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analyse

L'Italie met en danger la zone euro

©REUTERS

Le gouvernement italien persiste malgré la décision historique de la Commission. Son inflexibilité pourrait coûter cher aux Italiens, mais aussi à toute l’Europe.

Pour la première fois de son histoire, la Commission européenne rejette les plans budgétaires d’un des Etats membres l’Union européenne. L’Italie a trois semaines pour rentrer dans l’orthodoxie budgétaire européenne. À défaut, elle s’expose à une procédure en déficit excessif.

Pour le commissaire aux Affaires européennes Pierre Moscovici, il s’agit d’une déviation "claire, nette et pour certains assumée".

Une provocation italienne

L’inflexibilité du gouvernement italien, composé de populistes (M5S) et de l’extrême droite (La Ligue), est éminemment politique. En visant un déficit budgétaire de 2,4% du PIB italien en 2019, le Premier ministre Giuseppe Conte joue la provocation pure et simple. Un projet de budget prévisionnel à ce point inadéquat ne pouvait que susciter un rejet de la Commission. La Ligue et le M5S, deux partis eurosceptiques, ont sciemment posé l’Italie en victime de la "dictature" de Bruxelles. 

Certes, la ligne rouge du déficit à 3% du PIB fixée par le Traité n’est pas dépassée. Mais la gravité de la dette italienne, de 131% du PIB, n’autorise pas à prendre le moindre risque. "C’est le deuxième niveau de dette le plus élevé en Europe et dans le monde, en 2017 cela représentait 37.000 euros par habitant", dit le vice-président de la Commission, Valdis Dombrowski.

Pour se montrer ouvert au dialogue, Rome s’est engagé, avant le rejet de son budget, à ne pas dépasser le niveau de déficit de 2,4%, et à le réduire à 2,1% en 2020, puis à 1,8% en 2021. Cela ne suffit pas pour la Commission.

L’Italie devrait persister

S’il reste fidèle à sa stratégie, le gouvernement italien devrait rester sourd aux demandes de la Commission. "Cela ne change rien", a réagi le ministre de l’Intérieur et chef de file de la Ligue, Matteo Salvini.

La décision de la Commission Juncker est, elle aussi, politique. À sept mois des élections, les conservateurs pro-européens lèvent leur bouclier face à la montée de l’extrême droite. Mais on ignore jusqu’où ce bras de fer avec l’Italie peut la mener, étant donné l’absence de précédent.

"Cela ne change rien."
Matteo Salvini
ministre italien de l'Intérieur

Il faudra des mois à l’UE pour adopter des sanctions pour déficit excessif, ce qui laisse au gouvernement italien une marge pour exploiter un sentiment national floué par l’Union européenne. Cette attitude pourrait, dans un premier temps du moins, renforcer le camp la Ligue et du M5S.

À long terme, l’Italie risque de payer cher son jeu eurosceptique. Comme l’ont démontré les déboires de la Grèce, s’opposer à la Commission européenne a ses limites. S’il est facile de la diaboliser, il est moins simple de se confronter à la réalité.

La crainte d’un effet domino

La dette est une manière insupportable faire peser aux générations futures les excès du présent, sous prétexte de relancer une économie. Le danger d’une dette pharaonique ne se limite pas aux frontières de l’Italie. Nous ne sommes plus dans une Europe du XIXe siècle où chaque nation concevait isolément sa politique budgétaire et faisait la guerre au voisin pour contrebalancer ses erreurs. C’est toute l’Union européenne qui est menacée en cas d’effondrement de l’économie italienne. Comme le rappelait à juste titre Manfred Weber, le président du PPE, "il ne faut pas de dette élevée et ce n’est pas simplement une question italienne, cela aura un impact sur les autres pays européens".

Pour le chef de file des socialistes Udo Bullmann, c’est encore plus clair. "Ce que propose le gouvernement italien ce n’est pas de la croissance ou le financement d’une politique sociale, c’est un affrontement entre l’Italie et les institutions européennes."

"Ce que propose le gouvernement italien ce n’est pas de la croissance ou le financement d’une politique sociale, c’est un affrontement entre l’Italie et les institutions européennes."
Udo Bullmann
chef de file S&D

Ces discours, pas plus que ceux de la Commission Juncker, n’ont aucune prise sur l’extrême droite italienne et sur les populistes, dont fait partie le Premier ministre Giuseppe Conte. "Il n’y a pas de plan B. J’ai dit que le déficit à 2,4% serait le cap. Et je peux dire que ce sera notre cap", a-t-il dit mardi à l’agence financière Bloomberg.

À ce stade, seule une réaction fortement négative des marchés pourrait infléchir le gouvernement italien. 

Si le Premier ministre Giuseppe Conte maintient son cap, il met en danger non seulement l’Italie, mais aussi la zone euro et l’économie européenne.

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