La BCE réduit ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019

Ce jeudi, la Banque centrale européenne (BCE) a entériné l'arrêt de son vaste programme de soutien à l'économie en zone euro qui s'est traduit par l'injection de liquidités à hauteur de 2.600 milliards d'euros. L'institution a laissé ses taux directeurs inchangés.
  • → Ce qu'il faut retenir

    • La BCE a délivré jeudi un message nuancé sur la conjoncture, assombrissant les perspectives de croissance tout en se montrant optimiste sur l'évolution de l'inflation
    • Elle a opéré un tournant historique en entérinant l'abandon, fin décembre, de son vaste arsenal anti-crise, son programme de rachat d'actifs
    • Côté conjoncture, le produit intérieur brut de la zone euro ne devrait plus croître que de 1,9% cette année et 1,7% l'an prochain, contre 2,0% et 1,8% lors des précédentes prévisions de l'institut en septembre
    • Les derniers développements économiques, marqués par une succession d'indicateurs décevants, suggèrent "une dynamique de croissance plus faible qu'auparavant", a résumé Mario Draghi
    • Après "une année 2017 extraordinaire", marquée par une croissance de 2,3% pour l'ensemble de la zone, l'économie européenne devrait redescendre "vers son potentiel" et intégrer les turbulences du moment
    • Les risques pesant sur l'économie en zone euro "évoluent désormais à la baisse" tout en demeurant "globalement équilibrés", a déclaré le président de la BCE, une formule témoignant, dans le jargon de la BCE, d'un pessimisme accru
    • Parmi les incertitudes, le banquier italien a cité "les facteurs géopolitiques, la menace du protectionnisme, les fragilités des marchés émergents et la volatilité des marchés financiers". Des "facteurs spécifiques à certains pays ou secteurs" ont aussi pesé, a-t-il ajouté, dans une claire allusion à la désorganisation du secteur automobile allemand après l'entrée en vigueur de nouvelles normes antipollution
    • Le patron de la BCE s'est néanmoins montré confiant sur la trajectoire de l'inflation, unique objectif officiellement fixé par l'institution de Francfort. Pour sa première projection concernant 2021, l'institut table ainsi sur une hausse des prix de 1,8%, conforme à son mandat d'un niveau "légèrement inférieur à 2% sur le moyen terme". Dans l'intervalle, l'inflation devrait s'établir à 1,8% cette année, 1,6% l'an prochain et 1,7% en 2020 - contre 1,7% lors des précédentes prévisions de septembre pour ces trois années. 
  • Les rachats d'actifs pourront être réactivés

    Le vaste programme de rachats d'actifs "fait désormais partie de la boîte à outils" de l'institution et pourra être réactivé, a indiqué Mario Draghi. Cet arsenal historique baptisé "QE" est "permanent" et "peut être considéré comme potentiellement utilisable" en fonction des "circonstances", a-t-il ajouté, signe de la marge de manoeuvre qu'entend garder l'institution en cas de dégradation économique.

  • La BCE veut aligner son portefeuille sur son capital

    La BCE ajustera progressivement la composition de son portefeuille d'obligations souveraines pour l'aligner sur la répartition de son capital entre les Etats membres.

    Le programme d'achats d'obligations souveraines lancé en 2015 l'a conduite à acquérir davantage de titres français, italiens et espagnols que prévu par la stricte application de la "clé de répartition" fondée sur les participations respectives des Etats à son capital.

    La BCE se fixe pour principe de base de réinvestir les capitaux issus de l'arrivée à échéance des titres qu'elle détient dans le pays ayant émis les titres échus. "Mais la répartition du portefeuille entre les pays continuera d'être ajustée avec pour objectif d'amener (...) le portefeuille à s'aligner plus étroitement sur (...) la clé de répartition", a précisé Draghi.

    Pour éviter de perturber les marchés, certains responsables de la BCE souhaitent maintenir la répartition du portefeuille obligataire de la banque centrale à son niveau du 31 décembre, ont déclaré plusieurs sources à Reuters ces dernières semaines.

    D'autres, notamment dans les pays pour lesquels les achats de titres ont été inférieurs à leur part théorique, ont plaidé pour une application stricte de la clé de répartition.

  • La BCE a réaffirmé juger "globalement équilibrés" les risques pesant sur les perspectives de croissance de la zone euro, mais elle a reconnu que les risques à la baisse étaient en train de prendre de l'importance.

    "Les risques pesant sur les perspectives de croissance de la zone euro peuvent encore être considérés comme globalement équilibrés."
    Mario Draghi
    président de la BCE

  • Une décision unanime

    "La décision sur les réinvestissements a été unanime", affirme Draghi. 

  • La BCE plus pessimiste concernant les risques sur l'économie

    La Banque centrale européenne a assombri jeudi son évaluation des risques pesant sur l'économie en zone euro, pour tenir compte de la dégradation des relations commerciales et de la conjoncture, a indiqué son président Mario Draghi.

    Au lieu d'être "globalement équilibrés", selon la formule répétée depuis des mois, ces risques sont désormais "orientés à la baisse", a déclaré Mario Draghi, une marque de pessimisme guettée de près par les observateurs.

  • LA BCE PRÉVOIT POUR LA ZONE EURO UNE CROISSANCE DE 1,9% EN 2018 (CONTRE 2% PRÉVU EN SEPTEMBRE)

  • LA BCE PRÉVOIT UNE CROISSANCE DE 1,7% EN 2019 (CONTRE 1,8% PRÉVU EN SEPTEMBRE)

  • La BCE ne modifie pas ses taux directeurs et arrête le QE

    Comme attendu, la BCE ne touche pas à ses taux directeurs et a décidé de mettre un terme à son programme de rachats d'actifs.

