimaires d’hiver.

L’économie belge doit essentiellement compter sur la demande domestique. Ca tombe bien: la consommation privée devrait progresser graduellement, notamment grâce au tax shift. L’investissement privé devrait lui aussi reprendre légèrement, après s’être tassé l’an dernier – grâce à des taux d’intérêts qui devraient rester bas. (Année électorale oblige, les investissements publics devraient par contre ralentir.)

Mais tout ceci ne suffit pas à empêcher un ralentissement. La contribution des exportations à la croissance devrait nettement ralentir cette année "et même devenir négative l’an prochain", prévoit la commission. Pour une économie très ouverte comme celle de la Belgique, la frilosité du commerce global dans un contexte de tensions entre les États-Unis et la Chine se paie cash: à l’échelle mondiale, la croissance des importations de biens et services devrait tomber de 4,8% l’an dernier à 3,9% cette année.

La Commission ne se prononçait pas ce jeudi sur l’impact de ces chiffres sur les finances publiques. Mais si elle se vérifie, cette tendance promet de compliquer la tâche du gouvernement. Dans l’orchestre européen de l’effort d’assainissement budgétaire, la Belgique est de ceux qui jouent toujours trop lentement. Le déficit structurel (qu’on obtient en gommant les soubresauts de la conjoncture et les mesures ponctuelles) doit baisser de 1,2% du PIB sur deux ans. En novembre, la commission estimait que le déficit structurel entre fin 2017 et fin 2019 n'aura été réduit que de 0,1%.

Coup de frein généralisé

Pour l’ensemble de la zone euro, le ralentissement prévu est très net également: après une croissance 1,9% de croissance l’an dernier, le PIB de la zone euro ralentirait à 1,3% cette année. Comme pour la Belgique, une partie de l’explication tient à un "plus faible soutien de notre environnement international". Mais le reste du monde n’explique pas tout: des facteurs internes, comme le ralentissement de la production de voitures en Allemagne, les tensions sociales en France ou encore l’incertitude en Italie contribuent au coup de froid. Contrairement au cas belge, la commission s’attend à une légère reprise à partir du deuxième semestre de cette année, qui s’accentuerait l’an prochain, tirée par l’Allemagne et dans une moindre mesure la France, pour atteindre 1,6%. 

Au Berlaymont, on tente de rassurer: les fondamentaux de l’économie européenne restent solides et la croissance prévue reste positive dans chacun des pays. Mais rien ne permet d’assurer que la bonne nouvelle tienne la corde d’ici la fin de l’année: l’Italie flirte avec une croissance nulle. Or le commissaire aux Affaires économiques Pierre Moscovici le souligne aussi: "Des risques baissiers importants pèsent encore sur nos prévisions." La messe est encore loin d’être dite.

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