"L'investissement public doit être la priorité de 2021"

Les investissements publics dans les infrastructures comme les dépenses d'éducation ou de santé doivent reprendre, plaide le Comité budgétaire européen. ©BELGA

Le groupe d'experts de la Commission plaide pour permettre aux États d’investir l'an prochain et pour doter l’Union d’une capacité d’investissement permanente.

Après la crise, la reprise: le rebond est attendu pour l’an prochain... Mais qu’en fera-t-on, de ce rebond? Réponse des experts indépendants qui conseillent la Commission en matière de politique budgétaire: oubliez l’austérité, investissez.

"Les taux d'intérêt très bas offrent une opportunité unique pour les gouvernements d'investir dans l'avenir."
Comité budgétaire européen

Le Comité budgétaire européen, créé pour évaluer le cadre budgétaire de l'Union et suggérer des évolutions futures, publiait mercredi ses recommandations sur l’attitude que les trésoriers publics devraient prendre en 2021. Côté pile, la crise les a poussés à prendre des mesures de stimulus – elles atteindraient 9% du PIB de la zone euro en comptant les stabilisateurs automatiques. Côté face, il n'est généralement pas prévu de les prolonger l'an prochain. Mauvaise idée, disent ces experts.

Car même dans les scénarios les plus optimistes, la reprise ne sera que partielle en 2021, aussi est-il "souhaitable" de prolonger des mesures de soutien budgétaire. Pour l'an prochain, "la priorité devrait être donnée à l'investissement public et plus généralement aux dépenses publiques favorisant la croissance" (comme l'éducation ou la santé), écrivent-ils.

Sous-investissement

Les gouvernements ont tendance à couper dans l'investissement quand les finances sont mises sous pression, la crise risque donc de faire baisser des investissements publics historiquement bas. L'an dernier, leur niveau n'était encore qu'à 2,8% du produit intérieur brut (PIB) dans la zone euro, toujours "sous son modeste niveau moyen de 3,2% d'avant la crise financière".

Plus grave: ces faibles investissements servent largement à remplacer ou maintenir les actifs existants. L'investissement public net, celui qui mise dans l'avenir, a été proche de zéro ces dernières années. Situation d'autant plus paradoxale que les taux d'intérêts très bas "offrent une opportunité unique pour les gouvernements d'investir dans l'avenir".

Ne pas réactiver les règles trop tôt

Le 23 mars dernier, pour permettre les dépenses de relance, l’Union a suspendu les règles budgétaires communes. Or un retour prématuré du carcan risque de couper l’herbe sous les pieds des gouvernements qui souhaiteraient investir. La commission n’a pas précisé dans quelles conditions elle compte les réactiver - tout au plus vient-elle d’indiquer que qu'elle réexaminera la question dans le courant du premier semestre 2021.

Le Comité budgétaire, lui, demande des "clarifications" au plus tard au printemps et plaide pour que la croissance du PIB ne soit pas l'indicateur-clé retenu pour orienter la décision: l'Europe s'attend à un rebond de l'ordre de 5 à 6% du PIB pour 2021, mais ce ne sera qu'un effet mécanique et partiel. Il y aurait donc "davantage de sens" à utiliser le niveau de PIB d'avant crise comme référence.

Un budget permanent

C'est un poncif: la crise du Covid-19 a souligné une nouvelle fois la difficulté pour l'Europe de gérer des chocs importants en l'absence de capacité d'emprunt collective – les Vingt-Sept tenteront le 17 juillet de trouver un accord pour en créer une qui alimenterait le plan de relance 750 milliards d’euros proposé par la Commission. En attendant, un fardeau démesuré a une nouvelle fois été posé sur les épaules de la Banque centrale européenne (BCE).

"La capacité budgétaire centralisée serait un outil efficace pour élever les projets d'investissement transnationaux pour investir dans des infrastructures physiques comme les réseaux transfrontaliers d'énergie, de communication ou de transport."
Comité budgétaire européen

Pour retrouver l'équilibre, le groupe d’experts plaide pour l'établissement d'une capacité budgétaire permanente. Elle "serait un outil efficace pour élever les projets d'investissements transnationaux afin d'investir dans des infrastructures physiques telles que les réseaux transfrontaliers d'énergie, de communication ou de transport." Le débat n’est pas neuf, est-ce à dire qu’il mûrit?  

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