analyse

La BCE reste "à un pas" d'une baisse de taux

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La Banque centrale européenne a sans surprise décidé d'un nouveau statu quo, prolongeant uniquement la période pendant laquelle ses taux directeurs vont rester bas. Le bazooka monétaire devrait attendre que les risques baissiers soient plus menaçants.

La Banque centrale européenne (BCE) a réussi un coup de force ce jeudi: se montrer accommodante sans trop l'être. D'un côté, elle a laissé inchangés ses taux d'intérêt directeurs. L'institution monétaire a même repoussé les perspectives d'une hausse de taux de sept mois supplémentaires. Ils resteront donc à des niveaux historiquement bas au moins jusque juin 2020. Lors de la conférence de presse, son président Mario Draghi a indiqué que plusieurs membres du Conseil des gouverneurs ont évoqué une baisse de taux, voire la mise en place d'un nouveau programme d'assouplissement quantitatif.

D'un autre côté, la BCE s'est dite confiante dans l'avenir, soulignant la résilience de l'économie européenne. Un jeu d'équilibriste qui a laissé certains observateurs perplexes. "Jamais je n'avais vu une telle ambiguïté de la part de Mario Draghi, au contraire de certains de ses prédécesseurs", commente Bernard Keppenne, économiste en chef de CBC Banque. "Mario Draghi a dit tout et son contraire lors de sa conférence de presse. C'est la première fois qu'il ne donne pas un message clair."

"La BCE achète du temps. Elle ne veut pas sortir son bazooka monétaire maintenant. Elle préfère voir comment la situation va évoluer dans les prochains mois".
Frank Vranken
stratégiste en chef de Puilaetco Dewaay

Des prévisions légèrement modifiées

Mario Draghi a une nouvelle fois pointé le regain de protectionnisme dans le monde, évoquant à demi-mots la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, le Brexit et la crise italienne. Mais dans les faits, la BCE ne perçoit pas de réel impact sur l'économie de la zone euro. En témoigne les légers changements que la BCE a effectué dans ses projections économiques:

  • Pour 2019, elle table sur une croissance de 1,2% (contre 1,1% auparavant) et une inflation à 1,3% (contre 1,2%)
  • Pour 2020, elle s'attend à une croissance de 1,4% (contre 1,6% avant) et une inflation à 1,4% (contre 1,5%)
  • Pour 2021, elle prévoit une croissance de 1,4% (contre 1,5% précédemment) et une inflation à 1,6% (inchangée)

Ce qui expliquerait pourquoi la BCE n'a pas décidé d'abaisser ses taux directeurs. "En résumé, les nouvelles prévisions n’offraient pas suffisamment d’espace pour agir", souligne Carsten Brzeski, éconmiste en chef d'ING Allemagne. D'autres observateurs vont plus loin dans leurs explications. Vincent Juvyns, stratégiste chez JP Morgan Asset Management, estime que "réouvrir les vannes monétaires (en annonçant un nouveau programme d'assouplissement quantitatif, NDLR) n'aurait eu aucun effet". Car les principaux facteurs qui pèsent sur la zone euro sont exogènes et la BCE ne peut rien y faire.

Les modalités des TLTRO

Le président de la BCE a toutefois précisé que l'institution monétaire se tenait prête si l'économie européenne venait à se détériorer dans les prochains mois. "Cela signifie qu'elle a rejoint le choeur des banques centrales qui ont déjà adopté de nouvelles mesures d'assouplissement ou qui les envisagent", estime Cartsen Brzeski. Selon lui, "la BCE n’est plus qu’à un pas de nouveaux stimuli".

Dans l'immédiat, elle a donné les modalités de son nouveau programme de prêts géants aux banques, baptisé TLTRO III. Lancés en sept vagues entre septembre prochain et mars 2021, avec chaque fois une échéance de deux ans, ils seront accordés à des taux variant de -0,30% à +0,10%, selon la quantité de crédits redistribués par chaque banque dans l'économie.

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