L'Europe répartit 20.000 migrants

©mediafin

Les migrants affluent et l'Italie crie au secours depuis des mois. La Commission réagit en présentant un plan (qui n'est pas encore accepté!). Son contenu en irrite déjà plus d'un. "Il faut renvoyer les migrants chez eux", dit en substance la Grande-Bretagne. L'idée d'un quota pour chaque pays crispe, ainsi que la volonté de combattre par la force les passeurs et de détruire leurs bateaux.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a présenté le fameux plan d'action pour l'immigration et l'asile.

• Que dit le plan?

©REUTERS

Le plan d'action veut éviter les embarquements, secourir les migrants qui ont pris la mer et gérer leur accueil à leur arrivée dans l'Union européenne.

Il détaille une série d'actions immédiates et des stratégies à plus long terme, comme la création d'un centre d'accueil au Niger, sur la route empruntée par les migrants sud-sahariens.

 

• Le plan pose déjà problème

La Grande-Bretagne est montée au créneau. "Les migrants qui tentent de gagner l'Union européenne en traversant la Méditerranée devraient être renvoyés", affirme dans les médias britanniques la ministre de l'Intérieur, Theresa May, reconduite dans ses fonctions par David Cameron après sa victoire aux législatives.

"Je suis en désaccord avec Federica Mogherini (la chef de la diplomatie européenne) quand elle soutient qu'aucun migrant ou réfugié intercepté en mer ne sera renvoyé contre son gré", a insisté Theresa May, quelques heures avant la présentation du plan de Jean-Claude Juncker. "Une telle approche ne peut qu'encourager plus de gens à risquer leur vie", a-t-elle estimé.

Certaines dispositions, notamment l'instauration de quotas pour répartir entre pays européens les réfugiés et l'immigration légale, suscitent l'hostilité. La Grande-Bretagne n'est pas isolée. Le Premier ministre conservateur hongrois Viktor Orban s'est insurgé contre les quotas, qu'il a qualifiés de folie.


"Ces réactions sont désespérantes", a confié un haut responsable de l'exécutif bruxellois sous couvert de l'anonymat.

La troisième partie du plan est la plus controversée. Elle veut imposer la solidarité aux Etats et modifier la règle qui impose la prise en charge des demandeurs aux pays d'arrivée. La dernière tentative de la modifier a été rejetée par 24 des 28 gouvernements européens.

 

L'emploi de la force

©EPA

Les arrivées par la mer ne sont qu'une fraction du phénomène de l'immigration, mais elles sont les plus dramatiques. La principale voie arrive en Libye, à destination du sud de l'Italie. Elle est empruntée par des migrants venus des pays de la Corne de l'Afrique et des pays d'Afrique de l'ouest, notamment le Nigeria.

Le plan d'action présenté mercredi insiste sur la nécessité de combattre les passeurs et de détruire leurs bateaux.

→ Ce combat impose l'emploi de la force, une mesure qui sera discutée par les ministres des Affaires étrangères lundi prochain.

Il préconise par ailleurs de renforcer les moyens de surveillance et de sauvetage en Méditerranée afin d'éviter les naufrages. C'est la mission assignée aux opération Triton en Italie et Poséidon en Grèce, dont le budget et les moyens vont être accrus.

Renvoyer les migrants?

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker veut à nouveau forcer les barrières. "L'Union européenne a besoin d'un système permanent qui permette le partage des demandeurs d'asile", soutient sa communication. En contrepartie, elle insiste sur l'accélération des renvois des migrants non autorisés à rester dans l'UE.

©mediafin

Plus de 360.000 demandes d'asile ont été traitées en 2014. La moitié seulement - 185.000 - ont été acceptées et six pays ont assumé l'essentiel de l'effort: Allemagne, Suède, France, Italie, Royaume-Uni et Pays-Bas.

 

  Les quotas en débat...

©EPA

La Commission propose l'instauration de quotas pour permettre une distribution plus équitable. La mesure concerne les réfugiés protégés par le Haut Commissariat des Nations unies, qui a demandé à l'UE d'accueillir chaque année 20.000 Syriens. Mais elle doit également permettre de soulager les pays de l'UE en cas d'afflux massifs d'arrivants.

L'Italie réclame cette solidarité. La France et l'Allemagne soutiennent le principe des quotas, sans toutefois se prononcer sur leur caractère obligatoire. Le Royaume Uni et la Hongrie ont annoncé leur ferme opposition. Un vote à la majorité qualifiée peut permettre d'imposer les quotas, mais le recours à cette extrémité sera politiquement difficile.

 

Comment installer les migrants chez nous?

L'Agenda pour la migration adopté par la Commission  prévoit un mécanisme de réinstallation dans toute l'Europe des demandeurs d'asile sauvés en Méditerranée.

La Commission européenne a ainsi proposé  que 20.000 migrants soient accueillis et répartis à travers l'Union au cours des deux prochaines années. Les migrants seraient accueillis dans les pays européens selon une clé de répartition fondée sur la taille du pays, la croissance économique et d'autres critères, si bien que l'Allemagne, la France et l'Italie seraient les principaux foyers d'accueil.

  • Le Royaume-Uni, l'Irlande et le Danemark ne seraient cependant pas automatiquement liés par ce mécanisme.
  • L'Allemagne assumerait la part la plus importante en accueillant 18,42% des réfugiés, devant la France (14,17%) et l'Italie (11,84%). L'Espagne en prendrait en charge un peu moins de 10%.

Ce système se diviserait en un mécanisme d'urgence, destiné à faire face à l'afflux actuel de demandeurs d'asile, et un mécanisme à plus long terme.

L'objectif est que tous les Etats membres se montrent solidaires, bien que certains aient la possibilité de l'être moins que d'autres. En vertu des traités en effet, le Royaume-Uni et l'Irlande disposent d'un opt-in qui leur permet de choisir de participer ou non à ce mécanisme, tandis que le Danemark dispose d'un opt-out, qui lui permet de choisir de sortir du mécanisme.



Et maintenant?

Le plan sera discuté par les ministres de l'Intérieur de l'UE le 15 juin à Luxembourg, puis soumis aux dirigeants lors du sommet de Bruxelles du 30 juin. "Il est fort probable qu'il va être massacré, comme l'a été le dernier plan d'action présenté par la Commission européenne en décembre 2013 après un naufrage près de l'île italienne de Lampedusa", ont confié  plusieurs responsables européens proches du dossier.

 

 

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés