La BCE garde son principal taux à 1%

La Banque centrale européenne n'a pas modifié ses taux directeurs jeudi, comme prévu par les marchés, ces derniers attendant surtout des éclaircissements sur les mesures exceptionnelles prises le mois dernier.

La Banque centrale européenne a décidé jeudi de laisser son principal taux d'intérêt directeur inchangé à 1%, une décision sans surprise pour les marchés qui attendent surtout des déclarations apaisantes de son président Jean-Claude Trichet sur la zone euro.

Le taux est fixé à ce niveau historiquement bas depuis mai 2009.

Jean-Claude Trichet, qui va tenir à partir de 14h30 une conférence de presse, va devoir relever "un formidable défi de communication", estime James Nixon, économiste de la Société Générale.

"Les platitudes habituelles sur les taux d'intérêt qui restent appropriés même si les incertitudes restent élevées ne vont pas suffire cette fois", estime l'expert. Les nouvelles prévisions trimestrielles de la BCE, prévues aussi pour jeudi, ne susciteront sans doute pas le même intérêt que d'ordinaire.

M. Trichet devra s'expliquer surtout sur la stratégie d'achat d'obligations publiques de la BCE, entamée il y a un mois. Elle s'est concentrée jusqu'ici sur des titres de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal, selon les opérateurs de marché, et l'ampleur des achats a diminué de semaine en semaine.

S'il veut "améliorer la confiance des marchés financiers européens, il doit fermement redire que le programme d'achat est illimité (...) aussi bien dans son volume que dans son étendue", juge la banque Credit Suisse dans une note d'analyse.

Le président de la Bundesbank et membre influent de la BCE, Axel Weber, a martelé ces dernières semaines qu'il était favorable à des achats limités. Ces derniers devront prendre fin à son avis quand le mécanisme de soutien européen et du FMI, doté de 750 milliards d'euros, sera mis en place. Cela devrait être chose faite dans le courant du mois de juin.

L'efficacité de la mesure, qui a terni l'image d'indépendance de la BCE, est globalement mise en doute. Un mois après son lancement, les investisseurs se reportent sur les obligations allemandes, valeur refuge par excellence, et boudent celles des autres pays de l'euro, et pas seulement des Etats dits périphériques (Grèce, Espagne, Portugal, Italie, Irlande) en grande difficulté budgétaire.

Et malgré le soutien de la BCE et l'adoption d'un sévère plan d'économies budgétaires, Lisbonne a emprunté mercredi sur le marché à des conditions nettement plus défavorables qu'il y a un mois.

Jean-Claude Trichet va aussi être interrogé sur la montée des tensions sur le marché interbancaire. Les banques de la zone euro préfèrent déposer leurs liquidités auprès de la BCE au lieu de les prêter à d'autres consoeurs, une aversion au risque qui rappelle la période de la faillite de Lehman Brothers. Ce comportement est potentiellement dangereux pour le crédit, et la très fragile reprise économique en cours.

Mercredi, elles ont déposé 368,9 milliards d'euros, un nouveau record, selon les derniers chiffres disponibles.

La BCE serait bien inspirée d'étendre de nouveau ses mesures exceptionnelles d'aides, en annonçant par exemple d'autres opérations de refinancement sur six mois qui donneraient une bouffée d'oxygène aux établissements en mal de "cash", estime des économistes.

A la fin 2009, elle avait décidé d'alléger son dispositif, entamant une sortie de crise. Mais la débâcle budgétaire de la Grèce et son débordement sur le reste de la zone euro l'ont forcé à faire marche arrière, et elle a déjà dû réactiver certaines mesures en mai.

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