    La Banque centrale européenne a maintenu jeudi ses taux directeurs au plus bas et compte laisser ce niveau inchangé "au moins jusqu'à l'été 2019". Le principal taux de refinancement a été maintenu à zéro tandis que les banques vont continuer à payer auprès de la BCE un intérêt négatif de 0,40% pour les liquidités dont elles n'ont pas l'utilité immédiate.

    La BCE a, en outre, acté ce jeudi l'arrêt en fin d'année de son programme historique de rachats nets d'actifs, lancé en 2015 pour stimuler l'économie et qui a déjà permis d'injecter 2.600 milliards d'euros. L'institution renouvellera néanmoins "pendant une période prolongée" les titres arrivant à échéance, maintenant ainsi des conditions de financement favorables pour ne pas mettre en danger la reprise au moment où les risques s'accumulent sur la conjoncture.

  • Le programme du Draghi day

    La BCE publiera à 13h45 son traditionnel communiqué de presse portant sur ses décisions monétaires.

    A 14h30, son président, Mario Draghi, tiendra une conférence de presse. Il présentera les prévisions macro-économiques de l'institution.

    Vous pouvez suivre cette conférence de presse en direct ici:

    La conférence de presse de la BCE.

  • Le risque américain

    Si le patron de la BCE Mario Draghi a balayé vers la mi-novembre le risque de récession en zone euro, il s'inquiète notamment de la montée des tensions politiques et sociales: entre les "gilets jaunes" en France et la coalition "populiste" en Italie qui mène un bras de fer avec l'UE sur son budget.

    Sans parler du contexte européen général de crise avec l'impasse autour des conditions du Brexit ou des inquiétudes internationales liées au climat de guerre commerciale.

    Le vice-président de la BCE Vítor Constancio s'est particulièrement inquiété des risques pour la zone euro en provenance des Etats-Unis, dans une interview mercredi au Handelsblatt. "Comme beaucoup d'autres, je m'attends en 2020 à ce que les Etats-Unis connaissent un sérieux ralentissement et exportent une récession dans de nombreuses parties du monde", a-t-il dit.

    Comme beaucoup d'autres, je m'attends en 2020 à ce que les Etats-Unis connaissent un sérieux ralentissement et exportent une récession dans de nombreuses parties du monde.
    Vítor Constancio
    Vice-président de la BCE

    La BCE pourrait dans ce contexte réviser jeudi à la baisse ses prévisions macro-économiques pour 2018 et 2019. Les économistes scruteront aussi ses premières estimations pour 2021. Alors que la BCE voudrait que l'inflation en zone euro converge durablement vers son objectif, le taux a décéléré en novembre à 2% sur un an, après 2,2% en octobre. Surtout, en éliminant les prix volatils du pétrole et des denrées alimentaires, l'évolution des prix reste scotchée à près d'1%.

    Pour ce qui est des taux d'intérêt directeurs, l'institution de Francfort doit confirmer son intention de les maintenir au plus bas "au moins" jusqu'à l'été 2019.

  • La BCE aurait dû cesser son programme d'assouplissement quantitatif et sa politique de taux d'intérêt négatifs depuis longtemps.
    Thomas Mayer
    Directeur de l'institut Flossbach von Storch

  • 2.600 milliards €
    Assouplissement monétaire
    La Banque centrale européenne (BCE) aura injecté à fin décembre la somme faramineuse de 2.600 milliards d'euros sur le marché dans le cadre de son programme de rachats d'actifs.

  • La fin de l'assouplissement monétaire

    La BCE opère jeudi un tournant majeur en entérinant l'arrêt de son vaste programme de soutien à l'économie en zone euro, malgré les nuages qui s'accumulent pour la croissance. Concrètement, l'institut monétaire de Francfort doit commencer en douceur à mettre fin aux achats nets de dette privée et publique qu'il a mis en place il y a trois ans et demi en vue de soutenir l'activité et donc les prix. 

    Un arsenal anti-crise qui a sans doute évité une déflation à la zone euro et une crise économique d'ampleur historique, à un moment où elle commençait à peine à se remettre de la crise de la dette. Un programme inédit en Europe et qui continue à susciter la controverse car il est perçu par ses détracteurs, en Allemagne et dans d'autres pays du nord de l'Europe très rigoristes sur le plan monétaire, comme une manière pour la BCE d'aider indirectement les gouvernements.

    Aujourd'hui, la fin de ce programme appelé QE ("Quantitative easing") se justifie "car il n'y a plus de risque sérieux de déflation", estime Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo BHF. En même temps, l'institution va réaffirmer qu'elle entend conserver le cap expansif de sa politique "pour ne pas mettre en danger la reprise, condition nécessaire au retour de l'inflation vers sa cible" proche de 2%, ajoute-t-il.

    Pour le reste, le conseil des gouverneurs de la BCE maintiendra selon toute attente les taux directeurs à leur plus bas niveau et il donnera des précisions sur le réinvestissement intégral des actifs ramassés dans le cadre du QE.

    Malgré tout, la BCE "va laisser ses options ouvertes quant à la trajectoire future de sa politique", pronostique Capital Economics. Car le début de ce resserrement monétaire survient au moment où les risques sur la croissance en zone euro se précisent. Et font craindre du coup que cela ne contribue encore plus au ralentissement conjoncturel qui se dessine.

    Mario Draghi, le président de la BCE. ©EPA



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