L'Europe veut doubler le rythme des rénovations énergétiques des bâtiments

Le commissaire en charge du Climat Frans Timmermans présentait mercredi sa stratégie pour un parc immobilier neutre en carbone. ©EPA

Accélérer les rénovations est indispensable pour atteindre les objectifs climatiques de l'Union européenne. La Commission prévient: les bâtiments anciens devront se plier à des normes plus strictes.

L’écrasante majorité des bâtiments européens sont des passoires énergétiques dont on ne bouche pas assez rapidement les trous. Personne n’a attendu la Commission européenne pour faire le constat, mais la voici qui déroule une stratégie pour accélérer le chantier. Elle fixe cet objectif: rénover 35 millions de bâtiments inefficaces d’ici la fin de la décennie, une "vague de rénovations" sur le point de déferler sur le continent.

Après avoir proposé de porter à -55% l’objectif de réduction d’émissions de CO2 pour 2030, la Commission s’attaque à un parc immobilier responsable à lui seul de 36% des émissions du secteur énergétique. Plus de 220 millions de bâtiments - 85% des bâtiments - ont été construits avant 2001 et seront pour la plupart encore sur pied en 2050, date à laquelle l’Europe entend avoir atteint la neutralité carbone.

"En Belgique, le secteur est relativement prêt, mais il faut qu’en termes de main d’œuvre qualifiée on puisse susciter suffisamment de vocations."
Vincent Detemmerman
Confédération construction.

Au rythme actuel, les rénovations permettent de réduire la consommation énergétique des bâtiments de l'ordre de 1% par an. La Commission pense pouvoir porter ce rythme à 2% par an dans la période 2026-2029. Cela permettrait de réduire ces émissions de gaz à effet de serre de 60% par rapport à 2015, et au passage la consommation finale d'énergie des bâtiments – donc la note – de 14%.

Cette accélération de la transition immobilière devrait en outre être un axe clé de la relance "verte" et créerait d’ici la fin de la décennie quelque 160.000 emplois à travers l’Union, selon la Commission. "En Belgique, le secteur est relativement prêt, mais il faut qu’en termes de main d’œuvre qualifiée on puisse susciter suffisamment de vocations – on y travaille depuis un moment et je pense que ce projet au niveau européen va contribuer à créer l’élan nécessaire", observe Vincent Detemmerman, directeur Europe à la Confédération construction.

Public-privé

Deux leviers principaux doivent permettre de générer cette "vague": des financements et des règles plus sévères pour les propriétaires.

275
milliards
À l’échelle européenne, la trajectoire défendue par la Commission nécessitera chaque année 275 milliards d'euros d'investissements additionnels.

La Commission veut s'attaquer aux bâtiments les moins performants et à la précarité énergétique. Le plan entend cibler en particulier les ménages qui peinent à payer leur facture d'énergie – quelque 34 millions d'Européens. Rien que pour les logements sociaux, il faut mobiliser 57 milliards d'euros par an supplémentaires, estime la Commission. L'équipe d'Ursula von der Leyen mise aussi sur la rénovation des bâtiments publics comme les écoles, hôpitaux et administrations. Rien qu’en Belgique francophone, le niveau de sous-investissement dans les bâtiments scolaires a été estimé à 1,2 milliard d’euros au cours des trois dernières décennies. La fédération a mis sur pied le "chantier des bâtiments scolaires", des groupes de travail pour objectiver les besoins et trouver des mécanismes de financements – et notamment aller chercher une partie du plan de relance de l’UE.

À l’échelle européenne, la trajectoire défendue par la Commission nécessitera chaque année 275 milliards d'euros d'investissements additionnels. La Commission compte sur une combinaison de sources. Une part du plan de relance européen jouera un rôle (672,5 milliards d'euros dont 37% devraient être réservés aux dépenses "climatiques"), de même que les traditionnels fonds de cohésion du budget communautaire. Mais la clé est de mobiliser massivement l’investissement privé – les petits propriétaires devront mettre la main au portefeuille, aidés par les banques.

Des règles plus strictes

Et pour mobiliser les fonds privés, la Commission entend passer par l'outil réglementaire. Elle proposera l’an prochain de modifier les directives sur l’efficacité et la performance énergétiques des bâtiments.

"Les standards de performance […] créent des points de référence pour les propriétaires, investisseurs, financiers et entreprises sans créer de difficultés pour les plus vulnérables."
Commission européenne

Elle parle notamment d'obligations "plus fortes" en matière de certificats de performance énergétique, et de l'introduction phasée de standards de performance minimums pour les bâtiments existants. Ces standards, estime-t-elle, ont l'avantage de créer "des points de référence pour les propriétaires, investisseurs, financiers et entreprises sans créer de difficultés pour les plus vulnérables".

"En termes de bâtiments neufs, les normes énergétiques sont devenues sévères. Mais en Belgique, où le parc de bâtiments est relativement ancien, le neuf ne remplace pas l’ancien à un rythme effréné. Donc cette idée est intéressante, mais encore faut-il que les propriétaires puissent suivre", observe Vincent Detemmerman, qui défend une approche plus incitative.

Faudra-t-il demain isoler une maison qu'on achète comme on doit mettre son électricité aux normes? À quels niveaux de nouvelles obligations s'attendre, et à quelle échéance? La Commission planche sur des études d'impact avant de dévoiler ses cartes.

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