L'Italie, syndrome d'une Europe qui doit changer d'urgence, disent les députés

L'eurodéputé Guy Verhofstadt (ALDE) a défendu devant l'hémicycle le maintien de l'Italie dans une zone euro réformée (ici lors de la session plénière de décembre). ©EPA

À Strasbourg, la crise politique italienne et ses conséquences économiques déchaîne les passions des eurodéputés. Ils sont largement d'accord pour dire que la Botte est le syndrome d'une Europe qui doit changer: avancer vers plus d'intégration pour les uns, reculer pour les autres.

Après la sortie très commentée du commissaire Gunther Oettinger sur les marchés qui orienteront les choix des électeurs italiens, le dérapage européen de ce mercredi sur l’Italie est à nouveau venu d’un Allemand. L’eurodéputé Markus Ferber (CSU, en cartel avec le parti d'Angela Merkel), a estimé mercredi depuis le Parlement européen à Strasbourg que "dans le pire des scénarios, la troïka devrait envahir (sic) Rome et prendre le trésor en main". Parallèlement à cette intervention au micro de la télévision publique ZDF, les eurodéputés ont beaucoup parlé du cas italien dans l’hémicycle, profitant d’un échange avec le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel pour dresser leur état des lieux.

Pour le groupe des Conservateurs et réformistes (dont fait parie la N-VA), un autre Allemand, Hans-Olaf Henkel, a plaidé pour un retour pur et simple à la lire. "Il vaut mieux avoir une Italie saine avec sa propre devise plutôt qu'un patient malade au sein de l'euro", a-t-il estimé en soulignant que le pays "souffre d'une monnaie trop forte alors que l'industrie allemande engrange des excédents énormes à cause d'une monnaie trop faible pour elle".

"Ce dont l'Italie a à faire, c'est ce qu'a commencé à faire la France : des réformes, des réformes, des réformes. Et alors l'Italie sera sauvée."
Guy Verhofstadt
Président du groupe libéral (ADLE) au Parlement européen.

Un point de vue taillé en pièces par le Belge Guy Verhofstadt (ADLE, dont font partie MR et Open Vld). Pour lui, le problème n’est pas la crise politique italienne en tant que telle: "Je crois que le vrai problème c'est que chaque fois qu’il y a une crise politique dans un Etat membre important de notre zone euro, ça se transforme en crise de toute la zone euro", a-t-il dit.

Si les spreads montent sous l'effet d'une crise politique, mettant en difficulté les banques et grevant la confiance dans l'économie, "c’est parce que notre monnaie unique est inachevée. Nous avons la seule monnaie au monde derrière laquelle il existe seulement une autorité monétaire, mais pas d'autorité politique, pas d'autorité budgétaire", a poursuivi le libéral au cours d'un tour de table des présidents de groupe politique. Pour casser cette logique, l’Union doit avancer, mettre en place un gouvernement de la zone euro, une capacité budgétaire de la zone euro, un ministre des Finances, une union bancaire complétée, a-t-il encore plaidé. Une solidarité entre Etats membres d’une part, des réformes en Italie d’autre part, qui doit faire selon lui "ce qu'a commencé à faire la France: des réformes, des réformes, des réformes. Et alors l'Italie sera sauvée".

Un double échec

Sa collègue portugaise Maria Joao Rodrigues (S&D, dont font partie PS et sp.a) estime pour sa part que la situation italienne a été créée par deux échecs européens: "Parce qu'on n'a pas pu gérer ensemble la crise migratoire et parce que on n'a pas vraiment dépassé la crise de la zone euro, on a créé une combinaison explosive de régions avec une grande pression migratoire en même temps qu'un niveau de chômage très élevé."

Le conseil européen de la fin juin sera donc un événement décisif, souligne-t-elle, puisqu’il montrera le degré d’ambition des États membres "à la fois la réforme de la politique migratoire européenne et une vraie réponse à la crise de la zone euro".

À l'heure où l'Italie fait planer sur la zone euro l'ombre d'une nouvelle crise majeure, les députés européens sont au moins d'accord sur une chose: changez tout, l'euro ne tient pas debout.

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