analyse

La BCE plus déterminée que jamais à soutenir la zone euro

Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a évoqué une "incertitude exceptionnelle" lors de sa conférence de presse. Selon elle, la zone euro subit "une chute brutale de l'activité économique, du fait de la pandémie de coronavirus et des mesures prises pour la contenir". ©EPA

La Banque centrale européenne a gonflé l'enveloppe globale de son programme d'achats d'urgence face à la pandémie, tout en le prolongeant jusque juin 2021 "au moins". Actant une crise sans précédent, elle a également abaissé ses prévisions économiques à court terme.

La Banque centrale européenne (BCE) est bien décidée à prendre le taureau par les cornes pour faire face à la crise "sans précédent" qui menace la zone euro. Et pour cela, elle mise sur son meilleur atout du moment: le programme d'achats d'urgence face à la pandémie (PEPP). L'institution monétaire a annoncé ce jeudi gonfler son enveloppe de 600 milliards d'euros pour qu'elle atteigne un total de 1.350 milliards d'euros contre les 750 milliards prévus initialement.

1.350
milliards d'euros
L'enveloppe globale du programme d'achats d'urgence face à la pandémie (PEPP) de la BCE a été gonflée de 600 milliards d'euros pour atteindre 1.350 milliards. Programme qui est par ailleurs prolongé jusque juin 2021 "au moins".

Qui plus est, le programme - qui devait se terminer en décembre - a été prolongé "jusqu'au moins juin 2021". La BCE compte par ailleurs réinvestir les titres qui arriveraient à échéance "jusqu'au moins fin 2022".

"Ces mesures étaient largement attendues car au rythme actuel, la BCE aurait atteint les limites du programme en septembre, explique Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam. Christine Lagarde (sa présidente, NDLR) a néanmoins délivré plus que prévu et a ainsi démontré un fort engagement monétaire pour soutenir la liquidité des émetteurs. Le marché du crédit non-financier sera ainsi largement soutenu par ces mesures car ces achats seront capable d’absorber non seulement les émissions à venir mais en plus, le volume net d’émission sera significativement négatif à -200 milliards d’euros en 2020."

La BCE trop optimiste?

Avec ces décisions, prises par un large consensus au sein des gouverneurs, la BCE veut montrer qu'elle est prête à faire tout ce qu'il faudra pour soutenir la zone euro. Il faut dire que nous vivons dans un contexte économique difficile. L'institution monétaire a abaissé ces prévisions de croissance et d'inflation pour 2020 et les deux prochaines années. Elle table désormais sur une chute du produit intérieur brut (PIB) de 8,7% cette année.

"Christine Lagarde a délivré plus que prévu et a ainsi démontré un fort engagement monétaire pour soutenir la liquidité des émetteurs."
Nicolas Forest
Responsable de la gestion obligataire chez Candriam

La zone euro subit "une chute brutale de l'activité économique, du fait de la pandémie de coronavirus et des mesures prises pour la contenir", a indiqué Christine Lagarde. Elle s'attend cependant à une reprise à partir du second semestre 2020 et prévoit une croissance de 5,2% en 2021 et de 3,3% en 2022. 

Un scénario "un peu optimiste" selon Bernard Keppenne, économiste en chef pour CBC Banque. "Je suis surpris par les nouvelles prévisions de la BCE alors que l'on manque encore de visibilité. Certes les derniers indicateurs remontent mais on est encore loin d'une reprise." Notons que ces nouvelles prévisions sont le scénario de base de la banque centrale et que deux autres existent. Le plus sombre d'entre eux prévoit notamment une chute de PIB de 12,6% en 2020.

Côté inflation, la BCE a également abaissé ses prévisions à court terme. Elle table sur une inflation de 0,3% cette année (contre 0,8% auparavant), de 0,8% en 2021 et de 1,3% en 2022.

Hausse de l'euro et baisse des spreads

Les marchés financiers ont plutôt bien réagi aux annonces de la banque centrale. En particulier l'euro   et les obligations d'Etat. L'écart entre le taux italien à 10 ans et le Bund allemand s'est réduit de 17 points de base.

Les grands indices actions ont par contre clôturé dans le rouge. Certains investisseurs n'ont pas apprécié le fait que le PEPP n'inclut toujours pas les obligations d'entreprise notées en catégorie spéculative, les "junk bonds". "Bien sûr, la BCE ne règle pas tous les problèmes liés à cette récession exceptionnelle, mais elle donne ici du temps et un soutien significatif aux Etats et aux entreprises. L’investisseur n’a qu’à bien se tenir s'il veut jouer contre la Banque centrale dans les prochains mois!", avertit Nicolas Forest. 

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