L'imprécision de la Grèce convainc les Allemands

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Le gouvernement grec avait transmis la liste très attendue de ses engagements de réformes, condition sine qua non pour l'extension de quatre mois d'un programme d'aide. Une liste sans échéances ni engagements chiffrés, et c'était délibéré, selon le ministre des Finances Varoufakis: "Nous sommes fiers de (son) niveau d'imprécision".

Dernier blocage aux aides internationales, accordant un répit à la Grèce, levé. Les députés allemands ont approuvé vendredi à une écrasante majorité l'extension de quatre mois décidée mardi par les Européens. Sur 587 votes exprimés, 542 députés ont voté pour cet allongement de quatre mois, au 30 juin 2015, du programme européen d'aides à la Grèce, 32 contre et 13 ont voté blanc.

Malgré la ligne dure adoptée par Berlin, soutenu par le nord de l'Europe mais aussi par certains pays du sud confrontés à l'austérité, un feu vert du Bundestag ne faisait aucun doute: non seulement les partis de la coalition (conservateurs de la chancelière Angela Merkel et sociaux-démocrates) disposent de 80% des 631 sièges à la chambre basse du Parlement allemand, mais même l'opposition (Verts et gauche radicale) soutient le texte.

Lors d'un vibrant plaidoyer pro-européen, avant le vote qui était prévu en fin de matinée, le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a exhorté les parlementaires à donner leur aval, tout en reconnaissant qu'il ne s'agissait "pas d'une décision facile" à prendre.

"Je demande à chaque député de ne pas désapprouver (l'extension des aides) car nous causerions à notre peuple et à notre avenir de trop gros dégâts", a-t-il souligné.

Pas de chantage

Face à des Allemands majoritairement opposés à un nouveau coup de pouce pour la Grèce, Wolfgang Schäuble a cherché à rassurer, insistant sur le fait qu'il ne s'agissait en aucun cas d'accorder de "nouveaux milliards à la Grèce" ou de modifier les termes du contrat passé avec un pays aux abois.

"Il s'agit avant tout d'accorder un délai à la Grèce pour pouvoir conclure avec succès le programme" d'aides de 2012 qui prévoyait le versement à la Grèce de 140 milliards d'euros de prêts, a-t-il martelé.

"La solidarité entre pays européens ne signifiait pas qu'on puisse se faire du chantage mutuellement"
Wolfgang Schaubel
ministre allemand des Finances

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a enjoint Athènes "à respecter ses obligations envers ses partenaires européens et le Fonds monétaire international", dans une interview à une radio allemande.

Non sans mal, cette extension a été arrachée mardi à l'issue d'un intense bras de fer entre Berlin et Athènes, au cours duquel le ton est monté très haut, notamment entre Schäuble et son homologue grec, Yanis Varoufakis.

En échange, le gouvernement d'Alexis Tsipras, élu fin janvier sur la promesse de porter un coup d'arrêt à la politique d'austérité défendue par l'Allemagne, s'est engagé à poursuivre ses réformes et les mesures d'économie.

Wolfgang Schäuble a une nouvelle fois tancé le gouvernement grec vendredi, assurant que la solidarité entre pays européens ne signifiait "pas qu'on puisse se faire du chantage mutuellement". Il a invité Athènes "à se tenir aux mesures (de rigueur) nécessaires" et ce "sans aucune réserve".

Il a cité en exemple d'autres pays européens dont la France qui, malgré "des débats difficiles (...) a mené de grandes réformes structurelles".

'Encore beaucoup de travail'

La chancelière, qui n'a jusqu'ici rencontré le Premier ministre grec Alexis Tsipras qu'une seule fois et brièvement à Bruxelles, avait prévenu mercredi qu'il restait "encore beaucoup de travail" après l'accord conclu entre Athènes et ses partenaires européens.

L'Allemagne a pris la tête des pays de l'Union européenne favorables à une ligne dure vis-à-vis des Grecs.

Depuis le début des plans de sauvetage pour la Grèce en 2010, les Allemands les ont toujours liés à des conditions strictes de réformes, soulignant que le pays à genoux avait provoqué lui-même ses maux, en favorisant la corruption et le clientélisme.

L'opinion allemande est très réservée. Seuls 21% des Allemands étaient favorables à une extension du programme d'aides, selon un sondage publié mercredi.

Vendredi, le quotidien le plus lu d'Europe, Bild, à la ligne éditoriale très anti-grecque, publiait même des selfies de lecteurs avec une pleine page du journal barrée d'un "NEIN!", afin de rejeter de nouveaux milliards pour Athènes.

D'autres pays du nord de l'Europe, comme les Pays-Bas, la Finlande ou les pays Baltes, ont également adopté un ton très dur vis-à-vis d'Athènes. Mais, plus nouveau, certains pays du sud comme le Portugal ou l'Espagne étaient aussi en pointe pour réclamer que la Grèce se serre encore la ceinture.

Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a déclaré vendredi avoir présenté délibérément un programme de réformes flou pour s'assurer l'aval des parlements de la zone euro à un prolongement de l'aide à Athènes.

Le gouvernement grec a transmis en début de semaine la liste très attendue de ses engagements de réformes, condition posée par ses partenaires européens et le FMI à l'extension de quatre mois d'un programme d'aide et au paiment à ce titre de 7,2 milliards d'euros de prêts non encore perçus.

La liste ne comporte pas d'échéances ni d'engagements chiffrés, mais c'est délibéré, a expliqué M. Varoufakis sur les ondes de la chaîne de télévision Antenna TV vendredi, évoquant une "imprécision productive".  "Nous sommes fiers de (son) niveau d'imprécision", a dit le ministre.

Il a expliqué avoir eu des entretiens avec certains de ses homologues de la zone euro qui l'ont enjoint à ne pas mentionner de chiffres dans le document "sinon cela ne serait pas approuvé par leurs parlements".

Dans la liste présentée à la zone euro, le gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras s'engage à lutter contre la fraude et la corruption, réduire les dépenses de l'Etat, ne pas revenir sur les privatisations effectuées, et coopérer avec les institutions internationales. Tous ces engagements doivent être traduits en projets législatifs et mesures concrètes dans les semaines à venir.

Varoufakis a également reconnu qu'à l'heure actuelle "les coffres (de l'Etat) sont vides", alors que le pays doit rembourser des prêts, notamment au FMI, en mars.

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